Ce que votre fournisseur d'accès conserve vraiment

Par La rédaction de Mon-Adresse-IP.net·Publié le ·

Votre fournisseur d'accès sait qui vous êtes et à quelle heure votre ligne était connectée. Il ne sait pas ce que vous avez écrit dans vos messages. Entre ces deux certitudes s'étend une zone grise : ce guide la cartographie, techniquement d'abord, juridiquement ensuite.

L'essentiel

  • Trois catégories obéissent à des régimes radicalement différents : l'identité de l'abonné, les données de trafic et de connexion, le contenu des communications.
  • Le HTTPS a réduit ce que votre fournisseur voit du contenu, pas ce qu'il voit des destinations.
  • La conservation généralisée et indifférenciée des données de trafic a été jugée contraire au droit de l'Union ; l'identité civile et les adresses IP attribuées à la source relèvent d'un régime distinct.
  • Un particulier ne peut pas obtenir l'identité derrière une adresse IP, même victime : seule une procédure judiciaire le permet.
  • Sites, régies publicitaires et hébergeurs conservent souvent plus longtemps que l'opérateur, avec moins d'encadrement spécifique.

Avertissement : cette page est un contenu informatif de vulgarisation. Elle ne constitue pas un conseil juridique et ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit. Le cadre applicable à la conservation des données de connexion a beaucoup évolué depuis 2014 et continue de bouger : vérifiez l'état des textes et de la jurisprudence à la date à laquelle vous les invoquez.

Trois choses que tout le monde confond

La quasi-totalité des malentendus vient d'une confusion entre trois familles de données, rassemblées sous l'étiquette commode de « données personnelles ». Elles ne se ressemblent ni par ce qu'elles révèlent, ni par leur régime juridique, ni par la faisabilité technique de leur conservation.

Catégorie Exemples Ce que cela révèle Logique du régime
Identification de l'abonné Nom, date de naissance, adresse postale, coordonnées et moyen de paiement fournis à la souscription. Qui a signé le contrat. Rien sur les usages ni sur les correspondants. Peu intrusive isolément : conservation générale admise, pour des finalités plus larges.
Trafic et connexion Adresse IP attribuée à la ligne et horaires d'attribution, dates et durées de connexion, correspondants, volumes, localisation en mobile. Avec qui, quand, combien de temps, depuis où. Accumulées, ces données permettent des conclusions très précises sur la vie privée. Régime le plus discuté : conservation ciblée par principe, généralisée par exception et sous conditions strictes.
Contenu des communications Corps d'un message, page réellement affichée, fichier transféré, paroles d'un appel. Ce qui a été dit ou échangé. Protégé par le secret des correspondances : pas de conservation par l'opérateur, interception soumise à des techniques très encadrées.

Conséquence pratique : quand un article de presse évoque « la conservation des données », il parle presque toujours de la deuxième ligne du tableau. Personne n'a jamais imposé à un opérateur d'archiver vos conversations. À l'inverse, la première ligne est la moins contestée de toutes : c'est elle qui rend possible la simple facturation.

Dernière nuance, souvent oubliée : conserver n'est pas traiter. Un opérateur manipule en permanence des données pour acheminer le trafic, facturer ou détecter une attaque, sans que ce traitement fugace implique un stockage durable. Confondre les deux conduit à imaginer un enregistrement exhaustif qui n'existe pas.

Ce que votre fournisseur voit techniquement

Un fournisseur d'accès achemine des paquets, et lit donc obligatoirement l'en-tête de chacun : adresse source, adresse de destination, port de destination, protocole, taille. Il connaît aussi, par construction, l'adresse IP publique attribuée à votre ligne et l'instant où il l'a fait : il est le seul acteur au monde à détenir cette correspondance.

Il en déduit une image fidèle de votre activité réseau : à quelles machines vous parlez, quand, pendant combien de temps et pour quel volume. Ces « métadonnées » sont plus révélatrices que le public ne l'imagine, et c'est précisément ce raisonnement qui fonde leur protection renforcée en droit européen.

