Le DHCP expliqué : qui donne son adresse IP à votre appareil
Quand vous connectez un téléphone au Wi-Fi, il obtient une adresse en moins d'une seconde sans que personne ne lui dise laquelle prendre. Derrière cette évidence se cache un protocole précis, le DHCP, et une conversation en quatre messages. Comprendre ce dialogue, c'est pouvoir réparer soi-même la moitié des pannes réseau domestiques.
L'essentiel
- Le DHCP (RFC 2131) attribue automatiquement une adresse privée, un masque, une passerelle et des serveurs DNS à chaque appareil qui rejoint le réseau.
- L'échange tient en quatre messages : Discover, Offer, Request, Acknowledge, sur les ports UDP 67 et 68.
- L'adresse n'est pas donnée mais prêtée : c'est un bail, renouvelé à la moitié de sa durée, ce qui explique qu'une adresse locale change parfois.
- Une adresse en
169.254.x.xsignifie « aucun serveur DHCP ne m'a répondu ». - Pour une imprimante, un NAS ou une caméra, préférez toujours une réservation côté box à une adresse fixe saisie sur l'appareil.
Le rôle du DHCP dans un réseau domestique
Pour communiquer sur un réseau IP, une machine a besoin d'au moins quatre informations : une adresse, un masque de sous-réseau qui délimite son réseau local, l'adresse de la passerelle par laquelle sortir et celle d'un résolveur DNS. Jusqu'au milieu des années 1990, ces valeurs se saisissaient à la main sur chaque poste, avec les conséquences prévisibles : masques incohérents et surtout doublons d'adresses, qui coupent brutalement les deux machines concernées. Le Dynamic Host Configuration Protocol, normalisé par la RFC 2131 en 1997, supprime ce travail. Il prolonge BOOTP (RFC 951), conçu pour démarrer des stations sans disque dur, dont il reprend le format de paquet.
Chez un particulier, le serveur DHCP n'est pas une machine dédiée : c'est la box elle-même, qui cumule les fonctions de modem, de routeur, de traducteur d'adresses et de serveur DHCP. Elle gère une plage d'attribution, souvent 192.168.1.100 à 192.168.1.200, prise dans les plages privées de la RFC 1918. Ces adresses ne sont pas routables sur Internet : la distinction est détaillée dans notre guide sur les adresses IP publiques et privées, et le mécanisme qui permet à tous vos appareils de partager une seule adresse publique est expliqué dans le NAT expliqué.
Reste un paradoxe : comment demander une adresse quand on n'en a pas encore ? Le protocole travaille à l'étage inférieur. Le premier message part de 0.0.0.0 vers 255.255.255.255, la diffusion générale que toutes les machines du segment reçoivent, et l'identité du demandeur n'est pas une adresse IP mais son adresse MAC, inscrite dans le champ chaddr. Le tout circule en UDP, le serveur écoutant sur le port 67 et le client sur le port 68.
Astuce : cette dépendance à la diffusion explique une propriété souvent mal comprise : le DHCP ne traverse pas un routeur. Un serveur ne dessert que le segment auquel il est raccordé, sauf si un équipement intermédiaire joue le rôle de relais vers un serveur distant. Dans un logement, tout est sur le même segment ; dans une entreprise découpée en VLAN, la question est centrale.
Le dialogue en quatre temps : DORA
L'obtention d'une adresse suit une séquence de quatre messages, retenue sous l'acronyme DORA. L'ensemble se déroule en quelques dizaines de millisecondes sur un réseau sain. Chaque message porte le même identifiant de transaction, le xid, un nombre tiré au hasard par le client qui permet aux deux parties de rattacher une réponse à la bonne demande.
- 1. DHCPDISCOVER : le client cherche
Le client émet en diffusion, depuis
0.0.0.0:68vers255.255.255.255:67, un paquet contenant son adresse MAC, son identifiant de transaction, l'option 53 valant 1, souvent son nom d'hôte (option 12) et la liste des paramètres qu'il souhaite recevoir (option 55). S'il connaît une adresse déjà utilisée auparavant, il la suggère via l'option 50.
