La géolocalisation par adresse IP

Par La rédaction de Mon-Adresse-IP.net·Publié le ·Mis à jour le ·

Quand un site affiche votre ville, choisit une devise ou refuse une vidéo, il consulte une base qui associe des plages d'adresses à des lieux. Cette base n'a jamais mesuré votre position : elle la déduit de déclarations d'opérateurs, de noms d'hôtes et de mesures de latence. Ce guide explique d'où viennent ces données, jusqu'où elles sont fiables, pourquoi elles se trompent et comment corriger une erreur.

L'essentiel

  • Une adresse IP ne contient aucune information de position. Tout repose sur des tables de correspondance construites par des éditeurs privés.
  • Ces tables s'appuient sur les registres régionaux, les noms d'hôtes inversés, des mesures de latence et des déclarations d'opérateurs : jamais sur une mesure de la position de votre appareil.
  • Le pays est juste dans la très grande majorité des cas ; la ville n'est qu'une estimation ; la rue est hors de portée de cette technique.
  • Un point affiché sur une carte est le centre d'une zone. Quand la base ne connaît que le pays, ce centre est arbitraire, et cela a eu des conséquences très concrètes pour des habitants réels.
  • L'API de géolocalisation du navigateur est un système totalement distinct : elle demande votre autorisation, utilise le GPS et le Wi-Fi, et ignore votre VPN.

Ce que la géolocalisation IP mesure vraiment

Une adresse IP publique est un identifiant de routage. Sa seule fonction est de permettre aux routeurs d'acheminer des paquets vers le bon réseau. Elle ne contient ni coordonnées, ni code postal, ni indicatif régional : 90.15.42.7 ne dit rien de plus qu'un numéro de série. Contrairement à un numéro de téléphone fixe, elle n'a même pas de préfixe géographique normalisé.

Ce que l'on appelle « géolocalisation IP » est donc une inférence documentaire, pas une mesure. Un éditeur de base observe qu'un bloc d'adresses appartient à un opérateur qui l'utilise pour desservir une zone, et enregistre cette correspondance. Quand un site vous localise, il interroge cette table : il lit une déduction faite par un tiers, parfois plusieurs mois plus tôt. D'où ce constat courant : deux services peuvent vous placer dans deux villes différentes au même instant sans qu'aucun ne « bogue », puisqu'ils lisent deux bases aux sources différentes. Comparez-les avec notre outil de recherche d'adresse IP.

Il faut enfin distinguer trois questions que l'on confond en permanence : où se trouve physiquement l'appareil, où l'opérateur remet le trafic à Internet, et quelle localisation est déclarée pour cette plage d'adresses. La géolocalisation IP ne répond qu'à la troisième. Les deux premières peuvent en être très éloignées, notamment sur les réseaux mobiles et derrière le CGNAT.

D'où viennent réellement les données

Aucune base de géolocalisation ne repose sur une source unique. Toutes combinent, avec des pondérations qui leur sont propres, cinq familles d'indices.

1. Les attributions des registres régionaux

Les adresses IP sont distribuées par cinq registres Internet régionaux (RIR) : le RIPE NCC pour l'Europe et le Moyen-Orient, l'ARIN pour l'Amérique du Nord, l'APNIC pour l'Asie-Pacifique, le LACNIC pour l'Amérique latine et l'AFRINIC pour l'Afrique. Chaque bloc attribué à un opérateur y est enregistré dans une base publique, avec le nom de l'organisation titulaire et un code pays.

C'est la fondation de toute géolocalisation, et la raison pour laquelle le niveau pays est de loin le plus fiable. Attention toutefois : le champ pays d'un objet de registre décrit le rattachement administratif de l'organisation, pas le lieu d'usage du réseau, le RIPE NCC le rappelle explicitement dans sa documentation. Un opérateur immatriculé aux Pays-Bas peut parfaitement exploiter une plage à Marseille.

2. WHOIS et RDAP

Ces registres se consultent historiquement par WHOIS, un service textuel très ancien dont le format varie d'un registre à l'autre et se prête mal à l'analyse automatique. Il est progressivement remplacé par RDAP (Registration Data Access Protocol), qui répond en JSON sur HTTPS avec une structure normalisée : les réponses deviennent exploitables sans analyse syntaxique fragile, ce qui accélère la détection des réattributions.

