IPv4 et IPv6 : quelles différences ?
Deux versions du protocole Internet coexistent aujourd'hui sur le réseau : l'historique IPv4 et la moderne IPv6. Pourquoi deux systèmes ? Quelles sont leurs différences concrètes ? Et comment savoir laquelle votre connexion emploie ? Réponses dans ce guide.
Pourquoi deux versions du protocole IP ?
Le protocole IP existe en plusieurs versions, mais seules deux sont réellement utilisées aujourd'hui : IPv4 et IPv6. La version 5 n'a jamais été déployée à grande échelle, ce qui explique le saut direct de 4 à 6.
IPv4 a été normalisée au début des années 1980, à une époque où l'on imaginait difficilement que des milliards d'objets se connecteraient un jour à Internet. Son espace d'adressage, vaste pour l'époque, s'est révélé insuffisant face à l'explosion du nombre d'appareils : ordinateurs, smartphones, télévisions, objets connectés. IPv6 a été conçue précisément pour résoudre cette pénurie, en offrant un nombre d'adresses pratiquement illimité, tout en modernisant au passage le fonctionnement du protocole.
IPv4 en détail
Une adresse IPv4 est codée sur 32 bits. Elle s'écrit en notation décimale pointée : quatre nombres séparés par des points, chacun compris entre 0 et 255, par exemple 198.51.100.7.
Avec 32 bits, le nombre total d'adresses possibles s'élève à 232, soit environ 4,3 milliards d'adresses. Ce chiffre paraissait colossal en 1980, mais il est devenu insuffisant. De plus, une partie de ces adresses est réservée à des usages particuliers (adresses privées, adresses de test, multidiffusion), ce qui réduit encore le nombre d'adresses réellement disponibles sur Internet.
Résultat : les RIR ont peu à peu épuisé leur réserve d'adresses IPv4 libres. C'est ce que l'on appelle l'épuisement du stock IPv4. Pour faire durer la ressource, on a généralisé le partage d'une même adresse publique entre de nombreux appareils, grâce au mécanisme de traduction d'adresses, le NAT, expliqué dans notre guide sur les adresses publiques et privées.
IPv6 en détail
Une adresse IPv6 est codée sur 128 bits, soit quatre fois plus qu'une adresse IPv4. Elle s'écrit en hexadécimal, sous la forme de huit groupes de quatre caractères séparés par des deux-points, par exemple 2001:0db8:85a3:0000:0000:8a2e:0370:7334.
Avec 128 bits, le nombre d'adresses atteint 2128, soit environ 340 sextillions d'adresses (un nombre à 39 chiffres). Cette quantité est si vaste qu'elle est, en pratique, inépuisable : chaque objet connecté de la planète pourrait disposer de sa propre adresse publique unique.
L'écriture abrégée
Pour rendre les adresses IPv6 plus lisibles, deux règles de simplification s'appliquent :
- Les zéros en tête de chaque groupe peuvent être supprimés :
0db8devientdb8. - Une suite continue de groupes entièrement nuls peut être remplacée, une seule fois, par un double deux-points
::.
Ainsi, l'adresse 2001:0db8:85a3:0000:0000:8a2e:0370:7334 peut s'écrire de façon abrégée 2001:db8:85a3::8a2e:370:7334. Notre convertisseur d'adresse IP vous aide à manipuler ces différentes notations.
Tableau comparatif IPv4 / IPv6
| Critère | IPv4 |
|---|---|
| Format | Décimal pointé — ex. 198.51.100.7 |
| Longueur | 32 bits |
| Nombre d'adresses | Environ 4,3 milliards |
| Configuration | Manuelle ou via DHCP |
| Recours au NAT | Très fréquent, par nécessité |
| Sécurité native | Chiffrement optionnel |
| Critère | IPv6 |
|---|---|
| Format | Hexadécimal — ex. 2001:db8:85a3::8a2e:370:7334 |
| Longueur | 128 bits |
| Nombre d'adresses | Environ 340 sextillions |
| Configuration | Autoconfiguration possible, ou DHCPv6 |
| Recours au NAT | Généralement inutile |
| Sécurité native | Support du chiffrement intégré dès la conception |
Astuce — Il n'existe pas de version « meilleure » dans l'absolu. IPv6 est l'avenir du réseau, mais IPv4 reste indispensable tant que tous les services ne sont pas compatibles. Les deux fonctionnent en parallèle sur la quasi-totalité des connexions modernes.