En langage courant : l'appareil crie à la cantonade « quelqu'un peut-il me donner une adresse ? Voici ma carte d'identité matérielle ». - 2. DHCPOFFER : le serveur propose
Le serveur choisit une adresse libre dans sa plage et répond avec l'option 53 valant 2. L'adresse proposée figure dans le champ
yiaddr; la réponse contient déjà le masque, la passerelle, les serveurs DNS, la durée du bail et l'identifiant du serveur (option 54). Elle part en diffusion, ou en unicast vers l'adresse MAC du client si celui-ci n'a pas positionné le drapeau de diffusion.
En langage courant : la box répond « prends 192.168.1.132, voici aussi la sortie et l'annuaire, c'est valable un certain temps ». - 3. DHCPREQUEST : le client accepte
Le client formalise son choix avec l'option 53 valant 3, l'adresse retenue dans l'option 50 et l'identifiant du serveur choisi dans l'option 54. Ce message repart en diffusion, et ce détail a une raison précise : si plusieurs serveurs ont fait une offre, tous entendent laquelle a été retenue et libèrent immédiatement les adresses qu'ils avaient mises de côté.
En langage courant : l'appareil annonce publiquement « j'accepte l'offre de cette box-là », pour que les autres n'attendent pas inutilement. - 4. DHCPACK : le serveur confirme
Le serveur valide avec l'option 53 valant 5, inscrit le bail dans sa table et renvoie la configuration complète et définitive. À réception, le client applique les paramètres. Beaucoup d'implémentations émettent alors une requête ARP gratuite pour vérifier que personne d'autre n'utilise l'adresse ; si c'est le cas, le client renvoie un DHCPDECLINE et la séquence recommence.
En langage courant : la box note le prêt dans son registre, l'appareil se configure, et la connexion fonctionne.
Quatre autres messages complètent le protocole et apparaissent dans les journaux d'une box. Le DHCPNAK est un refus : l'adresse réclamée n'est plus valable, typiquement parce que le client a changé de réseau. Le DHCPDECLINE est l'inverse, émis par le client quand l'adresse reçue est déjà occupée. Le DHCPRELEASE rend le bail avant son terme. Le DHCPINFORM sert à une machine adressée manuellement qui veut seulement récupérer les paramètres annexes, DNS en tête.
Tout ce que le serveur transmet en plus de l'adresse
Réduire le DHCP à la distribution d'adresses est la principale idée reçue sur ce protocole. Un bail transporte un ensemble d'options, codées en triplets type-longueur-valeur et recensées par la RFC 2132 puis par un registre de l'IANA. Voici celles que vous rencontrerez réellement sur un réseau domestique ou en petite entreprise.
