Table des masques de sous-réseau CIDR

Par La rédaction de Mon-Adresse-IP.net·Publié le ·

Les 33 longueurs de préfixe IPv4, de /0 à /32, avec le masque décimal, le masque binaire, le nombre d'adresses et le nombre d'hôtes réellement utilisables. Suivent les préfixes IPv6 courants et la méthode pour découper un réseau de tête, sans calculatrice.

L'essentiel

  • Le chiffre après la barre oblique est le nombre de bits à 1 du masque : /24 signifie 24 bits de réseau et 8 bits d'hôte.
  • Chaque bit gagné sur le préfixe divise le réseau par deux : un /25 est deux fois plus petit qu'un /24.
  • Deux adresses sont perdues par sous-réseau (réseau et diffusion), sauf pour /31 et /32.
  • Le nombre magique (256 − octet du masque) donne les frontières des sous-réseaux de tête.
  • En IPv6, la question ne se pose plus : on compte des /64, pas des hôtes.

Lire un masque en 30 secondes

Une adresse IPv4 fait 32 bits. Le masque de sous-réseau sert à couper ces 32 bits en deux parties : à gauche la partie réseau, identique pour toutes les machines du même segment ; à droite la partie hôte, propre à chaque appareil. Le masque n'est rien d'autre qu'une suite de bits à 1 suivie d'une suite de bits à 0, sans jamais mélanger les deux.

C'est de là que vient l'omniprésence du nombre 255 : en binaire, 255 s'écrit 11111111, soit un octet entier de bits de réseau. Un masque 255.255.255.0 contient donc 24 bits à 1, ce que la notation CIDR résume par /24. Inversement, /26 signifie 26 bits à 1, c'est-à-dire 11111111.11111111.11111111.11000000, soit 255.255.255.192.

La règle de taille en découle mécaniquement : il reste 32 − p bits pour numéroter les hôtes, donc 232−p adresses. Chaque bit ajouté au préfixe divise le réseau par deux, chaque bit retiré le double. Un /23 contient exactement deux /24, un /22 en contient quatre, et ainsi de suite. Si la conversion binaire vous rebute, notre convertisseur d'adresse IP affiche instantanément la forme binaire et hexadécimale d'une adresse.

Astuce : un masque est forcément contigu : une écriture comme 255.0.255.0 n'a plus aucune validité depuis l'adoption du CIDR. Si un équipement l'accepte encore, c'est un vestige, pas une fonctionnalité.

La table CIDR complète (/0 à /32)

Le tableau ci-dessous est calculé, pas recopié : chaque ligne est dérivée de la longueur de préfixe. Utilisez le champ de recherche pour retrouver une valeur précise (tapez 255.255.255.0, /26 ou même 1022) et les filtres pour n'afficher qu'une famille de préfixes.