Pourquoi la transition est-elle si lente ?
IPv6 a été normalisée à la fin des années 1990, et pourtant, plus de vingt ans plus tard, IPv4 reste très présent. Plusieurs raisons expliquent cette lenteur.
D'abord, IPv4 et IPv6 ne sont pas directement compatibles entre eux : un appareil purement IPv6 ne peut pas communiquer avec un service purement IPv4. La solution adoptée s'appelle la double pile (dual stack) : les équipements gèrent simultanément les deux protocoles et choisissent le plus adapté pour chaque connexion. Cette coexistence fonctionne bien, mais elle retire toute urgence à l'abandon d'IPv4.
Ensuite, la migration représente un coût et un effort pour les opérateurs, les hébergeurs et les entreprises : équipements à mettre à jour, configurations à revoir, personnel à former. Tant qu'IPv4 fonctionne, beaucoup d'acteurs repoussent l'échéance. La transition se poursuit néanmoins d'année en année, à un rythme régulier.
IPv6, sécurité et vie privée
IPv6 intègre dès sa conception le support de mécanismes de chiffrement et d'authentification des échanges, là où ce support était une option ajoutée à IPv4. Cela ne rend pas IPv6 « automatiquement plus sûr » : la sécurité dépend toujours de la configuration des équipements et des services.
En matière de vie privée, IPv6 soulève un point d'attention. Comme chaque appareil peut disposer de sa propre adresse publique unique, il devient théoriquement plus facile de suivre un appareil précis. Pour y remédier, les systèmes d'exploitation modernes utilisent des adresses temporaires, renouvelées régulièrement, qui limitent ce risque de traçage. Si la protection de votre vie privée est une priorité, consultez notre guide comment masquer son adresse IP ainsi que notre guide complet sur les VPN.
Comment savoir si vous utilisez IPv6
La méthode la plus simple consiste à consulter la page d'accueil de Mon Adresse IP ou notre outil de recherche d'adresse IP : si l'adresse affichée contient des deux-points et des caractères hexadécimaux, votre connexion utilise IPv6 ; si elle se présente sous la forme de quatre nombres séparés par des points, vous êtes en IPv4.
Vous pouvez aussi vérifier la configuration de votre appareil avec une commande système : ipconfig sous Windows ou ip a sous Linux affichent les adresses IPv4 et IPv6 attribuées à chaque interface réseau. La disponibilité d'IPv6 dépend avant tout de votre fournisseur d'accès et de votre box.
Bon à savoir — Si votre VPN ou votre configuration ne gère pas correctement IPv6, votre adresse IPv6 réelle peut « fuiter » en dehors du tunnel chiffré. Notre test de fuite WebRTC aide à détecter ce type de problème.
Questions fréquentes
IPv6 est-elle plus rapide qu'IPv4 ?
Pas nécessairement. IPv6 simplifie certains traitements et évite parfois le recours au NAT, ce qui peut légèrement améliorer les performances. Mais dans la pratique, la vitesse ressentie dépend surtout de votre débit et de la qualité du réseau, bien plus que de la version du protocole.
Dois-je désactiver IPv4 si j'ai IPv6 ?
Non. De nombreux sites et services ne sont encore accessibles qu'en IPv4. Garder les deux protocoles actifs, en mode double pile, vous assure de pouvoir tout joindre. C'est la configuration recommandée par défaut.
Pourquoi mon adresse IPv4 ressemble à celle de mon voisin ?
À cause de la pénurie d'adresses IPv4, plusieurs abonnés peuvent partager une même adresse publique via un mécanisme de traduction côté opérateur. Ce partage est moins fréquent en IPv6, où chaque foyer dispose de son propre espace d'adresses.
IPv4 va-t-elle disparaître ?
Pas à court terme. IPv4 reste massivement utilisée et le restera tant que des services n'auront pas migré. La cohabitation des deux versions est appelée à durer encore de nombreuses années.