| Option | Nom | Ce qu'elle transporte |
|---|---|---|
| 1 | Masque de sous-réseau | Le masque associé à l'adresse, par exemple 255.255.255.0. Il indique quelles machines sont joignables directement, sans passer par la passerelle. |
| 3 | Routeur | La passerelle par défaut, presque toujours l'adresse locale de la box. Sans elle, le réseau local fonctionne mais Internet est inaccessible. |
| 6 | Serveurs DNS | Un ou plusieurs résolveurs. Par défaut la box elle-même, qui relaie vers ceux de l'opérateur. C'est ici que se joue le changement de DNS à l'échelle de tout le foyer. |
| 12 | Nom d'hôte | Le nom que le client déclare, souvent le nom donné à l'appareil. C'est lui qui s'affiche dans la liste des équipements de votre box. |
| 15 | Nom de domaine | Le suffixe DNS local, comme lan ou home, ajouté aux noms courts pour former un nom complet. |
| 42 | Serveurs NTP | Les serveurs de temps. Une horloge décalée fait échouer les certificats TLS : cette option évite bien des messages « connexion non sécurisée » inexplicables. |
| 50 | Adresse demandée | Envoyée par le client pour réclamer une adresse précise, en général celle qu'il utilisait auparavant. |
| 51 | Durée du bail | La durée de validité en secondes. 86400 correspond à 24 heures. |
| 53 | Type de message | L'option qui distingue Discover (1), Offer (2), Request (3), Decline (4), Ack (5), Nak (6), Release (7) et Inform (8). |
| 54 | Identifiant du serveur | L'adresse du serveur DHCP qui répond. Précieuse en diagnostic : elle désigne nommément le coupable quand un second serveur s'est invité. |
| 55 | Liste des paramètres demandés | La liste ordonnée des options que le client souhaite. Son contenu et son ordre varient d'un système à l'autre, ce qui en fait une empreinte reconnaissable. |
| 58 et 59 | T1 et T2 | Les instants de renouvellement et de reprise du bail, exprimés en secondes. En leur absence, les valeurs par défaut sont 50 % et 87,5 % de la durée du bail. |
| 60 | Classe du fournisseur | Une chaîne identifiant le type de client, par exemple une valeur commençant par MSFT pour Windows ou par android-dhcp pour Android. |
| 61 | Identifiant du client | L'identité stable revendiquée par le client, souvent construite à partir de l'adresse MAC. C'est sur cette valeur, plutôt que sur la MAC brute, que certains serveurs indexent leurs baux. |
| 121 | Routes statiques sans classe | Des routes supplémentaires poussées aux clients (RFC 3442). Elle sert notamment aux VPN d'entreprise pour diriger certains réseaux vers une passerelle spécifique. |
Une conséquence pratique passe souvent inaperçue : quand vous modifiez les serveurs DNS dans l'interface de votre box, vous ne touchez pas à la configuration de vos appareils, vous changez la valeur de l'option 6 que la box distribuera au prochain renouvellement de bail. Les appareils déjà connectés gardent l'ancienne valeur jusque-là, d'où l'impression fréquente que « le changement n'a pas été pris en compte ». Notez aussi que l'option 121 n'est pas honorée par tous les clients : sa variante propriétaire numérotée 249 existe précisément parce que l'implémentation a longtemps différé selon les systèmes.
Le bail : durée, renouvellement, expiration
Une adresse DHCP n'est pas attribuée, elle est prêtée pour une durée déterminée : c'est le bail, ou lease. Les box grand public utilisent couramment des baux de l'ordre de la journée, le service DHCP de Windows Server propose historiquement huit jours, et un Wi-Fi de lieu public descend à quelques heures pour recycler vite ses adresses. Le client n'attend pas l'expiration : deux échéances rythment la vie du bail.
| T1 : à 50 % du bail | Le client entre en état renewing et envoie un DHCPREQUEST en unicast directement au serveur qui lui a accordé le bail. Un DHCPACK remet le compteur à zéro. Sur un bail de 24 heures, cela se produit au bout de 12 heures. |
|---|---|
| T2 : à 87,5 % du bail | Si le serveur d'origine n'a pas répondu, le client passe en état rebinding et rediffuse sa demande en broadcast : n'importe quel serveur DHCP du segment peut alors prolonger le bail. Sur 24 heures, cela intervient vers la 21e heure. |
| Expiration | Sans réponse jusqu'au terme, le client doit abandonner l'adresse, se retirer du réseau IP et recommencer un cycle DORA complet. C'est à ce moment qu'apparaît, si aucun serveur ne répond, l'adresse d'auto-attribution en 169.254.x.x. |
Le cas du portable qu'on referme puis qu'on rouvre mérite une explication à part. Au réveil, la machine n'a pas oublié son bail : elle entre dans l'état init-reboot et envoie directement un DHCPREQUEST réclamant l'adresse qu'elle avait avant la veille, sans repasser par la phase Discover. Si vous êtes toujours sur le même réseau et que le bail court encore, le serveur répond DHCPACK et l'adresse ne change pas. Si vous avez changé de réseau (bureau le matin, domicile le soir), le serveur local répond DHCPNAK et la machine repart pour un cycle complet : c'est ce court aller-retour qui explique la seconde d'attente avant que le Wi-Fi ne redevienne fonctionnel.