Préfixe Masque décimal Masque binaire Adresses Hôtes utilisables Équivalent /24 Usage typique
/0 0.0.0.0 00000000.00000000.00000000.00000000 4 294 967 296 4 294 967 294 16 777 216 blocs /24 Route par défaut 0.0.0.0/0 : « tout Internet ». Sert dans les tables de routage et les règles de pare-feu.
/1 128.0.0.0 10000000.00000000.00000000.00000000 2 147 483 648 2 147 483 646 8 388 608 blocs /24
/2 192.0.0.0 11000000.00000000.00000000.00000000 1 073 741 824 1 073 741 822 4 194 304 blocs /24
/3 224.0.0.0 11100000.00000000.00000000.00000000 536 870 912 536 870 910 2 097 152 blocs /24
/4 240.0.0.0 11110000.00000000.00000000.00000000 268 435 456 268 435 454 1 048 576 blocs /24 Bloc multicast 224.0.0.0/4, réservé par l'IANA (RFC 5771).
/5 248.0.0.0 11111000.00000000.00000000.00000000 134 217 728 134 217 726 524 288 blocs /24
/6 252.0.0.0 11111100.00000000.00000000.00000000 67 108 864 67 108 862 262 144 blocs /24
/7 254.0.0.0 11111110.00000000.00000000.00000000 33 554 432 33 554 430 131 072 blocs /24
/8 255.0.0.0 11111111.00000000.00000000.00000000 16 777 216 16 777 214 65 536 blocs /24 Ancienne classe A. Contient 10.0.0.0/8 (privé, RFC 1918) et 127.0.0.0/8 (bouclage).
/9 255.128.0.0 11111111.10000000.00000000.00000000 8 388 608 8 388 606 32 768 blocs /24
/10 255.192.0.0 11111111.11000000.00000000.00000000 4 194 304 4 194 302 16 384 blocs /24 Taille de 100.64.0.0/10, la plage du CGNAT opérateur (RFC 6598).
/11 255.224.0.0 11111111.11100000.00000000.00000000 2 097 152 2 097 150 8 192 blocs /24
/12 255.240.0.0 11111111.11110000.00000000.00000000 1 048 576 1 048 574 4 096 blocs /24 Taille de 172.16.0.0/12, plage privée RFC 1918 (de 172.16 à 172.31).
/13 255.248.0.0 11111111.11111000.00000000.00000000 524 288 524 286 2 048 blocs /24
/14 255.252.0.0 11111111.11111100.00000000.00000000 262 144 262 142 1 024 blocs /24
/15 255.254.0.0 11111111.11111110.00000000.00000000 131 072 131 070 512 blocs /24
/16 255.255.0.0 11111111.11111111.00000000.00000000 65 536 65 534 256 blocs /24 Ancienne classe B. Contient 192.168.0.0/16 (privé) et 169.254.0.0/16 (auto-configuration APIPA).
/17 255.255.128.0 11111111.11111111.10000000.00000000 32 768 32 766 128 blocs /24
/18 255.255.192.0 11111111.11111111.11000000.00000000 16 384 16 382 64 blocs /24
/19 255.255.224.0 11111111.11111111.11100000.00000000 8 192 8 190 32 blocs /24
/20 255.255.240.0 11111111.11111111.11110000.00000000 4 096 4 094 16 blocs /24 Réseau de campus ou de grand site : 16 blocs /24 contigus.
/21 255.255.248.0 11111111.11111111.11111000.00000000 2 048 2 046 8 blocs /24 Découpage courant d'un site d'entreprise multi-VLAN.
/22 255.255.252.0 11111111.11111111.11111100.00000000 1 024 1 022 4 blocs /24 Bloc longtemps attribué par le RIPE NCC aux nouveaux opérateurs européens après l'épuisement d'IPv4 ; la taille est aujourd'hui un /24.
/23 255.255.254.0 11111111.11111111.11111110.00000000 512 510 2 blocs /24
/24 255.255.255.0 11111111.11111111.11111111.00000000 256 254 1 bloc /24 Ancienne classe C. C'est aussi le préfixe le plus long généralement accepté dans le routage BGP mondial.
/25 255.255.255.128 11111111.11111111.11111111.10000000 128 126 1/2 de /24 Moitié d'un /24. Découpage typique quand un LAN d'entreprise devient trop bavard en diffusion.
/26 255.255.255.192 11111111.11111111.11111111.11000000 64 62 1/4 de /24 Quart d'un /24 : la taille la plus fréquente pour un VLAN de service.
/27 255.255.255.224 11111111.11111111.11111111.11100000 32 30 1/8 de /24 Huitième d'un /24 : VLAN d'imprimantes, de caméras ou de serveurs.
/28 255.255.255.240 11111111.11111111.11111111.11110000 16 14 1/16 de /24 Petit bloc d'adresses publiques souvent fourni avec un accès professionnel.
/29 255.255.255.248 11111111.11111111.11111111.11111000 8 6 1/32 de /24 Le plus petit bloc réellement exploitable une fois la passerelle déduite : 6 hôtes.
/30 255.255.255.252 11111111.11111111.11111111.11111100 4 2 1/64 de /24 Liaison point à point historique entre deux routeurs : 2 hôtes, 2 adresses perdues.
/31 255.255.255.254 11111111.11111111.11111111.11111110 2 2 1/128 de /24 Liaison point à point sans adresse de réseau ni de diffusion (RFC 3021) : les 2 adresses sont utilisables.
/32 255.255.255.255 11111111.11111111.11111111.11111111 1 1 1/256 de /24 Adresse unique : route hôte, règle de pare-feu, boucle locale d'un routeur, entrée de liste noire.

