Adresse IP publique et adresse IP privée

Par La rédaction de Mon-Adresse-IP.net·Publié le ·Mis à jour le ·

Votre connexion reçoit une seule adresse visible depuis Internet, tandis que chacun de vos appareils en porte une autre, valable uniquement chez vous. Savoir où passe cette frontière explique la moitié des problèmes réseau domestiques : une redirection de port qui ne prend pas, un VPN qui coupe l'accès à l'imprimante, une adresse en 169.254 qui ne mène nulle part.

L'essentiel

  • L'adresse publique identifie votre abonnement : une seule pour tout le foyer. L'adresse privée identifie une carte réseau : une par appareil, parfois plusieurs.
  • Trois plages sont réservées à l'usage privé par la RFC 1918 : 10.0.0.0/8, 172.16.0.0/12 et 192.168.0.0/16.
  • Un appareil moderne porte plusieurs adresses simultanément : IPv4 privée, IPv6 de lien local, IPv6 globale, adresses temporaires, plus celle d'un éventuel tunnel VPN.
  • Comparer l'adresse WAN de votre box avec celle affichée sur notre page d'accueil est le test de CGNAT le plus simple.
  • Ne pas être joignable depuis Internet ne veut pas dire être protégé : la menace la plus fréquente vient d'un appareil déjà présent sur le réseau local.

Deux adresses, deux mondes

L'adresse IP publique est attribuée à votre connexion par votre fournisseur d'accès. C'est la seule que voient les serveurs que vous contactez : un site web, un service de messagerie ou une plateforme vidéo n'ont aucun moyen d'apercevoir l'adresse de votre ordinateur portable. Ils voient l'adresse de la box, commune à tout le foyer. C'est également cette adresse qui alimente la géolocalisation par IP et qui figure dans les journaux de connexion des services que vous utilisez.

L'adresse IP privée est attribuée à un appareil à l'intérieur de votre réseau : ordinateur, téléphone, imprimante, téléviseur, console, ampoule connectée. Elle sert à acheminer les paquets entre le salon et le bureau, entre votre téléphone et votre NAS, entre votre PC et l'interface d'administration de la box. Elle n'a aucune existence au-delà de votre installation.

La distinction n'est pas une convention arbitraire : elle est inscrite dans le fonctionnement des routeurs d'Internet. Un opérateur qui reçoit un paquet à destination de 192.168.1.20 le jette, parce qu'aucune table de routage mondiale ne contient cette destination. C'est exactement pour cette raison que la même adresse peut être utilisée en même temps dans des millions de foyers sans provoquer le moindre conflit.

Ce qui distingue concrètement les deux adresses
CritèreAdresse publiqueAdresse privée
Qui l'attribueVotre fournisseur d'accèsLe serveur DHCP de votre box, ou vous-même
PortéeInternet entierVotre réseau local uniquement
UnicitéUnique à un instant donné sur InternetUnique dans votre réseau seulement
Visible par les sites webOuiNon
Nombre par foyerUne (parfois partagée entre abonnés)Autant que d'appareils connectés
Change quandReconnexion de la box, opération de l'opérateurExpiration du bail DHCP, changement de réseau
Où la lireSur la page d'accueil ou dans l'interface de la boxSur l'appareil lui-même, avec une commande système
Exemple typique92.184.x.x, 2a01:cb…192.168.1.42, 10.0.0.7

Si vous découvrez le sujet, notre page qu'est-ce qu'une adresse IP pose les fondations ; notre outil de recherche d'adresse IP permet ensuite d'analyser n'importe quelle adresse publique, y compris la vôtre.

Pourquoi cette séparation existe

IPv4 code les adresses sur 32 bits, soit environ 4,3 milliards de combinaisons : un chiffre qui paraissait confortable au début des années 1980 et qui est devenu insuffisant dès que chaque foyer a commencé à connecter plusieurs machines. Attribuer une adresse publique à chaque téléphone, chaque télévision et chaque objet connecté de la planète était mathématiquement impossible.