Le DNS, le maillon le plus bavard

Par défaut, votre box reçoit du fournisseur, via DHCP, l'adresse de son propre résolveur DNS. Chaque nom de domaine demandé lui est alors transmis en clair, avant même l'établissement de la connexion chiffrée : c'est le canal le plus lisible de tous. En changer est l'une des rares actions à fort effet et faible coût : voir nos guides pour changer de serveur DNS et sur le DNS chiffré (DoH et DoT).

Ce que le HTTPS a changé, et ce qu'il n'a pas changé

Le chiffrement généralisé a réellement modifié la donne : contenu des pages, formulaires, identifiants, corps des messages sont illisibles pour un intermédiaire. Avec TLS 1.3, même le certificat du serveur est chiffré, ce qui a supprimé un indice autrefois exploitable. Trois éléments continuent pourtant de fuir :

  • L'adresse IP de destination. Nécessaire au routage, donc toujours visible. Derrière un grand réseau de diffusion de contenu, une même adresse dessert des milliers de sites et l'indice devient peu discriminant ; pour un serveur dédié ou auto-hébergé, elle désigne le service sans ambiguïté.
  • L'indication SNI. Au début de la poignée de main TLS, le client annonce en clair le nom d'hôte auquel il veut parler, afin que le serveur présente le bon certificat. Ce champ révèle donc le domaine visité même en HTTPS. Le mécanisme Encrypted Client Hello vise à le chiffrer, mais suppose que navigateur, résolveur DNS et hébergeur le prennent tous en charge : son déploiement reste partiel.
  • La forme du trafic. Horaires, durées, volumes, rythme des échanges : une visioconférence, un téléchargement et une session de lecture ne se ressemblent pas, même chiffrés.

Vérification concrète : comparez l'adresse renvoyée par notre outil de recherche d'adresse IP avec celle affichée dans l'interface de votre box. Si elles diffèrent, votre ligne est probablement derrière un CGNAT.

Le cadre européen : une jurisprudence graduée

Le point de départ est la directive de 2002 sur la vie privée et les communications électroniques : la confidentialité est le principe, la conservation l'exception. En 2006, une directive spécifique avait imposé aux États membres d'obliger les opérateurs à conserver les données de trafic ; la Cour de justice de l'Union européenne l'a annulée en 2014, dans l'arrêt Digital Rights Ireland, jugeant l'ingérence d'une gravité particulière et les garanties insuffisantes.

La Cour a ensuite visé les législations nationales. Dans l'arrêt Tele2 Sverige et Watson (2016), elle a jugé contraire au droit de l'Union une réglementation prévoyant une conservation généralisée et indifférenciée de l'ensemble des données de trafic et de localisation de tous les abonnés.

L'arrêt La Quadrature du Net et autres (2020) est le plus important pour comprendre le régime actuel, parce qu'il construit une gradation dont la logique tient en une phrase : plus une donnée permet de dresser le portrait de la vie privée d'une personne, plus sa conservation doit être ciblée et plus la finalité invoquée doit être grave.

  • Les données d'identité civile peuvent faire l'objet d'une conservation générale, car elles ne disent rien en elles-mêmes des communications.
  • Les adresses IP attribuées à la source d'une connexion occupent une position intermédiaire : leur conservation générale est admise pour une durée limitée au strictement nécessaire et pour des finalités restreintes, notamment la lutte contre la criminalité grave et la sauvegarde de la sécurité nationale. Le motif est explicite : pour certaines infractions commises exclusivement en ligne, c'est parfois le seul moyen d'enquête disponible.
  • Les autres données de trafic et de localisation relèvent du régime le plus strict : conservation ciblée sur des catégories de personnes ou des critères géographiques objectifs, ou conservation généralisée limitée dans le temps face à une menace grave pour la sécurité nationale, réelle et actuelle ou prévisible, sous le contrôle d'une juridiction ou d'une autorité administrative indépendante.
  • La Cour valide enfin la conservation rapide, gel des données que l'opérateur détient déjà au moment de la demande.

Cette grille a été confirmée depuis, notamment dans des affaires allemandes en 2022. En 2024, la Cour a précisé les conditions dans lesquelles l'accès aux seules données d'identité civile correspondant à une adresse IP peut être organisé sans contrôle préalable systématique par une juridiction, à condition que les données restent cloisonnées et que le dispositif ne permette pas de conclusions précises sur la vie privée.