Pourquoi, alors, une adresse locale change-t-elle sans qu'on ait rien touché ? Quatre causes suffisent à tout expliquer : un appareil éteint plus longtemps que la durée du bail, dont l'adresse est retournée au réservoir ; un redémarrage de la box qui, selon les modèles, efface la table des baux ; une plage d'attribution trop étroite pour le nombre d'objets connectés du logement ; une adresse MAC aléatoire présentée à chaque association, qui fait passer le téléphone pour un appareil neuf. Aucune de ces causes n'affecte votre adresse publique, qui obéit à une logique distincte détaillée dans notre guide sur l'IP fixe.
Réserver une adresse pour un appareil
Une réservation, aussi appelée bail statique, consiste à indiquer au serveur DHCP : « lorsque cette adresse MAC se présente, donne-lui toujours cette adresse-là ». L'appareil continue de faire du DHCP normalement, il reçoit simplement toujours le même résultat.
Ce n'est pas un raffinement d'administrateur : quatre situations ordinaires l'exigent. Une imprimante installée par son adresse IP devient introuvable dès que celle-ci change, et le pilote est à réinstaller sur chaque poste. Un NAS monté automatiquement au démarrage échoue silencieusement pour la même raison. Une caméra consultée depuis une application locale devient inaccessible. Enfin, toute redirection de port pointe vers une adresse interne fixe : si l'appareil visé change d'adresse, la redirection continue de fonctionner mais envoie le trafic vers le mauvais équipement, ce qui est pire qu'une panne franche.
La marche à suivre est semblable sur toutes les box, même si les libellés varient : « baux statiques », « baux permanents », « adresses réservées » ou « DHCP statique ».
- Relever l'adresse MAC de l'appareil Elle figure souvent sur une étiquette au dos du matériel, dans le menu « informations » d'un téléphone ou d'un téléviseur, et toujours dans la liste des appareils connectés de la box. Six paires hexadécimales, du type
a4:5e:60:1f:2b:c8. - Ouvrir l'interface d'administration de la box Depuis le réseau local, à l'adresse de la passerelle :
192.168.1.1,192.168.0.1ou192.168.1.254selon l'opérateur. L'accès demande le mot de passe d'administration, qui ne doit pas être celui d'origine. - Trouver la section DHCP Elle se situe dans les réglages réseau ou avancés. Notez au passage la plage d'attribution dynamique, vous en aurez besoin à l'étape suivante.
- Choisir une adresse cohérente Elle doit appartenir au même sous-réseau que la box. Certaines interfaces imposent de la prendre dans la plage dynamique, d'autres exigent au contraire qu'elle soit à l'extérieur. Un usage répandu consiste à réduire la plage dynamique, par exemple de
.100à.200, et à ranger les équipements fixes en dessous, de.2à.50. - Associer la MAC et l'adresse, puis enregistrer La box vous propose généralement de sélectionner un appareil déjà connu plutôt que de saisir la MAC à la main : c'est plus sûr, une erreur d'un seul caractère rendrait la réservation inopérante.
- Forcer la prise en compte La réservation ne s'applique pas instantanément : l'appareil garde son bail en cours. Redémarrez-le, ou libérez puis renouvelez son bail avec les commandes de la section suivante, puis vérifiez que l'adresse obtenue est bien celle attendue.
Pourquoi passer par la box plutôt que de saisir une adresse fixe sur l'appareil ? Parce que les deux approches ne réagissent pas du tout de la même façon au moindre changement.
Réservation côté box
- Configuration centralisée : une seule interface pour savoir qui a quoi.
- Le serveur connaît l'adresse réservée et ne l'attribuera jamais à un autre appareil.
- Un changement de DNS, de passerelle ou de plage se propage automatiquement.