Colonne « hôtes utilisables » : nombre total d'adresses moins l'adresse de réseau et l'adresse de diffusion, avec les deux exceptions prévues par les normes, /31 vaut 2 hôtes (RFC 3021) et /32 désigne une adresse unique.

Astuce : pour obtenir directement la plage d'une adresse donnée (réseau, première et dernière IP, diffusion), passez-la à notre calculateur de sous-réseau : il applique exactement les règles décrites ici.

La méthode des blocs : le nombre magique

Les administrateurs réseau expérimentés ne convertissent jamais en binaire pour découper un réseau. Ils utilisent une astuce que la plupart des tutoriels oublient de transmettre : le nombre magique.

Dans un masque, un seul octet est réellement intéressant : celui qui ne vaut ni 255 ni 0. C'est l'octet significatif. Le nombre magique est simplement 256 moins la valeur de cet octet. Il donne à la fois la taille d'un sous-réseau dans cet octet et le pas entre deux adresses de réseau successives. Les adresses de réseau sont les multiples du nombre magique ; l'adresse de diffusion est toujours celle qui précède le réseau suivant.

255.255.255.128 (/25)256 − 128 = 128 → frontières : 0, 128
255.255.255.192 (/26)256 − 192 = 64 → frontières : 0, 64, 128, 192
255.255.255.224 (/27)256 − 224 = 32 → frontières : 0, 32, 64, 96, 128, 160, 192, 224
255.255.255.240 (/28)256 − 240 = 16 → frontières : 0, 16, 32, 48, 64, 80…
255.255.255.248 (/29)256 − 248 = 8 → frontières : 0, 8, 16, 24, 32…
255.255.255.252 (/30)256 − 252 = 4 → frontières : 0, 4, 8, 12, 16…
255.255.252.0 (/22)256 − 252 = 4, mais sur le troisième octet → frontières : 0, 4, 8, 12…

Exemple 1 : À quel sous-réseau appartient 192.168.1.100/26 ?

  1. Traduire le préfixe en masque La table ci-dessus donne /26 = 255.255.255.192. L'octet significatif est le quatrième, il vaut 192.
  2. Calculer le nombre magique 256 − 192 = 64. Les sous-réseaux commencent donc à .0, .64, .128 et .192.
  3. Situer l'adresse Le dernier octet vaut 100. Le multiple de 64 immédiatement inférieur est 64. L'adresse de réseau est donc 192.168.1.64.
  4. Déduire les bornes Le sous-réseau suivant commence à .128, la diffusion est donc 192.168.1.127. Les hôtes vont de 192.168.1.65 à 192.168.1.126, soit 62 adresses.

Résultat en une phrase : 192.168.1.100/26 appartient au réseau 192.168.1.64/26, dont la diffusion est 192.168.1.127. Une machine en 192.168.1.200 configurée avec le même masque se trouve, elle, dans un autre sous-réseau et ne pourra pas la joindre sans routeur.

Exemple 2 : Les bornes de 10.0.0.0/22

  1. Repérer l'octet significatif /22 = 255.255.252.0. Cette fois, c'est le troisième octet qui porte l'information, avec la valeur 252.
  2. Calculer le nombre magique 256 − 252 = 4. Les réseaux successifs sont 10.0.0.0, 10.0.4.0, 10.0.8.0, 10.0.12.0
  3. Établir la plage 10.0.0.0/22 couvre de 10.0.0.0 à 10.0.3.255, c'est-à-dire quatre /24 consécutifs.
  4. Isoler les hôtes La diffusion est 10.0.3.255, les hôtes vont de 10.0.0.1 à 10.0.3.254, soit 1 022 adresses.

Application immédiate : l'adresse 10.0.5.37/22 n'appartient pas à ce réseau. Son troisième octet, 5, tombe entre 4 et 7 ; elle relève donc de 10.0.4.0/22. Ce genre d'erreur d'une case explique une bonne partie des tickets « je ne vois pas le serveur alors qu'il est branché ».