L'idée reçue à écarter est donc la suivante : l'Europe n'a pas « interdit la conservation des données », elle a interdit qu'elle soit systématique, indifférenciée et sans finalité proportionnée. Le statut de l'adresse IP au regard du droit des données personnelles, qui sous-tend tout ce raisonnement, est traité dans notre guide adresse IP et RGPD.

La transposition française et la conservation rapide

En France, le socle est l'article L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques, complété par le secret des correspondances que ce même code impose aux opérateurs. C'est en application de ce cadre que votre fournisseur refuse, y compris à vous, de communiquer certaines informations sans réquisition régulière.

Saisi de la compatibilité du dispositif français avec la jurisprudence européenne, le Conseil d'État a rendu la décision French Data Network et autres du 21 avril 2021 : il a écarté la demande de ne pas appliquer le droit de l'Union, repris la grille d'analyse de la Cour de justice, constaté qu'à cette date une menace pour la sécurité nationale justifiait le maintien d'une conservation générale sous réserve d'un réexamen périodique, et enjoint au gouvernement d'adapter les textes. Il a également renforcé le contrôle préalable des accès en matière de renseignement.

La loi du 30 juillet 2021 relative à la prévention d'actes de terrorisme et au renseignement a réécrit en conséquence l'article L. 34-1, en le structurant selon les catégories dégagées par la jurisprudence : identité civile de l'abonné ; autres informations fournies à la souscription et pour le paiement ; données techniques permettant d'identifier la source de la connexion ou relatives aux équipements terminaux ; enfin les autres données de trafic et de localisation, dont la conservation est subordonnée à une injonction du Premier ministre justifiée par une menace grave pour la sécurité nationale, limitée dans le temps et renouvelable.

Un décret d'application fixe les durées propres à chaque catégorie. Elles ne sont pas identiques d'une catégorie à l'autre et ont déjà été modifiées : c'est pourquoi nous ne les reproduisons pas ici. Une page qui vous annonce un chiffre unique, sans dire de quelle catégorie ni de quelle version du texte il s'agit, vous induit en erreur. Si la durée compte pour vous, lisez le texte en vigueur, référencé depuis notre page sources.

Le mécanisme de conservation rapide

C'est la pièce la moins connue et l'une des plus utiles à comprendre. Lorsqu'une autorité compétente a besoin de données que l'opérateur détient encore, elle peut lui enjoindre de les geler sans délai, pour une durée limitée, le temps que la procédure d'accès se déroule. Ce mécanisme ne crée aucune collecte nouvelle : il ne porte que sur l'existant. Il explique qu'une donnée puisse rester disponible au-delà de sa durée ordinaire dans un dossier précis, sans qu'aucune règle générale n'ait été allongée.

Qui peut demander l'accès, et comment

Trois voies coexistent, avec des logiques distinctes.

  1. La voie judiciaire Dans une enquête pénale, le procureur de la République, un officier de police judiciaire agissant sur autorisation ou un juge d'instruction peuvent adresser une réquisition à l'opérateur, chacun de ces cas étant encadré par le code de procédure pénale. En pratique, les échanges passent par une plateforme technique centralisée qui standardise le format des demandes et des réponses.
  2. La voie du renseignement Les services autorisés mettent en œuvre des techniques prévues par le code de la sécurité intérieure, sur autorisation du Premier ministre, après avis d'une autorité administrative indépendante, la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement. Le contentieux relève d'une formation spécialisée du Conseil d'État. Ce circuit ne débouche pas sur un dossier consultable.
  3. Les dispositifs administratifs spécifiques Certaines autorités disposent, dans un domaine défini par la loi, d'un accès limité à des catégories précises de données. L'exemple le plus documenté est celui de l'autorité chargée de la réponse graduée en matière de droit d'auteur, qui obtient l'identité civile correspondant à une adresse IP relevée, et rien d'autre : c'est ce cloisonnement qui a été examiné par la Cour de justice en 2024.