La réponse est venue en février 1996 avec la RFC 1918, intitulée Address Allocation for Private Internets. Le principe est élégant : réserver des plages entières qu'aucun opérateur n'annoncera jamais sur Internet, et laisser chacun les réutiliser librement chez soi. Une plage réutilisée un million de fois n'est consommée qu'une fois dans le registre mondial. Combinée à la traduction d'adresses, cette mécanique a repoussé la pénurie de plus de vingt ans, comme le détaille notre comparatif IPv4 et IPv6.

Un effet de bord est souvent présenté comme le second objectif : une machine sans adresse publique n'est pas atteignable de l'extérieur. C'est vrai, mais il faut être précis sur l'origine de cette protection. Elle ne découle d'aucune décision de sécurité : elle découle d'une impossibilité de routage. Nous y revenons plus bas, car cette nuance change tout dans la façon de sécuriser un réseau domestique.

Les trois plages privées de la RFC 1918

Les adresses privées ne se choisissent pas au hasard : elles doivent appartenir à l'une des trois plages réservées. Toute autre adresse utilisée en interne appartient à quelqu'un d'autre sur Internet, et vous rendrait inaccessible le service légitime qui la porte.

Les plages réservées par la RFC 1918
NotationDe … à …Nombre d'adressesUsage typique
10.0.0.0/8 10.0.0.0 → 10.255.255.255 16 777 216 Grands réseaux d'entreprise, opérateurs, plages de VPN, réseaux découpés en dizaines de sous-réseaux
172.16.0.0/12 172.16.0.0 → 172.31.255.255 1 048 576 Réseaux de taille moyenne, plateformes de virtualisation, moteurs de conteneurs
192.168.0.0/16 192.168.0.0 → 192.168.255.255 65 536 Réseaux domestiques et très petites entreprises, réglage d'usine de la quasi-totalité des box

Une erreur fréquente consiste à croire que 172.16.0.0/12 couvre tout ce qui commence par 172. Elle s'arrête à 172.31.255.255 : 172.32.0.1 est une adresse publique tout à fait ordinaire. De même, 192.168.0.0/16 ne concerne que les adresses dont les deux premiers octets valent exactement 192 et 168.

Deux autres plages sont souvent confondues avec les plages privées, alors qu'elles relèvent d'autres textes : 100.64.0.0/10, définie par la RFC 6598 pour le partage d'adresses chez les opérateurs, et 169.254.0.0/16, définie par la RFC 3927 pour l'auto-attribution lorsque le DHCP ne répond pas. Notre référence des adresses IP réservées recense l'ensemble de ces blocs, y compris ceux de la documentation et du multicast.

Dans la pratique domestique, votre box vous place presque toujours dans un sous-réseau en /24, c'est-à-dire un masque 255.255.255.0 : 256 adresses au total, dont 254 utilisables, la première désignant le réseau et la dernière la diffusion. Pour comprendre ce découpage, consultez notre guide des masques de sous-réseau ; pour calculer une plage précise, utilisez le calculateur de sous-réseau.

Conseil pratique : si vous prévoyez d'utiliser un VPN pour joindre votre domicile depuis l'extérieur, ou pour vous connecter au réseau de votre employeur, évitez de conserver 192.168.0.0/24 ou 192.168.1.0/24 comme plage locale. Ce sont les réglages d'usine les plus répandus : il y a de fortes chances que le réseau distant utilise exactement la même. Or, quand les deux extrémités d'un tunnel partagent la même plage, votre machine ne sait plus si 192.168.1.10 désigne l'imprimante du salon ou le serveur de fichiers du bureau, et le trafic part du mauvais côté. Choisissez plutôt une plage improbable, par exemple 192.168.37.0/24 ou 10.42.7.0/24. Le changement se fait dans l'interface de la box et prend deux minutes ; le faire après coup, une fois vingt appareils appairés, en prend beaucoup plus.