Pourquoi deux adresses sont perdues

Dans un sous-réseau IPv4 classique, deux adresses ne peuvent jamais être attribuées à une machine.

  • L'adresse de réseau : tous les bits d'hôte à 0. Elle désigne le segment lui-même et c'est elle qui apparaît dans les tables de routage. Exemple : 192.168.10.0 pour un /24.
  • L'adresse de diffusion : tous les bits d'hôte à 1. Un paquet envoyé à cette adresse est remis à toutes les machines du segment. Exemple : 192.168.10.255. C'est ce mécanisme qui permet au protocole DHCP de fonctionner avant même qu'un appareil possède une adresse.

D'où la formule 232−p − 2 pour les hôtes utilisables. Elle vaut jusqu'au /30 inclus (4 adresses, 2 hôtes), puis deux exceptions prennent le relais :

  • Le /31 : sur une liaison point à point, il n'y a que deux extrémités : personne n'a besoin de diffuser, et l'adresse de réseau ne sert à rien. La RFC 3021 autorise donc à utiliser les 2 adresses. Cela divise par deux la consommation d'adresses publiques sur les liens opérateurs, ce qui n'est pas anecdotique en fin de vie d'IPv4.
  • Le /32 : un préfixe de 32 bits ne contient plus aucun bit d'hôte. Il désigne exactement une adresse. On l'emploie pour une route hôte, une règle de pare-feu, une adresse de bouclage de routeur, ou une entrée de liste noire dans un fichier de configuration.

Idée reçue : « Le premier sous-réseau, celui qui ne contient que des zéros, est inutilisable. » C'était vrai à l'époque des classes, et certains matériels très anciens exigeaient de l'activer explicitement. Depuis le CIDR, le sous-réseau zéro est parfaitement légitime : 192.168.10.0/26 est un réseau comme un autre.

Découper un réseau : exemple complet

Le cas d'école le plus utile : vous disposez de 192.168.10.0/24 et vous voulez quatre sous-réseaux étanches (bureaux, Wi-Fi invités, imprimantes, objets connectés) d'environ 60 machines chacun.

  1. Traduire le besoin en bits 60 hôtes exigent au moins 62 adresses utilisables, donc 64 adresses au total, donc 6 bits d'hôte. Il reste 32 − 6 = 26 bits de réseau.
  2. Vérifier que le compte tombe juste Passer de /24 à /26, c'est ajouter 2 bits, donc obtenir 22 = 4 sous-réseaux. Exactement le nombre demandé.
  3. Appliquer le nombre magique /26 = 255.255.255.192, donc un pas de 64 dans le dernier octet.
  4. Écrire les quatre blocs Le tableau ci-dessous donne le résultat complet.
Usage Réseau Première IP Dernière IP Diffusion Hôtes
Bureaux192.168.10.0/26192.168.10.1192.168.10.62192.168.10.6362
Wi-Fi invités192.168.10.64/26192.168.10.65192.168.10.126192.168.10.12762
Imprimantes192.168.10.128/26192.168.10.129192.168.10.190192.168.10.19162
Objets connectés192.168.10.192/26192.168.10.193192.168.10.254192.168.10.25562

Les quatre sous-réseaux partagent le même masque 255.255.255.192. La passerelle est traditionnellement placée sur la première adresse utilisable de chaque bloc (.1, .65, .129, .193), mais rien ne l'impose : la dernière adresse utilisable convient tout aussi bien, à condition de rester cohérent. Isoler ainsi les objets connectés dans leur propre segment est l'une des mesures les plus efficaces décrites dans notre guide sur la sécurité des objets connectés.

Notez que le découpage ne change rien à l'adresse publique vue depuis Internet : ces quatre plages restent privées et sortent toutes derrière la même IP grâce au NAT. Pour bien distinguer les deux mondes, relisez la différence entre adresse IP publique et privée, et vérifiez dans notre table des adresses IP réservées qu'une plage choisie n'entre pas en conflit avec un usage normalisé.