Une plage y porte aussi des contacts techniques et administratifs, et parfois l'adresse postale de l'organisation. Les bases les moins soignées utilisent directement cette adresse comme localisation : c'est ainsi que des dizaines de milliers d'abonnés se retrouvent « localisés » au siège social de leur fournisseur d'accès.

3. Les noms d'hôtes inversés

La plupart des opérateurs publient un enregistrement DNS inverse (PTR) pour chaque adresse de leurs plages. Ces noms suivent des conventions internes, et beaucoup contiennent un indice géographique. Chez certains fournisseurs français, le nom inversé comporte un code de ville de trois lettres ; d'autres n'exposent qu'un identifiant purement numérique, sans la moindre indication de lieu. D'où une observation contre-intuitive : à qualité de réseau égale, deux abonnés de deux opérateurs français différents ne sont pas localisés avec la même finesse, simplement parce que l'un publie des noms parlants et l'autre non. Notre panorama des fournisseurs d'accès français revient sur ces différences de pratiques.

Sur les réseaux de transit et chez les hébergeurs, les noms d'hôtes contiennent fréquemment des codes d'aéroport à trois lettres (cdg, mrs, fra, ams) qui désignent en réalité le centre de données ou le point d'échange emprunté. Les moteurs d'analyse les exploitent, avec le risque évident de confondre l'emplacement d'un routeur avec celui d'un utilisateur.

Vous pouvez consulter votre propre nom inversé :

nslookup 90.15.42.7            # Windows
dig -x 90.15.42.7 +short       # Linux, macOS, WSL

Si la réponse est vide, votre opérateur ne publie pas de PTR pour cette adresse : une source d'indices en moins pour les bases, et souvent une localisation plus grossière. Notre guide ping et traceroute présente d'autres commandes de diagnostic du même ordre.

4. Les mesures de latence et de topologie

Les éditeurs les plus sérieux exploitent des sondes réparties dans le monde, qui mesurent le temps d'aller-retour vers des adresses cibles. Le raisonnement est physique : dans une fibre optique, un signal se propage à environ deux tiers de la vitesse de la lumière dans le vide, soit près de 200 000 km/s. Un aller-retour de 10 ms correspond donc à un trajet maximal d'environ 1 000 km de câble, et en pratique bien moins, puisque les fibres ne suivent jamais la ligne droite et que chaque équipement traversé ajoute son propre délai de traitement.

Cette méthode ne donne jamais une position : elle donne un rayon maximal. En croisant plusieurs sondes, on obtient une intersection de disques assez étroite en Europe de l'Ouest, où les points de mesure sont nombreux, et très large ailleurs. C'est la seule source reposant sur une contrainte physique vérifiable ; c'est aussi la plus coûteuse à maintenir.

5. Les déclarations d'opérateurs et les remontées d'usage

Certains opérateurs, hébergeurs et réseaux de diffusion de contenu transmettent directement aux éditeurs la répartition géographique de leurs plages, parce que cela améliore l'acheminement des contenus vers leurs propres clients. S'y ajoutent des remontées d'usage : des applications mobiles qui associent, avec le consentement de l'utilisateur, une position satellitaire et l'adresse IP publique du moment. C'est cette dernière source qui permet d'atteindre un niveau ville crédible, et c'est la moins transparente ; elle explique qu'une base commerciale soit parfois nettement plus précise qu'une base gratuite sur la même plage.

À retenir : aucune de ces cinq sources ne mesure la position de votre appareil. Trois reposent sur des déclarations administratives, une sur des conventions de nommage, une seule sur une contrainte physique. La géolocalisation IP est un travail d'enquête documentaire, pas de télémétrie.

Les geofeeds : la localisation déclarée par l'opérateur

Le mécanisme le plus fiable est aussi le moins connu du grand public. Un geofeed est un fichier publié par l'opérateur lui-même, qui déclare la localisation de chacune de ses plages. Son format est normalisé par la RFC 8805 : un simple fichier CSV, une ligne par préfixe, cinq colonnes.