Comment trouver son adresse privée

Votre adresse privée ne s'affiche jamais sur un site web : elle se lit sur l'appareil lui-même. Voici les commandes exactes, système par système.

Windows

ipconfig
# Repérez la carte active (Wi-Fi ou Ethernet), ligne « Adresse IPv4 ».
# « Passerelle par défaut » donne l'adresse de votre box.

ipconfig /all
# Version détaillée : adresse MAC, serveurs DNS, durée du bail DHCP.

Sans passer par une commande : Paramètres > Réseau et Internet > Wi-Fi > Propriétés du matériel.

Linux

ip -4 addr show
# Adresses IPv4 de chaque interface, avec le masque en notation CIDR.

ip route get 1.1.1.1
# Indique quelle interface et quelle adresse source sortent réellement.

ip route | grep default
# Adresse de la passerelle, c'est-à-dire de la box.

L'ancienne commande ifconfig reste disponible sur certaines distributions, mais elle n'est plus installée par défaut sur la plupart des systèmes récents.

macOS

ipconfig getifaddr en0
# Adresse du Wi-Fi (souvent en0, parfois en1 selon le modèle).

ifconfig
# Vue complète de toutes les interfaces.

route -n get default
# Passerelle utilisée pour sortir.

En interface graphique : Réglages Système > Réseau > Wi-Fi > Détails.

Android et iOS

Lire son adresse privée sur mobile
SystèmeCheminRemarque
Android Paramètres > Réseau et Internet > Internet, puis la roue dentée du réseau Wi-Fi connecté > Détails du réseau Le libellé varie selon les constructeurs. La rubrique À propos du téléphone > État affiche aussi l'adresse IP.
iOS et iPadOS Réglages > Wi-Fi, puis le bouton i à droite du réseau connecté La section Adresse IP indique l'adresse, le masque et le routeur. L'option Adresse Wi-Fi privée concerne la randomisation de l'adresse MAC, pas l'adresse IP.

Trois repères pour interpréter ce que vous lisez. Si l'adresse commence par 10., 172.16 à 172.31 ou 192.168, vous êtes bien derrière un routeur. Si elle commence par 169.254, aucun serveur DHCP ne vous a répondu et vous n'irez nulle part. Et si l'adresse affichée par votre système est identique à celle qui figure sur notre page d'accueil, c'est que votre machine porte directement l'adresse publique : configuration rare chez un particulier, courante sur un serveur loué.

Pourquoi votre appareil a plusieurs adresses

C'est probablement la source de confusion la plus fréquente. Lancez ipconfig /all ou ip addr sur une machine récente : vous ne verrez pas une adresse, mais cinq, six, parfois dix. Rien d'anormal : chacune a un rôle distinct.

  • L'adresse IPv4 privée (192.168.1.x, 10.x.x.x) est celle que vous utilisez pour joindre l'imprimante ou le NAS. C'est celle que demande un correspondant technique quand il parle de « votre adresse locale ».
  • L'adresse IPv6 de lien local commence toujours par fe80::. Elle est générée automatiquement par l'appareil, existe sur chaque interface, et ne franchit jamais le routeur. IPv6 s'en sert pour ses mécanismes internes, notamment la découverte des voisins et l'annonce des routeurs. Vous n'avez jamais à la saisir manuellement.
  • L'adresse IPv6 globale, en France le plus souvent dans les blocs commençant par 2a01: ou 2a02:, est routable sur Internet. Contrairement à IPv4, elle n'est pas traduite : elle identifie l'appareil lui-même. C'est une différence conceptuelle majeure, traitée dans notre guide IPv6 à la maison.
  • Les adresses IPv6 temporaires accompagnent l'adresse globale. Prévues par les extensions de confidentialité, elles changent régulièrement et servent aux connexions sortantes, afin que l'identifiant d'interface ne suive pas l'appareil de site en site. Un système récent en affiche souvent plusieurs à la fois, dont d'anciennes marquées comme dépréciées mais encore valides pour les connexions en cours.
  • L'adresse de bouclage, 127.0.0.1 et ::1, ne désigne que la machine elle-même. Elle n'est jamais émise sur le réseau.
  • L'adresse virtuelle d'un VPN actif apparaît sur une interface supplémentaire (tun0, wg0, ou un adaptateur portant le nom du logiciel). Elle appartient à la plage du réseau distant, souvent en 10.x.x.x. Tant que le tunnel est monté, une partie de votre trafic sort par cette interface, comme l'explique notre guide des VPN.