Dans tous les cas, l'opérateur ne livre que ce que la demande vise, sur la période visée. Il n'existe pas de consultation libre d'un « dossier abonné » par un enquêteur, et une réquisition mal formée reçoit une réponse vide.

Pourquoi un particulier ne peut pas identifier une IP

C'est de loin la question la plus posée, et elle naît presque toujours d'une situation légitime : une adresse relevée dans les journaux d'un site, dans les en-têtes d'un courriel ou dans un jeu en ligne, après un harcèlement, une escroquerie ou une intrusion.

La réponse est nette : vous ne pouvez pas obtenir cette identité, et l'opérateur ne peut pas vous la donner. Ce n'est pas un choix commercial de sa part, c'est une interdiction. Aucun service en ligne payant ne détient davantage cette information : ceux qui la promettent vendent au mieux une localisation approximative issue de bases publiques, comme l'explique notre guide sur la géolocalisation par IP, au pire une escroquerie.

La voie qui fonctionne est la plainte : une fois la procédure ouverte, c'est l'autorité judiciaire qui adressera la réquisition. Votre rôle consiste à fournir un dossier exploitable :

  • l'adresse IP exacte, en précisant s'il s'agit d'une adresse IPv4 ou IPv6 ;
  • l'horodatage à la seconde, avec le fuseau horaire : un journal en temps universel et une plainte en heure locale décalée de deux heures désignent deux abonnés différents ;
  • le port source s'il figure dans vos journaux : sans lui, une adresse partagée est inexploitable ;
  • des éléments bruts et non retouchés : en-têtes complets d'un message plutôt qu'une capture d'écran, extrait de journal serveur plutôt qu'une recopie manuelle.

Il existe par ailleurs, en matière civile, des mesures d'instruction ordonnées par un juge avant tout procès. Elles ne sont jamais automatiques, supposent un motif légitime et se heurtent aux exigences européennes sur l'accès aux données de connexion, qui en ont restreint la portée. Autrement dit : même par cette voie, c'est un juge qui décide, jamais vous.

Rappel de fond : une adresse IP ne désigne pas une personne mais, au mieux, un abonnement à un instant donné, derrière lequel se trouvent un foyer, un employeur, un réseau ouvert, un objet connecté compromis ou un relais. La confondre avec une identité est l'erreur d'analyse la plus fréquente et la plus lourde de conséquences.

Le cas du CGNAT et la fiabilité de l'identification

La pénurie d'adresses IPv4 a conduit de nombreux opérateurs, en mobile surtout et sur certaines offres fixes, à faire partager une même adresse publique entre de nombreux abonnés simultanément. C'est le CGNAT, une traduction d'adresses opérée non plus dans votre box mais au cœur du réseau.

Chaque abonné se voit alors attribuer non pas une adresse, mais une plage de ports source sur une adresse commune. La conséquence juridique est directe : pour retrouver la ligne à l'origine d'une connexion, il faut désormais le triplet adresse publique + port source + horodatage précis. L'opérateur doit donc journaliser ces correspondances de traduction, ce qui représente un volume considérable ; plusieurs le réduisent en attribuant à chaque abonné une plage de ports fixe et prévisible pour une durée donnée, plutôt qu'en consignant chaque connexion.

Trois effets concrets pour l'utilisateur :

  • Une réquisition sans port n'aboutit pas. Elle peut désigner un nombre d'abonnés trop grand pour être exploitable, et l'opérateur répondra qu'il ne peut pas identifier la ligne.
  • Vous héritez de la réputation des autres. Un abus commis par un abonné partageant votre adresse publique peut vous valoir un blocage ou un formulaire anti-robot répété : c'est l'une des causes les plus fréquentes lorsque votre adresse IP est bloquée.
  • Vous ne pouvez pas ouvrir de port entrant. Héberger un service exige alors de sortir du CGNAT, ce que détaille notre guide sur l'adresse IP fixe.

Contre-intuitivement, l'IPv6 va dans le sens inverse : en attribuant à chaque ligne son propre préfixe, il supprime le partage et rend l'identification plus directe, pas moins. Les discussions sur la vie privée oublient régulièrement ce point.