- Branché ailleurs, l'appareil obtient normalement une adresse et reste utilisable.
Adresse fixe saisie sur l'appareil
- Le serveur DHCP ignore cette adresse et peut l'attribuer à un autre équipement.
- Un changement de plage rend l'appareil injoignable : correction sur place obligatoire.
- Les paramètres annexes, DNS en tête, sont figés appareil par appareil.
- Emporté sur un autre réseau, l'appareil ne fonctionne plus sans reconfiguration.
Attention : une réservation repose entièrement sur l'adresse MAC. Or les téléphones récents, sous iOS comme sous Android, présentent par défaut une adresse MAC aléatoire différente pour chaque réseau Wi-Fi. Votre réservation ne fonctionnera donc pas tant que vous n'aurez pas désactivé cette randomisation pour votre réseau domestique uniquement, dans les réglages du Wi-Fi concerné. Gardez-la active sur les réseaux extérieurs : c'est une protection utile, expliquée dans notre guide sur l'adresse MAC.
Diagnostiquer une panne DHCP
Le symptôme le plus caractéristique est une adresse commençant par 169.254. Cette plage, définie par la RFC 3927 et connue sous le nom d'APIPA chez Microsoft, est réservée à l'auto-attribution : faute de réponse DHCP, le système tire au sort une adresse dans 169.254.0.0/16, vérifie par ARP que personne ne l'utilise et se la donne. La machine peut alors parler aux autres machines du même câble, mais elle n'a ni passerelle ni DNS, donc aucun accès à Internet. Cette plage figure parmi les adresses IP réservées qu'il est utile de reconnaître d'un coup d'œil.
D'autres symptômes pointent vers le DHCP : une adresse obtenue mais aucune navigation possible (passerelle ou DNS absents), un message « conflit d'adresse IP détecté », ou un appareil qui fonctionne en Ethernet et pas en Wi-Fi. Voici une progression qui isole la cause sans tâtonner.
- 1. Lire la configuration réellement obtenue Avant toute manipulation, regardez ce que l'appareil a reçu : adresse, masque, passerelle, DNS, et surtout l'identité du serveur DHCP ayant répondu. C'est cette dernière information qui distingue une absence de réponse d'une mauvaise réponse.
- 2. Écarter la couche physique Un câble mal enfiché ou une association Wi-Fi qui échoue produisent exactement le même symptôme qu'une panne DHCP. Vérifiez que l'interface est bien active et associée avant d'accuser le protocole.
- 3. Forcer un nouveau bail Libérez le bail en cours puis demandez-en un neuf. Si l'appareil obtient immédiatement une adresse correcte, le problème était un bail périmé ou incohérent, et l'affaire est close.
- 4. Tester un second appareil Si le téléphone obtient une adresse et pas l'ordinateur, la box va bien : cherchez du côté du poste, en particulier son pare-feu local, qui doit laisser passer l'UDP sur le port 68, ou un pilote réseau défaillant.
- 5. Examiner la box Le serveur DHCP est-il activé ? La plage d'attribution est-elle saturée ? Un logement moderne héberge facilement plusieurs dizaines d'équipements connectés, et une plage réduite à vingt adresses se remplit sans qu'on s'en aperçoive. Élargissez-la ou réduisez la durée des baux.
- 6. Vérifier l'unicité du serveur Si la configuration obtenue varie d'un appareil à l'autre ou d'un jour à l'autre, suspectez un second serveur DHCP : c'est l'objet de la section suivante. Une fois l'adresse correcte obtenue, confirmez le chemin complet avec un ping et un traceroute vers la passerelle puis vers l'extérieur.