Ces adresses coexistent en permanence, et c'est le système qui choisit laquelle utiliser selon la destination. Une conséquence pratique : une page web peut voir votre adresse publique IPv4 ou IPv6 selon le protocole employé pour la connexion, ce qui explique que deux services de test affichent parfois deux adresses différentes pour la même machine, au même moment. Par ailleurs, un navigateur peut révéler certaines de vos adresses locales à un site ; notre test de fuite WebRTC montre ce qui est réellement exposé.

Le rôle de la box comme frontière

Votre box n'est pas un appareil du réseau local parmi d'autres : c'est la charnière entre deux mondes. Elle possède au minimum deux « pattes », chacune avec sa propre adresse.

  • La patte LAN, tournée vers votre domicile. Son adresse est la passerelle par défaut de tous vos appareils, typiquement 192.168.1.1, 192.168.0.1, 192.168.1.254 ou 192.168.0.254 selon le constructeur. C'est aussi l'adresse à saisir dans un navigateur pour ouvrir l'interface d'administration.
  • La patte WAN, tournée vers l'opérateur. C'est elle qui porte l'adresse attribuée par votre fournisseur d'accès. Elle est visible dans l'interface de la box, dans une rubrique du type Informations de connexion, État Internet ou Paramètres avancés.

Cette dualité fournit un diagnostic simple et fiable, souvent méconnu : comparez l'adresse WAN de la box avec celle affichée sur notre page d'accueil. Deux résultats possibles.

  1. Les deux adresses sont identiques. Votre box porte réellement l'adresse publique. Vous pouvez envisager une redirection de port, un accès distant à un NAS, l'hébergement d'un service : voir notre guide pour ouvrir un port.
  2. Les deux adresses diffèrent. Votre box est elle-même derrière une traduction opérée par l'opérateur. Si l'adresse WAN appartient à 100.64.0.0/10, ou parfois à une plage RFC 1918, vous êtes en CGNAT : votre adresse publique est partagée avec d'autres abonnés, et aucune redirection de port ne fonctionnera depuis votre interface.

Ce test explique aussi certains blocages inattendus. Une adresse publique partagée signifie que le comportement d'un autre abonné peut se répercuter sur vous : limitation d'un service, formulaire de vérification à répétition, voire blocage temporaire. Notre page mon IP est bloquée détaille les recours.

La traduction d'adresses en pratique

Le mécanisme qui relie les deux mondes s'appelle le NAT, pour Network Address Translation. Résumé opérationnel : quand votre ordinateur envoie une requête vers Internet, la box remplace l'adresse privée de l'expéditeur par son adresse publique, note la correspondance dans une table, et effectue l'opération inverse au retour. Comme des dizaines de connexions coexistent, elle réécrit également le port source pour distinguer les flux : d'où le nom plus exact de traduction d'adresse et de port.

Trois conséquences concrètes découlent de ce fonctionnement.

  • Le sortant fonctionne, l'entrant non. Une connexion initiée depuis l'intérieur crée l'entrée de table nécessaire à son retour. Une connexion initiée depuis Internet ne correspond à aucune entrée : la box ne sait pas à quel appareil la remettre, et la jette. Rendre un service accessible suppose donc de créer manuellement une correspondance permanente.
  • Les entrées expirent. Une connexion inactive est purgée de la table au bout de quelques minutes, ce qui explique les déconnexions de sessions restées ouvertes trop longtemps sans échange, et l'existence des mécanismes de maintien de connexion dans les applications.
  • Certaines applications s'en accommodent mal. Jeux en réseau, visioconférence pair-à-pair et partage de fichiers doivent recourir à des contournements : découverte du type de NAT, relais par un serveur tiers, ouverture automatique de ports. Notre référence des ports TCP et UDP et notre page sur l'IP et les jeux vidéo approfondissent ces cas.