192.0.2.0/24,FR,FR-69,Lyon,69003
198.51.100.0/24,FR,FR-75,Paris,
203.0.113.0/26,FR,FR-44,Nantes,44000
# préfixe, pays ISO 3166-1, subdivision ISO 3166-2, ville, code postal
# un champ vide signifie « non déclaré », et non « inconnu »

Reste la découverte : comment un éditeur sait-il qu'un geofeed existe ? La RFC 9092, révisée depuis, définit un attribut geofeed: à placer dans l'objet du registre régional qui décrit la plage. L'éditeur y trouve l'URL du fichier, le télécharge et applique les déclarations. Une signature cryptographique optionnelle empêche un tiers de publier de fausses déclarations pour une plage qui ne lui appartient pas.

Pourquoi est-ce la meilleure voie de correction ? Parce qu'elle agit à la source. Remplir le formulaire d'un éditeur ne corrige qu'une base, pour une durée limitée, et souvent sans effet sur les copies revendues à des tiers. Publier un geofeed corrige toutes les bases qui lisent les registres, durablement et de façon vérifiable. C'est la démarche à recommander à une entreprise, une collectivité, un hébergeur ou une association qui gère ses propres préfixes.

Attention : un geofeed ne sert que si vous êtes titulaire de la plage. Un abonné grand public ne peut pas en publier un pour son adresse : c'est son fournisseur d'accès qui détient le préfixe. Dans ce cas, le signalement au service client de l'opérateur reste la seule voie, et elle est lente.

Précision attendue, niveau par niveau

Les éditeurs communiquent rarement des chiffres exploitables, et les taux de réussite annoncés dépendent entièrement de la méthode de comptage retenue. Voici plutôt ce qu'il est raisonnable d'attendre, niveau par niveau, pour une connexion résidentielle française.

NiveauFiabilité attendueCe que renvoie réellement la basePrincipale cause d'erreur
Pays Très élevée Le code pays de l'attribution enregistrée au registre régional. VPN, proxy, opérateur transfrontalier, plage transférée d'une région à l'autre.
Région ou département Bonne en fixe, faible en mobile La subdivision déduite du nom d'hôte ou déclarée par l'opérateur. Sortie mobile centralisée, plages nationales non découpées.
Ville Indicative Le centre d'une zone de desserte, assorti d'un rayon de confiance souvent supérieur à 20 km. Point d'entrée réseau distant, agglomération voisine, données vieillissantes.
Code postal Faible Le code postal du point central retenu, pas le vôtre. Zone de desserte couvrant des dizaines de communes.
Rue, numéro, logement Hors de portée Rien. Aucune base grand public ne descend à ce niveau. Sans objet : seule une réquisition judiciaire auprès du FAI relie une IP à un abonné.

Un détail souvent ignoré : la plupart des bases renvoient, à côté des coordonnées, un rayon de précision exprimé en kilomètres. Ce champ est la donnée la plus honnête du lot, et c'est presque toujours celui que les sites choisissent de ne pas afficher. Une ville annoncée avec un rayon de 50 km n'est pas une ville : c'est un département.

Les six causes d'erreur les plus fréquentes

Quand la localisation affichée est fausse, l'explication figure presque toujours dans cette liste.