Les autres acteurs, qui conservent plus longtemps

L'inquiétude du public se concentre sur le fournisseur d'accès, alors qu'il est probablement l'acteur le plus encadré de la chaîne. Les autres conservent souvent davantage, plus longtemps, et sans régime sectoriel spécifique.

  • Les sites que vous visitez. Un journal de serveur consigne classiquement l'adresse IP, l'horodatage, la ressource demandée et l'agent utilisateur. Notre outil mes en-têtes HTTP vous montre exactement ce que votre navigateur transmet.
  • Les régies publicitaires et outils de mesure. Leur métier consiste à recouper des visites entre sites au moyen d'identifiants persistants et de signaux techniques. L'empreinte de navigateur permet ce recoupement sans cookie et même après un changement d'adresse IP.
  • Les hébergeurs. Le droit français leur impose de conserver les éléments permettant d'identifier quiconque a contribué à la création d'un contenu qu'ils stockent. C'est souvent par eux, et non par votre opérateur, que remonte une enquête sur une publication.
  • Les fournisseurs de VPN. Un VPN ne supprime pas la visibilité, il la déplace : l'opérateur du service occupe exactement la place qu'avait votre fournisseur d'accès. D'où le poids réel de sa politique de journalisation, de sa juridiction et des audits qu'il accepte, critères détaillés dans notre guide sur les VPN.
  • Les résolveurs DNS publics. Même raisonnement : chiffrer ses requêtes ne les fait pas disparaître, cela choisit à qui on les confie.

Vos droits et comment les exercer

Le RGPD vous ouvre un droit d'accès aux données qu'un opérateur détient sur vous. La demande s'adresse au délégué à la protection des données, par écrit, en justifiant votre identité de façon proportionnée ; le responsable de traitement dispose d'un mois pour répondre, délai prorogeable de deux mois pour les demandes complexes. Les coordonnées des principaux opérateurs figurent sur notre page les fournisseurs d'accès français.

Une demande précise obtient une bien meilleure réponse qu'une demande générique. Formulez explicitement :

  1. Les données d'abonnement Identité, coordonnées, historique contractuel et de facturation, moyens de paiement enregistrés.
  2. Les adresses IP attribuées à votre ligne Sur une période que vous délimitez vous-même : une période courte et datée aboutit bien plus souvent qu'une demande portant sur « tout l'historique ».
  3. Les informations qui doivent accompagner la réponse Finalités des traitements, catégories de destinataires, durées de conservation appliquées, transferts éventuels hors Union européenne. Ces éléments sont dus, et pourtant rarement demandés.

Ce droit connaît des limites réelles : il peut être restreint lorsque cela est nécessaire à la prévention ou à la constatation d'infractions, ou à la sauvegarde de la sécurité nationale. Concrètement, vous n'apprendrez pas par cette voie qu'une réquisition vous concerne, et l'opérateur pourra opposer ses obligations légales à certaines demandes.

En cas de refus non motivé ou d'absence de réponse dans les délais, relancez par écrit en gardant une trace, puis adressez une plainte à la CNIL, qui dispose d'un formulaire en ligne ; un recours devant le juge reste possible. Pour les fichiers relevant des services de renseignement, la voie est différente : on parle de droit d'accès indirect, exercé par l'intermédiaire de la CNIL, sans que le contenu du fichier vous soit communiqué.

Astuce : datez et conservez une copie de votre demande initiale. Le délai d'un mois court à compter de sa réception : sans preuve d'envoi, vous ne pourrez pas démontrer qu'il est dépassé.

Réduire ce qui est observable, honnêtement

Aucun outil ne vous rend invisible : chacun déplace la confiance d'un acteur vers un autre. Le choix consiste à décider à qui vous préférez la confier, compte tenu de ce dont vous cherchez à vous protéger.

Mesure Ce que le fournisseur cesse de voir Ce qu'il continue de voir À qui vous faites confiance
HTTPS (déjà généralisé) Le contenu des pages et des formulaires. Destinations, SNI, volumes, horaires. L'autorité de certification et le site lui-même.
DNS chiffré Les noms de domaine demandés. Destinations et SNI, sauf si l'ECH s'applique. Le résolveur DNS que vous avez choisi.
VPN Destinations, noms de domaine, SNI. L'usage d'un VPN, l'adresse du serveur, volumes et horaires. L'opérateur du VPN, qui voit ce que voyait le fournisseur.
Tor Destinations et contenu. L'usage de Tor, les volumes et les horaires. Aucun acteur unique : la confiance est répartie entre plusieurs relais.