Les erreurs classiques

La théorie est simple ; les pannes, elles, se répètent. Voici les quatre fautes rencontrées le plus souvent, et leur symptôme caractéristique.

1. Un masque différent d'un appareil à l'autre

Un poste configuré en 192.168.1.10/24 et un autre en 192.168.1.130/25 sont sur le même câble mais ne se voient pas de la même façon : le premier considère le second comme local, le second considère le premier comme distant et l'envoie à la passerelle. Symptôme typique : le ping fonctionne dans un sens et pas dans l'autre. Vérifiez toujours que tous les équipements d'un segment, passerelle comprise, portent le même masque.

2. Des plages qui se chevauchent

Le grand classique : votre réseau domestique est en 192.168.1.0/24, et le VPN de votre employeur annonce lui aussi 192.168.1.0/24. Les deux routes entrent en conflit et l'accès distant devient erratique. La parade est simple : choisissez chez vous une plage improbable, par exemple 10.73.42.0/24 ou 172.20.9.0/24, plutôt que les 192.168.0.0/24 et 192.168.1.0/24 livrés par défaut sur presque toutes les box.

3. La passerelle oubliée dans le calcul

Un /29 offre 6 hôtes utilisables. La passerelle en consomme un : il en reste 5. Sur un bloc public professionnel, l'oubli se paie cash quand il faut ajouter un serveur. Même logique côté DHCP : si la plage distribuée automatiquement recouvre les adresses fixes de vos serveurs ou de vos imprimantes, vous obtiendrez des conflits d'adresses intermittents, difficiles à diagnostiquer. Réservez une portion du sous-réseau aux adresses statiques et excluez-la explicitement du bail DHCP.

4. Un sous-réseau calculé trop juste

Dimensionner un /28 pour « 14 appareils, ça suffira » est une fausse économie : chaque téléphone, chaque enceinte, chaque ampoule connectée consomme une adresse, et une machine peut en occuper plusieurs (Wi-Fi et Ethernet, machines virtuelles, conteneurs). Un renumérotage ultérieur est bien plus coûteux qu'un bloc prévu large dès le départ. En adressage privé, l'espace ne manque pas : 10.0.0.0/8 offre plus de 16 millions d'adresses.

À savoir : certains équipements réseau, notamment sur les listes de contrôle d'accès, attendent un masque inverse (ou wildcard) : c'est le complément du masque, bit à bit. Le masque 255.255.255.0 devient 0.0.0.255, et 255.255.255.192 devient 0.0.0.63. La confusion entre les deux notations est une source d'erreur fréquente en configuration.

Et en IPv6 : la convention du /64

En IPv6, l'arithmétique change de nature. Une adresse fait 128 bits, et un simple /64 contient déjà 18 446 744 073 709 551 616 adresses : compter les hôtes n'a plus aucun sens. On ne compte plus que des sous-réseaux, c'est-à-dire des blocs /64.

Le /64 n'est pas une habitude arbitraire. L'auto-configuration sans état (SLAAC), le mécanisme par lequel un appareil se fabrique lui-même une adresse à partir de l'annonce du routeur, suppose un identifiant d'interface de 64 bits. C'est pourquoi l'architecture d'adressage IPv6 fixe cette frontière pour la quasi-totalité des adresses unicast. En pratique : ne découpez jamais un réseau local plus finement qu'un /64, sous peine de casser la découverte de voisins et l'auto-configuration. La RFC 7421 analyse en détail les raisons de ce choix.

Autre différence agréable : il n'y a pas d'adresse de diffusion en IPv6. Le broadcast a été remplacé par le multicast, et l'on ne perd donc plus deux adresses par sous-réseau. Une seule adresse par préfixe est réservée, celle dont l'identifiant d'interface est entièrement à zéro : elle sert d'adresse anycast « routeur du sous-réseau ».