  1. Le réseau mobile rattaché à un cœur de réseau distant Sur 4G et 5G, le trafic de votre téléphone n'est pas remis à Internet au pied de l'antenne. Il remonte le réseau de l'opérateur jusqu'à un nombre restreint de points de sortie nationaux, où il reçoit son adresse IP publique. Résultat : un abonné à Brest et un abonné à Perpignan peuvent partager la même plage, localisée dans une grande métropole. C'est la première cause d'écarts spectaculaires.
  2. Le CGNAT Quand des centaines ou des milliers d'abonnés partagent une même adresse publique, la base ne peut plus décrire qu'un barycentre. La localisation devient celle de l'équipement de traduction d'adresses, pas la vôtre. Ce mécanisme, désormais courant chez les opérateurs français, est détaillé dans notre guide sur le CGNAT et les adresses IP partagées.
  3. Le VPN et le proxy La cause la plus évidente, et la seule qui soit volontaire : les sites voient l'adresse du serveur de sortie. Un VPN déplace toute la connexion ; un proxy ne déplace généralement que le trafic du navigateur, ce qui crée des incohérences d'une application à l'autre.
  4. La sortie Internet centralisée d'une organisation Beaucoup d'entreprises, d'universités et d'administrations font remonter le trafic de tous leurs sites vers une sortie unique. Un salarié connecté au réseau de son employeur apparaît alors à l'adresse du siège, éventuellement à l'autre bout du pays.
  5. La plage récemment attribuée ou réattribuée Le marché de transfert d'adresses IPv4 est actif : des blocs changent de titulaire, parfois d'un continent à l'autre. Les registres suivent vite, mais les bases dérivées et leurs copies revendues accusent un retard de plusieurs semaines, parfois de plusieurs mois. Une plage neuve porte alors la localisation de son précédent propriétaire : cause fréquente des blocages inexpliqués décrits dans notre guide mon adresse IP est bloquée.
  6. L'accès par satellite Que la constellation soit géostationnaire ou en orbite basse, le trafic redescend par une station terrienne, et c'est la localisation de cette passerelle qui détermine la plage attribuée. Un abonné en zone rurale française peut ainsi être localisé dans un pays voisin, avec les conséquences que cela emporte sur la langue affichée et l'accès à certains services.

S'y ajoute un facteur transversal : l'IPv6. Ses préfixes sont plus récents, souvent déclarés plus proprement et découpés plus finement. Il n'est pas rare qu'une même connexion soit mieux localisée en IPv6 qu'en IPv4, ou l'inverse, quand l'opérateur a déployé IPv6 sans mettre à jour ses déclarations.

Le cas des localisations par défaut

Voici le mécanisme le moins connu, et celui qui a causé le plus de dégâts réels. Une base de géolocalisation doit répondre quelque chose. Quand elle ne connaît qu'un pays, elle ne peut pas renvoyer un champ vide sans casser les applications qui l'interrogent : la plupart attendent un couple latitude/longitude. Les éditeurs ont donc pris l'habitude de renvoyer, dans ce cas, un point par défaut : historiquement le centre géographique approximatif du pays, avec des coordonnées arrondies au degré entier.

Ce choix a une conséquence que personne n'avait anticipée : ces coordonnées arbitraires tombent parfois sur une adresse habitée. Toutes les adresses IP mal renseignées d'un pays entier (des centaines de millions d'adresses, dont celles utilisées pour des fraudes et des menaces) se retrouvent alors associées à un même lieu physique. Deux cas au moins ont été largement documentés dans la presse : une propriété rurale au centre des États-Unis et une résidence en Afrique du Sud, dont les occupants ont subi pendant des années des visites de forces de l'ordre, d'enquêteurs privés et de particuliers convaincus d'avoir retrouvé l'auteur d'une infraction. L'éditeur concerné a fini par déplacer ses points par défaut au milieu de plans d'eau.

Le phénomène persiste sous des formes moins spectaculaires. En France, une part notable des adresses dont la base ne sait rien de précis sont ramenées à Paris ou au centre du territoire métropolitain, ce qui gonfle artificiellement l'audience de la capitale dans tous les tableaux de bord fondés sur la géolocalisation IP.

Trois signes permettent de reconnaître un point par défaut :

  • des coordonnées très rondes, du type 46.0000, 2.0000 ;
  • un rayon de précision énorme, de plusieurs centaines de kilomètres ;
  • un champ ville vide, ou égal à la capitale alors que l'opérateur est régional.

Ne tirez jamais de conclusion d'un point sur une carte : une punaise affichée sur une adresse ne désigne pas un occupant. Se rendre à l'adresse indiquée par une base de géolocalisation, ou la publier, revient à s'en prendre à des personnes qui n'ont aucun rapport avec la connexion concernée. Les conséquences de cette confusion sont abordées dans notre guide sur les risques liés à l'exposition de son adresse IP.

C'est la distinction la plus importante de ce guide, et celle qui provoque le plus de malentendus. Deux systèmes coexistent, qui ne partagent ni leurs sources, ni leur précision, ni leur régime d'autorisation.