Le sujet mérite un traitement complet : types de NAT, NAT hairpin, double NAT, disparition de la traduction en IPv6. Tout est détaillé dans notre guide le NAT expliqué.

Qui distribue les adresses privées

Personne ne configure à la main l'adresse de son téléphone. C'est le serveur DHCP intégré à la box qui s'en charge. Le principe tient en quatre échanges : l'appareil qui arrive diffuse une demande, le serveur lui propose une adresse libre, l'appareil l'accepte, le serveur confirme. En même temps que l'adresse, il transmet le masque de sous-réseau, l'adresse de la passerelle et celle des serveurs DNS : raison pour laquelle changer de DNS se fait souvent depuis l'interface de la box.

Trois notions à connaître :

  • Le bail. Une adresse n'est pas donnée définitivement, elle est prêtée pour une durée déterminée, souvent de quelques heures à une journée sur une box grand public. L'appareil demande un renouvellement avant l'expiration ; s'il est éteint et absent trop longtemps, son adresse retourne au pot commun et peut être attribuée à un autre.
  • La réservation. Pour qu'un appareil retrouve toujours la même adresse, on associe son adresse MAC à une adresse choisie, dans l'interface de la box. C'est la bonne méthode pour une imprimante, une caméra, un serveur domestique ou tout ce qui doit être joint par adresse fixe.
  • La plage distribuée. Le serveur ne distribue que dans un intervalle défini, par exemple de 192.168.1.100 à 192.168.1.199. Si vous configurez une adresse manuellement, choisissez-la en dehors de cet intervalle : sinon, le serveur pourra un jour attribuer la même adresse à un autre appareil, et les deux machines cesseront de fonctionner correctement.

Le détail du protocole, les cas d'échec et les diagnostics figurent dans notre guide du DHCP.

Les cas particuliers qui déroutent

La théorie décrit un réseau plat derrière une seule box. La réalité est souvent plus feuilletée, et ces situations expliquent la plupart des observations déconcertantes.

Le double routeur

Vous ajoutez un routeur Wi-Fi derrière la box sans le passer en mode pont : il crée son propre réseau privé, avec son propre DHCP. Les appareils qui s'y connectent reçoivent une adresse d'une plage différente de ceux branchés sur la box, et les deux groupes ne se voient plus. Symptômes classiques : l'imprimante n'apparaît plus, la diffusion vers le téléviseur échoue, la découverte automatique d'appareils ne trouve rien. La solution est presque toujours de basculer le second équipement en mode pont ou point d'accès, pour qu'il ne route plus mais se contente de relayer.

Le réseau invité

Activer le réseau invité de la box crée un second réseau logique, souvent dans une autre plage privée, avec interdiction d'accéder aux appareils du réseau principal. C'est une fonction de sécurité utile (c'est même le meilleur endroit pour vos objets connectés), mais elle explique aussi pourquoi un téléphone connecté au Wi-Fi invité ne trouve ni l'imprimante, ni le NAS, ni l'enceinte du salon.

Le VPN d'entreprise

Un VPN professionnel attribue à votre machine une adresse dans une plage dédiée, gérée par l'employeur. Deux situations : en tunnel intégral, tout votre trafic passe par l'entreprise et vos appareils domestiques deviennent souvent inaccessibles ; en tunnel partagé, seules les destinations internes empruntent le tunnel. Dans les deux cas, si votre plage domestique est identique à la plage distante, le conflit décrit plus haut se manifeste immédiatement : c'est la première chose à vérifier quand un accès distant « ne marche que chez certains collègues ».