Windows
ipconfig /all # Repérez : Bail obtenu, Bail expirant, Serveur DHCP, Passerelle par défaut ipconfig /release ipconfig /renew # Sur une carte précise, ajoutez son nom : ipconfig /renew "Wi-Fi" netsh interface ipv4 show config # Vérifie si l'interface est bien en mode automatique (DHCP) netsh interface ipv4 set address name="Wi-Fi" source=dhcp netsh interface ipv4 set dnsservers name="Wi-Fi" source=dhcp # Repasse une interface configurée en fixe vers le mode DHCP
Linux
ip a ip route # Adresses des interfaces, puis la route par défaut (la passerelle) sudo dhclient -r enp3s0 && sudo dhclient -v enp3s0 # Libère puis redemande un bail ; -v affiche le dialogue DORA en clair nmcli device show enp3s0 sudo nmcli connection down "Wi-Fi maison" && sudo nmcli connection up "Wi-Fi maison" # La plupart des distributions récentes utilisent le client DHCP intégré # à NetworkManager : dhclient peut être absent, nmcli prend le relais. journalctl -u NetworkManager --since "10 min ago" | grep -i dhcp # Les journaux nomment le serveur qui a répondu et l'adresse accordée
macOS
ipconfig getpacket en0 # Affiche le dernier paquet DHCP reçu, option par option : masque, # routeur, DNS, durée du bail, identifiant du serveur. Très utile. sudo ipconfig set en0 DHCP # Force un nouveau cycle complet sur l'interface en0
Android et iOS
Sur mobile, tout passe par l'interface graphique. Sous Android, ouvrez les paramètres Wi-Fi, touchez le réseau puis modifiez ses paramètres : le champ « Paramètres IP » doit être sur DHCP et non sur « Statique ». Sous iOS, dans les réglages Wi-Fi, touchez le bouton d'information à côté du réseau : l'onglet « IP automatique » propose un bouton « Renouveler le bail » qui déclenche un DHCPREQUEST immédiat. Dans les deux systèmes, l'option « oublier ce réseau » puis une reconnexion efface toute configuration résiduelle ; c'est souvent la manipulation la plus rapide.
Deux serveurs DHCP sur le même réseau
Le protocole n'a aucun mécanisme d'autorité : rien ne dit à un client quel serveur est légitime, il retient la première offre reçue. Sur un réseau domestique, la cause est presque toujours la même : un second routeur, un ancien modem recyclé ou un répéteur Wi-Fi raccordé sans que son propre serveur DHCP ait été désactivé. La signature est reconnaissable : certains appareils accèdent à Internet et d'autres non sans logique apparente, deux machines côte à côte affichent des passerelles ou des sous-réseaux différents, l'impression et le partage de fichiers cessent entre appareils pourtant sur le même Wi-Fi, et le problème se déplace au fil des redémarrages, signe qu'une course entre deux offres se rejoue à chaque connexion.
Le diagnostic tient en une comparaison : relevez sur plusieurs appareils l'identité du serveur ayant répondu, ligne « Serveur DHCP » de ipconfig /all, champ server_identifier de ipconfig getpacket en0 sur macOS, journaux de NetworkManager sous Linux. Deux valeurs différentes confirment le diagnostic, et la seconde vous donne directement l'adresse de l'intrus.
La correction consiste à ne conserver qu'un seul serveur. Sur l'équipement ajouté : désactivez sa fonction DHCP, donnez-lui une adresse fixe hors de la plage dynamique de la box, et raccordez-le d'un port LAN vers un port LAN de la box, jamais par son port WAN, qui créerait un second niveau de traduction d'adresses. Beaucoup de matériels proposent un mode « point d'accès » ou « bridge » qui applique ces réglages en une case à cocher. Redémarrez ensuite les appareils concernés : tant qu'ils gardent leur ancien bail, ils continuent d'utiliser la mauvaise passerelle.
Attention : le même mécanisme peut être détourné volontairement. Sur un réseau ouvert, un serveur DHCP illégitime peut annoncer sa propre machine comme passerelle et comme résolveur DNS, et voir passer le trafic des appareils qui acceptent son offre. C'est une raison de plus de se méfier des réseaux partagés et d'appliquer les précautions décrites dans notre guide sur le Wi-Fi public. À domicile, la protection est le contrôle physique et logique de qui peut se brancher sur votre réseau : voir sécuriser sa box Internet.