La géolocalisation IP est passive : le site lit votre adresse, interroge une base, obtient une zone. Vous n'êtes pas prévenu et vous ne pouvez pas la refuser, puisque l'adresse IP est indispensable à la connexion.

L'API de géolocalisation du navigateur est active. Un site appelle une fonction JavaScript standardisée ; le navigateur affiche alors une demande d'autorisation explicite. Si vous acceptez, le système d'exploitation combine plusieurs sources : les signaux des constellations satellitaires (GPS, Galileo, GLONASS, BeiDou), la liste des points d'accès Wi-Fi visibles comparée à une base d'emplacements de bornes, les antennes mobiles à portée, et l'adresse IP seulement en dernier recours.

CritèreGéolocalisation IPAPI de géolocalisation du navigateur
PrincipeConsultation d'une table « plage d'adresses → zone »Mesure par satellite, Wi-Fi et antennes mobiles
AutorisationAucune : inévitableExplicite, révocable, site par site
Précision typiqueVille, à quelques dizaines de kilomètres prèsQuelques mètres en extérieur, quelques dizaines de mètres en ville
Effet d'un VPNChange complètement le résultatAucun effet
Fonctionne hors HTTPSOuiNon : contexte sécurisé exigé
Utilisable à l'insu du visiteurOuiNon

Retenez la règle : un VPN protège votre localisation IP, pas votre localisation réelle. Si vous cliquez sur « Autoriser » sur un site de météo ou de livraison alors que votre VPN est actif, ce site connaît votre position à quelques mètres près, et il constate en prime une incohérence flagrante entre cette position et votre adresse IP, ce qui constitue un signal de détection de VPN redoutablement efficace.

Deux gestes concrets pour reprendre la main :

  • Vérifiez les autorisations déjà accordées. Dans les navigateurs fondés sur Chromium, ouvrez les paramètres de contenu, section Localisation ; dans Firefox, ouvrez les préférences de vie privée, section Permissions, puis Localisation. Les sites autorisés une fois pour toutes s'y accumulent souvent depuis des années.
  • Retirez votre box des bases Wi-Fi. Les principaux exploitants de bases d'emplacements de bornes s'engagent à exclure les points d'accès dont le nom de réseau se termine par le suffixe _nomap. Renommer son réseau domestique en conséquence limite son usage comme point de repère pour localiser les appareils du voisinage.

Ajoutons que le fuseau horaire, la langue, la résolution d'écran et d'autres attributs accessibles en JavaScript sont eux aussi des indices de localisation, indépendants de l'adresse IP. Notre guide sur l'empreinte de navigateur détaille ces signaux et la façon de les réduire.

À quoi elle sert pour les sites

La géolocalisation IP n'est ni une technologie de surveillance ni un outil neutre : c'est une brique d'infrastructure aux usages très divers, dont certains sont imposés par la loi.

Langue, devise et contenus régionaux

L'usage le plus visible : proposer le site dans la langue du pays détecté, afficher les prix dans la bonne devise, montrer la météo ou les points de vente proches. Une redirection automatique fondée sur ce seul critère est une mauvaise pratique reconnue, puisqu'elle piège tout voyageur et tout utilisateur de VPN : il faut proposer, pas imposer.

Restrictions de diffusion

Les droits audiovisuels et sportifs s'achètent territoire par territoire. Un diffuseur qui n'a acquis les droits que pour la France a l'obligation contractuelle d'empêcher l'accès depuis l'étranger, et la géolocalisation IP est l'outil de contrôle le moins coûteux à sa disposition. Le même mécanisme s'applique aux services soumis à autorisation nationale, comme les jeux d'argent en ligne.

Détection de fraude

Banques et commerçants en ligne comparent la zone d'une connexion avec l'historique du compte. Le motif le plus recherché est le déplacement impossible : deux connexions distantes de milliers de kilomètres à quelques minutes d'intervalle. La géolocalisation IP n'y est jamais utilisée seule : elle pèse comme un signal parmi des dizaines, précisément parce que sa fiabilité au niveau ville est médiocre.