Les conteneurs et les machines virtuelles

C'est la surprise la plus courante sur un poste de développement. Un moteur de conteneurs installe une interface virtuelle et crée ses propres réseaux privés : on voit alors apparaître une passerelle en 172.17.0.1, puis des réseaux successifs en 172.18, 172.19 et ainsi de suite. Les hyperviseurs de poste de travail font de même, souvent dans une plage en 192.168 réservée à leur réseau interne. Ces interfaces sont parfaitement normales, mais elles ont deux effets à connaître : elles allongent la liste des adresses de votre machine, et elles peuvent entrer en conflit avec un réseau distant utilisant la même plage, d'où la possibilité, dans ces outils, de redéfinir le pool d'adresses par défaut.

Attention : avant de changer la plage de votre réseau local, notez la nouvelle adresse d'administration de la box. Après le redémarrage, l'ancienne adresse ne répondra plus, et les appareils configurés en adresse fixe devront être repris un par un. Les équipements sans écran (imprimantes, caméras, prises connectées) sont les plus pénibles à récupérer.

Sécurité : ce que la séparation protège vraiment

Une adresse privée n'est pas joignable depuis Internet. C'est un fait, et un bénéfice réel : les balayages automatisés qui parcourent en permanence l'espace d'adressage public ne peuvent pas frapper directement à la porte de votre ordinateur portable. Mais ce bénéfice a des frontières précises, qu'il vaut mieux connaître.

Ce que cela empêche

  • Les connexions entrantes non sollicitées venant d'Internet vers un appareil interne.
  • Le balayage direct des ports de vos machines depuis l'extérieur.
  • L'identification individuelle de vos appareils par un site : il ne voit que l'adresse partagée du foyer.

Ce que cela n'empêche pas

  • Une menace déjà présente sur le réseau : objet connecté compromis, ordinateur infecté, appareil d'un visiteur.
  • Un logiciel malveillant qui ouvre lui-même une connexion sortante : le NAT laisse passer tout ce qui part de l'intérieur.
  • Les attaques par le navigateur ou la messagerie, qui n'ont besoin d'aucune connexion entrante.
  • L'exposition en IPv6, où chaque appareil porte une adresse routable : seul le pare-feu de la box l'empêche d'être joint.

Le point le plus souvent négligé est celui du risque interne. Sur un réseau domestique classique, tous les appareils sont dans le même segment : une caméra bon marché dont le micrologiciel n'est plus mis à jour, une fois compromise, peut scruter le réseau, atteindre le partage de fichiers de votre ordinateur et tenter des mots de passe sur l'interface de la box. L'adresse privée n'y change rien, puisque l'attaquant est déjà du bon côté de la frontière. Les mesures qui comptent vraiment sont ailleurs : isoler les objets connectés sur le réseau invité, comme l'explique notre guide sur la sécurité des objets connectés, changer le mot de passe d'administration de la box, désactiver les services d'ouverture automatique de ports et vérifier régulièrement les redirections actives, l'ensemble est détaillé dans sécuriser sa box Internet.

Cinq idées reçues à corriger

Ce qu'on lit souvent, et ce qui est exact
Idée reçueCe qui est exact
« Mon adresse IP, c'est celle que m'affiche mon ordinateur. » C'est votre adresse privée. Celle que voit le monde extérieur est l'adresse publique de la box, visible sur notre page d'accueil.
« Une adresse privée est plus anonyme. » Elle n'a aucun effet sur votre identification en ligne. Les services vous voient par l'adresse publique du foyer, qui est rattachée à votre abonnement.
« Le NAT remplace un pare-feu. » Il produit un effet protecteur par accident de fonctionnement, sans règle ni journal. En IPv6, cet effet disparaît complètement.
« Tout ce qui commence par 172 est privé. » Seul l'intervalle 172.16 à 172.31 l'est. 172.32.5.1 est une adresse publique parfaitement ordinaire.
« Redémarrer la box change forcément mon adresse publique. » Cela dépend de l'opérateur et de l'offre. Beaucoup de connexions retrouvent la même adresse pendant des mois sans qu'elle soit pour autant fixe.