Tor est le seul de ces outils à ne pas remplacer un observateur par un autre : aucun relais ne connaît à la fois votre identité réseau et votre destination. Le prix à payer est réel (lenteur, sites qui refusent le trafic sortant, usages incompatibles) et notre guide sur Tor détaille ces contreparties.

Surtout, rappelez-vous ce qu'aucune de ces mesures ne change : votre contrat existe, votre identité est connue de votre opérateur, votre facturation est conservée, et les comptes auxquels vous vous connectez vous identifient bien mieux que n'importe quelle adresse IP. Choisir sa protection commence par nommer ce dont on veut se protéger : un réseau Wi-Fi partagé, une régie publicitaire et un adversaire disposant de moyens judiciaires n'appellent pas les mêmes réponses. Notre panorama des méthodes pour masquer son adresse IP compare ces options selon ce critère.

Questions fréquentes

Mon fournisseur d'accès garde-t-il la liste des sites que je visite ?

Il n'existe pas d'obligation de constituer un « historique de navigation » comparable à celui de votre navigateur. Techniquement, votre fournisseur voit en revanche les adresses IP contactées, et les noms de domaine que vous demandez si vous utilisez son résolveur DNS. Passer à un résolveur DNS chiffré lui retire la visibilité sur ces noms, sans supprimer celle sur les adresses de destination.

Combien de temps mon FAI conserve-t-il mes données ?

Il n'y a pas une durée unique mais des durées distinctes selon les catégories : identité civile, informations fournies à la souscription, données techniques identifiant la source d'une connexion, autres données de trafic et de localisation. Ces durées sont fixées par voie réglementaire et ont été modifiées depuis les décisions de la Cour de justice de l'Union européenne et du Conseil d'État. Une page qui annonce un chiffre unique sans préciser la catégorie simplifie abusivement : vérifiez le texte en vigueur.

Puis-je obtenir l'identité de la personne derrière une adresse IP qui me harcèle ?

Non, pas directement, même en tant que victime. Un opérateur n'a pas le droit de communiquer cette information à un particulier et aucun service commercial ne peut le faire légalement à sa place. La voie réelle est le dépôt de plainte : l'autorité judiciaire adressera alors une réquisition à l'opérateur. Conservez des éléments datés à la seconde, avec le fuseau horaire, et le port source si vous en disposez.

Un VPN empêche-t-il mon fournisseur d'accès de conserver des données ?

Non, il change seulement ce qui est observable : votre fournisseur ne voit plus qu'un tunnel chiffré vers un serveur, avec des volumes et des horaires. Votre abonnement, votre identité et l'adresse IP qui vous a été attribuée lui restent connus. La visibilité sur votre navigation se déplace vers l'opérateur du VPN, d'où l'importance de sa politique de journalisation, détaillée dans notre guide sur les VPN.

Puis-je demander à mon opérateur toutes les données qu'il détient sur moi ?

Le RGPD vous ouvre un droit d'accès, à exercer auprès du délégué à la protection des données de l'opérateur, qui doit répondre sous un mois, délai prorogeable de deux mois. Ce droit peut être restreint lorsque cela est nécessaire à une enquête ou à la sécurité nationale : vous n'apprendrez pas par ce biais l'existence d'une réquisition vous concernant. En cas de refus ou de silence, vous pouvez saisir la CNIL.

Le partage d'adresse IP en CGNAT protège-t-il mon anonymat ?

Il complique l'identification pour un tiers extérieur, mais pas pour votre opérateur, qui journalise les correspondances entre adresse publique, plage de ports et ligne d'abonné. Une réquisition comportant l'adresse, le port source et un horodatage précis aboutit ; sans le port, elle peut désigner un très grand nombre d'abonnés et devient inexploitable. Notre guide sur le CGNAT détaille ce mécanisme.