Conformité fiscale

C'est l'usage le plus contraignant, et le moins connu. Pour les services fournis par voie électronique à des particuliers, la TVA est due dans le pays du consommateur. Le droit européen impose au vendeur de conserver deux éléments de preuve non contradictoires du lieu de consommation, et l'adresse IP figure explicitement dans la liste des preuves admises, aux côtés de l'adresse de facturation, des coordonnées bancaires ou du pays de la carte SIM. Depuis 2019, les vendeurs restant sous un seuil annuel de 100 000 € de ventes transfrontalières peuvent se contenter d'un seul élément. D'où ces boutiques qui refusent obstinément la devise que vous demandez quand votre adresse IP indique un autre pays : ce n'est pas un caprice technique, mais une obligation documentaire.

Contourner ou corriger sa localisation

Deux objectifs différents sont régulièrement confondus. Contourner, c'est afficher une localisation autre que la sienne. Corriger, c'est faire en sorte que la localisation affichée soit la bonne. Les moyens n'ont rien à voir.

Ce qui fonctionne

  • Un VPN : le trafic sort par un serveur choisi ; toutes les bases voient l'adresse de ce serveur. C'est immédiat et complet, à condition de vérifier l'absence de fuite WebRTC ou DNS.
  • Un proxy : même principe, limité au navigateur ou à une application. Utile pour un besoin ponctuel, insuffisant pour l'ensemble du système.
  • Publier un geofeed : la seule méthode qui corrige réellement, à la source et durablement, si vous êtes titulaire de la plage.
  • Le formulaire de correction d'un éditeur : utile en complément, base par base, avec un délai et une durée d'effet variables.
  • Le partage de connexion mobile : change d'opérateur et donc de plage ; la localisation devient celle du point de sortie mobile, souvent moins précise.

Ce qui ne fonctionne pas

  • Changer le fuseau horaire de sa machine : aucun effet sur l'adresse IP. Pire : l'incohérence entre le fuseau déclaré par le navigateur et la localisation IP est un motif classique de détection.
  • Changer la langue du navigateur ou les paramètres régionaux : même raisonnement, même inefficacité.
  • Changer de serveur DNS : le résolveur DNS ne modifie pas l'adresse source de vos connexions. Il peut au mieux influencer la réponse d'un service de répartition de charge.
  • La navigation privée et l'effacement des cookies : ils ne touchent pas à la couche réseau.
  • Désactiver la localisation dans les réglages du système : cela agit sur l'API du navigateur, pas sur la géolocalisation IP, qui continue de fonctionner.
  • Redémarrer sa box pour « changer de ville » : vous obtiendrez peut-être une nouvelle adresse, mais dans la même plage, donc à la même localisation déclarée.

Pour un panorama complet des méthodes, de leurs coûts et de leurs limites, reportez-vous à notre guide comment masquer son adresse IP. Et si certains termes de cette page restent obscurs, notre glossaire du réseau définit préfixe, registre régional, enregistrement PTR et rayon de précision.

Ce que ce site affiche, et avec quelles limites

Par cohérence avec ce qui précède, voici ce que fait notre page d'accueil. Nous transmettons votre adresse IP publique à un fournisseur de données de géolocalisation et nous affichons les champs qu'il renvoie : pays, région, ville, opérateur, et un couple de coordonnées quand il en fournit. La carte est simplement centrée sur ces coordonnées.

Ce marqueur n'est pas votre domicile : il représente le centre de la zone que le fournisseur associe à votre plage d'adresses. En mobile, derrière un CGNAT, sur un accès satellite ou sur le réseau de votre employeur, l'écart peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres : comportement attendu, et non dysfonctionnement. Nous n'inventons aucun rayon de précision quand la source n'en fournit pas, et nous n'affichons pas de carte du tout lorsqu'aucune coordonnée n'est renvoyée : mieux vaut ne rien montrer qu'un point par défaut. Le détail des sources, la durée de conservation de notre cache et nos vérifications figurent sur notre page méthodologie.

Ce que dit le droit

En droit européen, une adresse IP, même dynamique, constitue une donnée à caractère personnel pour un responsable de traitement qui dispose de moyens légaux raisonnables d'identifier la personne concernée : typiquement en s'adressant au fournisseur d'accès par voie judiciaire. La zone géographique qui en est déduite hérite de cette qualification : la traiter suppose une base légale, une information des personnes et une durée de conservation justifiée.