Ce que le DHCP révèle de vos appareils
Un aspect rarement évoqué : le DHCP est bavard, et il l'est en diffusion, donc à la portée de toute machine du même segment. Trois éléments partent à chaque connexion.
Le nom d'hôte d'abord, transmis dans l'option 12. Il reprend le nom donné à l'appareil lors de sa configuration initiale, lequel comporte fréquemment un prénom : se connecter au Wi-Fi d'un hôtel avec un ordinateur nommé « MacBook de Camille » diffuse cette information à tout le réseau. Renommer ses appareils avec un libellé neutre ne coûte rien et se fait dans les paramètres système de chaque plateforme.
La classe du fournisseur ensuite, option 60, qui annonce le type de système. Combinée à la liste des paramètres demandés, option 55, dont le contenu et l'ordre varient d'une implémentation à l'autre, elle forme une empreinte suffisamment discriminante pour deviner le système d'exploitation, souvent sa famille de versions, parfois le type de matériel : sans qu'aucun logiciel n'ait été installé sur l'appareil.
L'adresse MAC enfin, indissociable du protocole puisqu'elle sert d'identifiant. Ses trois premiers octets désignent le fabricant de la carte réseau via un registre public de l'IEEE, ce qui suffit à distinguer un téléphone d'une console ou d'une ampoule connectée. Stable par nature, elle constituerait un identifiant de suivi idéal d'un réseau à l'autre : d'où la randomisation par réseau désormais active par défaut sur mobile. Attention toutefois, elle masque le matériel mais pas le nom d'hôte, qui continue de partir en clair. Le sujet est détaillé dans notre guide sur l'adresse MAC et sa randomisation.
Ces informations restent locales : elles ne franchissent pas votre box et ne sont pas visibles des sites que vous consultez, qui voient tout autre chose, c'est l'objet de notre guide sur les adresses publiques et privées. Le vocabulaire employé ici, bail, préfixe, unicast, diffusion, est repris et défini dans notre glossaire du réseau.
DHCPv6 et SLAAC : IPv6 fonctionne autrement
En IPv6, la configuration automatique ne repose pas sur le même principe. Le mécanisme par défaut s'appelle SLAAC, pour StateLess Address AutoConfiguration (RFC 4862), et le mot important est sans état : aucun serveur ne tient de registre des adresses distribuées. Le routeur émet des annonces contenant un préfixe réseau, presque toujours un /64 ; chaque machine fabrique elle-même son adresse en y accolant un identifiant d'interface de 64 bits, dérivé de sa MAC ou, sur les systèmes modernes, calculé de façon stable mais opaque pour ne pas exposer le matériel, puis vérifie son unicité par une détection de duplication. Les systèmes actuels génèrent en plus des adresses temporaires renouvelées régulièrement (RFC 8981) pour leurs connexions sortantes : d'où les multiples adresses IPv6 affichées simultanément par une même machine.
Le DHCPv6 (RFC 8415) existe, mais son rôle est plus étroit. Les annonces du routeur portent deux drapeaux : le drapeau M réclame une adresse auprès d'un serveur DHCPv6, le drapeau O signale que seuls des paramètres complémentaires y sont disponibles. Une particularité mérite d'être connue avant de bâtir une architecture dessus : Android ne met pas en œuvre le DHCPv6 avec état, et un réseau distribuant l'IPv6 uniquement par ce biais laisserait ces terminaux sans connectivité. À l'inverse, les annonces de routeur peuvent transporter directement les serveurs DNS (RFC 8106), ce qui rend le DHCPv6 facultatif dans la plupart des déploiements domestiques.