Préfixe Réseaux /64 contenus Bits de sous-réseau Usage typique
/32 4 294 967 296 32 bits Allocation minimale d'un registre régional (le RIPE NCC en Europe) à un opérateur.
/40 16 777 216 24 bits Sous-allocation interne d'un opérateur : une région, une plaque technique.
/44 1 048 576 20 bits Délégation à un très gros client ou agrégat régional.
/48 65 536 16 bits Taille de référence d'un site : une entreprise, un campus, un data center.
/52 4 096 12 bits Niveau intermédiaire utilisé par certains opérateurs pour découper un /48.
/56 256 8 bits Délégation résidentielle confortable : 256 réseaux locaux pour un abonné.
/60 16 4 bits Délégation résidentielle économe : 16 réseaux locaux, suffisant à la maison.
/64 1 0 bits Un réseau local, un VLAN, un lien. C'est la taille standard imposée par l'auto-configuration.
/128  : , Une seule adresse : un hôte, une route hôte, le bouclage ::1/128.

Concrètement, un opérateur reçoit d'ordinaire un /32 de son registre régional, puis délègue à chaque abonné un préfixe entier par DHCPv6-PD (Prefix Delegation). En France, les box grand public reçoivent selon les offres un /56, un /60 ou, dans les cas les plus restrictifs, un unique /64 : auquel cas il devient impossible de créer un second réseau local derrière la box, par exemple pour isoler un réseau invité. Notre guide activer IPv6 chez soi explique comment lire le préfixe réellement délégué à votre connexion, et notre comparatif IPv4 et IPv6 détaille les autres différences entre les deux protocoles.

Repère de calcul : le nombre de /64 contenus dans un préfixe /n vaut 264−n. Chaque tranche de 4 bits multiplie ce nombre par 16, ce qui correspond exactement à un caractère hexadécimal de plus dans l'adresse. C'est pourquoi les tailles de délégation avancent de 4 en 4 : /48, /52, /56, /60, /64. Les termes techniques employés ici sont définis dans notre glossaire du réseau.

Questions fréquentes

Quelle différence entre 255.255.255.0 et /24 ?

Aucune : ce sont deux écritures du même masque. 255.255.255.0 est la notation décimale pointée héritée des années 1980, /24 la notation CIDR qui indique simplement le nombre de bits à 1. La seconde est plus courte et sans ambiguïté, c'est elle qu'utilisent les routeurs modernes et notre calculateur de sous-réseau.

Combien d'appareils puis-je brancher dans un /26 ?

Un /26 contient 64 adresses, dont 62 utilisables : l'adresse de réseau et l'adresse de diffusion sont réservées. Retirez encore la passerelle et vous disposez de 61 adresses réellement distribuables à des postes, imprimantes ou objets connectés.

Un /31 fonctionne-t-il vraiment sur un lien entre deux routeurs ?

Oui, c'est la RFC 3021 qui l'autorise depuis 2000 : sur une liaison point à point, l'adresse de réseau et l'adresse de diffusion n'ont pas d'utilité, les 2 adresses sont donc affectées aux deux extrémités. La quasi-totalité des routeurs professionnels le supportent ; les box grand public, en revanche, s'attendent presque toujours à un /30 minimum.

Pourquoi mon réseau en 192.168.1.0/24 n'accueille-t-il que 254 machines ?

Parce que 192.168.1.0 désigne le réseau lui-même et 192.168.1.255 l'adresse de diffusion : ni l'une ni l'autre ne peut être attribuée à un appareil. Dans la pratique, la plage DHCP de votre box est encore plus réduite, car la passerelle et quelques adresses fixes sont exclues. Voir notre guide sur les adresses privées et publiques.

Comment savoir à quel sous-réseau appartient une adresse ?

Calculez le nombre magique (256 moins la valeur de l'octet significatif du masque), puis cherchez le multiple de ce nombre immédiatement inférieur à l'octet correspondant de l'adresse. Pour 10.0.5.37/22, le nombre magique vaut 4, le multiple inférieur à 5 est 4 : le réseau est 10.0.4.0/22. Notre calculateur fait la vérification en une seconde.

Faut-il encore parler de classes A, B et C ?

Non. Le découpage en classes a été remplacé par le CIDR en 1993, formalisé aujourd'hui par la RFC 4632. Les mots « classe C » survivent comme raccourci pour dire « un /24 », mais aucun équipement moderne ne raisonne plus ainsi : un préfixe peut avoir n'importe quelle longueur entre /0 et /32.