Il faut cependant distinguer cette localisation approximative des données de localisation au sens strict, issues d'un terminal mobile ou de l'API de géolocalisation, qui relèvent d'un régime plus exigeant : le consentement y est en principe requis, et c'est pour cette raison que votre navigateur vous demande explicitement l'autorisation. Un site qui déduit votre pays de votre adresse IP pour choisir une devise n'est donc pas dans la même situation qu'un site qui collecte vos coordonnées satellitaires.

Ces distinctions, la position des autorités françaises et les durées de conservation applicables aux journaux de connexion sont développées dans nos guides adresse IP et RGPD et qu'est-ce qu'une adresse IP.

Questions fréquentes

La géolocalisation IP peut-elle donner mon adresse postale ?

Non. Une base de géolocalisation associe une plage d'adresses à une zone, jamais une adresse individuelle à un logement. Le point affiché sur une carte est le centre d'une zone, choisi par l'éditeur de la base : il ne désigne aucun bâtiment. Seule une réquisition judiciaire adressée au fournisseur d'accès permet de relier une adresse IP à un abonné, dans les conditions décrites dans notre guide sur l'adresse IP et le RGPD.

Pourquoi un site affiche-t-il une ville où je ne suis pas ?

Parce que la base ne connaît pas votre position mais celle qu'elle a déduite de votre plage d'adresses. Si votre opérateur n'a rien déclaré de précis, la base retombe sur le point d'entrée réseau, sur le siège social de l'opérateur ou sur un centre de pays. Un écart de plusieurs dizaines de kilomètres est normal, et un écart de plusieurs centaines de kilomètres reste fréquent sur les réseaux mobiles.

Pourquoi mon adresse IP mobile me situe-t-elle souvent dans une grande ville ?

Le trafic d'un téléphone n'est pas remis à Internet là où se trouve l'antenne : il traverse le cœur de réseau de l'opérateur et ressort par un nombre limité de points de sortie nationaux. Votre adresse IP publique appartient donc à une plage rattachée à ces points, pas à votre commune. Changer d'antenne ou de département n'y change généralement rien.

Un VPN suffit-il à changer ma localisation apparente ?

Pour la géolocalisation par adresse IP, oui : les sites voient l'adresse du serveur de sortie. Mais cela ne change ni la position renvoyée par l'API de géolocalisation du navigateur si vous l'autorisez, ni le fuseau horaire de votre système, ni les fuites éventuelles de WebRTC ou de DNS. Voir notre guide sur les VPN.

Comment faire corriger une localisation manifestement fausse ?

Si vous êtes simple abonné, signalez l'erreur à votre fournisseur d'accès et au formulaire de correction de la base concernée. Si vous administrez la plage, la bonne méthode est de publier un fichier geofeed conforme à la RFC 8805 et de le référencer dans l'objet du registre régional : la correction se propage alors à toutes les bases qui lisent ces déclarations.

Changer de DNS, de fuseau horaire ou de langue modifie-t-il ma géolocalisation ?

Non. Le changement de résolveur DNS ne modifie pas l'adresse IP que voient les sites. Le fuseau horaire et la langue du navigateur ne sont que des indices supplémentaires : les modifier sans changer d'adresse IP crée une incohérence qui sert précisément à détecter les utilisateurs de VPN.

Un site peut-il connaître ma position exacte alors que j'utilise un VPN ?

Oui, si vous cliquez sur « Autoriser » quand il demande votre position. L'API de géolocalisation du navigateur s'appuie sur le GPS, les points d'accès Wi-Fi visibles et les antennes mobiles : elle ne passe pas par votre adresse IP et ignore donc totalement votre VPN. La précision peut alors descendre à quelques mètres.

La localisation déduite de mon adresse IP est-elle une donnée personnelle ?

L'adresse IP elle-même est considérée comme une donnée à caractère personnel dès lors que le responsable de traitement dispose de moyens légaux d'identifier l'abonné. La zone géographique qui en est déduite hérite de cette qualification : elle est soumise au RGPD, même si elle reste approximative. Notre guide adresse IP et RGPD détaille ce point.