Si un terme du tableau vous échappe, notre glossaire du réseau reprend chaque notion en quelques lignes.

Questions fréquentes

Puis-je changer mon adresse IP privée ?

Oui, et c'est sans risque tant que vous restez dans la plage de votre réseau local et que vous évitez les doublons. Deux méthodes existent : la réservation DHCP dans l'interface de la box, qui associe une adresse fixe à un appareil identifié par son adresse MAC, ou la configuration manuelle sur l'appareil lui-même. La réservation DHCP est presque toujours préférable, car elle centralise les attributions et évite qu'un appareil configuré en dur entre en conflit avec une adresse distribuée automatiquement. Voir notre guide du DHCP.

Mon adresse IP publique est-elle fixe ?

Rarement chez un particulier. La plupart des offres françaises attribuent une adresse dynamique, qui peut changer à la reconnexion de la box, après une coupure ou une opération technique de l'opérateur. Certaines offres fibre conservent la même adresse pendant des mois sans pour autant la garantir contractuellement : c'est une adresse dynamique stable, pas une adresse fixe. Voir notre page sur l'IP fixe.

Pourquoi mon appareil affiche-t-il une adresse qui commence par 169.254 ?

Cette plage, définie par la RFC 3927, sert d'adressage de secours : l'appareil n'a pas obtenu de réponse du serveur DHCP et s'est attribué lui-même une adresse de lien local. Vous pouvez communiquer avec d'autres machines du même segment, mais pas sortir sur Internet. Vérifiez le câble, la connexion Wi-Fi, puis le service DHCP de la box, et redemandez un bail avec ipconfig /renew ou sudo dhclient -r && sudo dhclient.

Deux box différentes peuvent-elles utiliser 192.168.1.1 ?

Oui, et c'est le cas dans des millions de foyers. Une adresse privée n'a de sens qu'à l'intérieur du réseau où elle est employée : aucun routeur d'Internet n'achemine ces plages, elles ne peuvent donc pas entrer en collision d'un abonné à l'autre. Le conflit n'apparaît que lorsqu'on relie deux réseaux privés entre eux, typiquement par un tunnel VPN.

Comment savoir si mon adresse publique est partagée avec d'autres abonnés ?

Comparez l'adresse WAN affichée dans l'interface de votre box avec celle que vous voyez sur notre page d'accueil. Si elles sont identiques, votre box porte réellement l'adresse publique. Si l'adresse WAN appartient à la plage 100.64.0.0/10 ou à une plage privée, vous passez par un partage d'adresse opéré par votre fournisseur d'accès. Notre guide du CGNAT détaille les conséquences.

D'où viennent les adresses en 172.17 que je vois apparaître sur mon ordinateur ?

Elles proviennent presque toujours d'un moteur de conteneurs ou d'un hyperviseur installé sur la machine. Ces outils créent leurs propres réseaux privés virtuels et piochent par défaut dans la plage 172.16.0.0/12. Ces interfaces n'ont rien à voir avec votre box : elles ne servent qu'à faire communiquer les conteneurs entre eux et avec le système hôte.

Une adresse privée protège-t-elle mes appareils des attaques ?

Elle empêche une connexion entrante directe depuis Internet, ce qui élimine toute une classe de balayages automatisés. Elle ne protège en revanche de rien à l'intérieur du réseau : un objet connecté compromis, un ordinateur infecté ou un visiteur sur votre Wi-Fi voient tous vos appareils locaux. Voir nos guides sur les objets connectés et la sécurisation de la box.

Est-ce que la notion d'adresse privée existe encore en IPv6 ?

Elle existe sous une autre forme. IPv6 conserve des adresses de lien local en fe80::/10, indispensables au fonctionnement du protocole, et des adresses locales uniques en fd00::/8 pour les réseaux internes. Mais l'usage normal en IPv6 est de donner à chaque appareil une adresse globale routable : il n'y a plus de traduction, donc plus de barrière implicite, et le pare-feu de la box devient le seul rempart. Voir IPv6 à la maison.