Reste le rôle de l'opérateur. Votre box ne reçoit pas une adresse IPv6 unique mais un préfixe entier, obtenu par délégation de préfixe DHCPv6, souvent un /56 ou un /64 selon les opérateurs français. Elle en annonce une portion sur votre réseau local, et chacun de vos appareils dispose alors d'adresses globalement routables : il n'y a plus de NAT à traverser, c'est le pare-feu qui décide ce qui entre. Ce changement de modèle a des conséquences concrètes sur l'accès distant à un équipement domestique, détaillées dans notre guide IPv6 à la maison, et il est particulièrement utile aux abonnés dont l'adresse IPv4 publique est partagée avec d'autres foyers, situation expliquée dans notre page sur le CGNAT.
Astuce : si votre réseau fonctionne en double pile, les deux mécanismes coexistent sans se gêner : le DHCP distribue l'IPv4 privée, les annonces de routeur fournissent l'IPv6. Une panne DHCP peut donc laisser une machine parfaitement joignable en IPv6 tout en la privant d'IPv4, ce qui donne des symptômes déroutants : certains sites s'ouvrent, d'autres pas. Le réflexe utile est de tester séparément les deux familles d'adresses avant de conclure.
Questions fréquentes
Pourquoi mon appareil affiche-t-il une adresse en 169.254 ?
Parce qu'il n'a reçu aucune réponse DHCP et qu'il s'est attribué lui-même une adresse link-local de la plage 169.254.0.0/16 définie par la RFC 3927. Cette adresse permet uniquement de parler aux autres machines du même câble ou du même Wi-Fi : ni passerelle, ni Internet. C'est un symptôme, pas une panne en soi : la cause est presque toujours un serveur DHCP injoignable, un câble ou une association Wi-Fi défaillante, ou un pare-feu local qui bloque le port 68.
Mon adresse locale change toute seule, est-ce normal ?
Oui, c'est le principe même du bail DHCP. Si votre appareil reste éteint plus longtemps que la durée du bail, son adresse retourne dans le réservoir et peut être attribuée à un autre équipement. Un redémarrage de la box, un changement de plage d'adresses ou la randomisation d'adresse MAC produisent le même effet. Si vous avez besoin d'une adresse locale stable, créez une réservation DHCP plutôt que de configurer une adresse fixe sur l'appareil.
Le DHCP change-t-il mon adresse IP publique ?
Non, ce sont deux plans différents. Le DHCP de votre box distribue des adresses privées à l'intérieur du logement. L'adresse publique, elle, est attribuée à la box par votre opérateur, parfois par un mécanisme DHCP côté WAN, et elle est partagée par tous vos appareils grâce au NAT. Vous pouvez vérifier laquelle vous est attribuée avec notre outil de recherche d'adresse IP.
Faut-il désactiver le DHCP pour être plus en sécurité ?
Non. Désactiver le DHCP n'empêche personne d'entrer : quelqu'un qui a déjà accès au réseau peut deviner la plage utilisée en quelques secondes et se configurer une adresse à la main. Vous n'obtiendriez qu'un réseau pénible à administrer. Les mesures réellement utiles sont ailleurs : mot de passe Wi-Fi robuste en WPA2 ou WPA3, administration de la box protégée, réseau invité pour les objets connectés. Notre guide pour sécuriser sa box les détaille.
Puis-je avoir deux serveurs DHCP sur le même réseau ?
Techniquement rien ne l'empêche, et c'est précisément le problème : le client garde la première offre qui lui parvient. Deux serveurs qui distribuent des plages ou des passerelles différentes produisent un réseau où certains appareils fonctionnent et d'autres non, sans logique apparente. Sur un réseau domestique, un seul serveur DHCP doit être actif ; tout routeur ou répéteur ajouté doit voir son propre serveur DHCP désactivé.
Pourquoi mon adresse IPv6 n'est-elle pas fournie par le DHCP ?
Parce qu'IPv6 dispose d'un mécanisme d'autoconfiguration sans état, le SLAAC : le routeur annonce un préfixe et chaque machine fabrique elle-même son adresse. Le DHCPv6 existe mais reste optionnel, et tous les systèmes ne l'implémentent pas : Android ne prend pas en charge le DHCPv6 avec état. Notre guide IPv6 à la maison explique ce que cela change concrètement.