Qu'est-ce qu'une adresse IP ?
Une adresse IP est le numéro qui permet à un réseau de savoir où envoyer une donnée. Ce n'est ni un identifiant de personne, ni un mot de passe, ni une position GPS. Ce guide explique ce qu'elle contient réellement, comment elle vous est attribuée, ce qu'elle permet de faire, et surtout ce qu'elle ne permet pas.
L'essentiel
- Une adresse IP est un numéro de destination écrit dans chaque paquet de données. Elle désigne une interface réseau à un instant donné, pas une personne.
- Elle ne suffit jamais à identifier une conversation : il faut y ajouter un numéro de port et un protocole.
- Vous en possédez plusieurs simultanément : une privée par appareil, une publique partagée par tout le foyer, souvent une IPv4 et une IPv6.
- Elle est prêtée, pas achetée : la chaîne IANA → RIPE NCC → opérateur → abonné peut la reprendre à tout moment.
- Elle révèle un opérateur et une zone géographique large. Elle ne révèle ni votre nom, ni votre adresse postale, ni le contenu de ce que vous faites.
Définition : un numéro, pas un nom
Une adresse IP (Internet Protocol address) est un nombre attribué à une interface réseau pour que les autres machines sachent où lui envoyer des données. En IPv4, ce nombre tient sur 32 bits ; en IPv6, sur 128 bits. Tout le reste (les points, les deux-points, les groupes hexadécimaux) n'est qu'une écriture destinée aux humains. 192.0.2.14 et le nombre 3 221 225 998 désignent exactement la même chose ; notre convertisseur d'adresse IP permet de passer d'une représentation à l'autre.
L'analogie de l'adresse postale est utile mais trompeuse sur un point essentiel : une adresse postale désigne un lieu durable, alors qu'une adresse IP désigne un point de raccordement au réseau. Elle change quand vous changez de réseau. Votre ordinateur portable n'a pas la même adresse chez vous, au bureau et dans un train ; votre téléphone en change en passant du Wi-Fi à la 5G. L'adresse suit la connexion, pas l'appareil.
Deuxième nuance : une adresse est attachée à une interface, pas à une machine. Un ordinateur avec une carte Ethernet et une carte Wi-Fi possède deux adresses distinctes s'il utilise les deux. Une box en possède au minimum deux : une côté Internet, une côté réseau local. C'est la raison pour laquelle la question « quelle est mon adresse IP ? » appelle toujours une contre-question : vue d'où ? La distinction est développée dans notre guide adresse IP publique et privée.
Enfin, l'adresse IP n'est pas un secret et ne fonctionne pas comme un mot de passe. Elle est écrite en clair dans chaque paquet que vous émettez, elle doit l'être pour que la réponse vous revienne. Un site que vous consultez la connaît nécessairement ; c'est la condition même de l'échange, pas une fuite.
Le voyage d'un paquet, étape par étape
Le meilleur moyen de comprendre le rôle exact de l'adresse est de suivre une requête ordinaire, par exemple l'ouverture d'une page web depuis votre salon.
- La traduction du nom en adresse Vous tapez un nom de domaine, mais le réseau ne sait acheminer que vers des nombres. Votre système interroge donc un résolveur DNS, qui renvoie une adresse IPv4 (enregistrement A) et/ou une adresse IPv6 (enregistrement AAAA). Rien n'a encore quitté votre réseau vers le site : seule la question DNS a circulé. Ce mécanisme, ses caches et ses fuites sont détaillés dans notre guide du DNS.
- La mise sous enveloppe Votre navigateur produit une requête, le système la découpe en segments, puis chaque segment reçoit un en-tête IP. Cet en-tête contient notamment l'adresse source (la vôtre, privée à ce stade), l'adresse de destination, l'indication du protocole transporté (TCP, UDP…) et un compteur de durée de vie. En IPv4, cet en-tête pèse 20 octets dans le cas courant ; en IPv6, il fait 40 octets fixes.
- Le premier saut Votre appareil compare l'adresse de destination à son propre réseau. Elle n'en fait pas partie : le paquet part donc vers la passerelle par défaut, c'est-à-dire votre box, dont l'adresse locale est typiquement
192.168.1.1. À l'intérieur de votre logement, c'est l'adresse MAC qui sert à livrer la trame au bon équipement. - La traduction d'adresse La box remplace l'adresse privée de l'expéditeur par son adresse publique, mémorise la correspondance dans une table, puis transmet. C'est le NAT. Sans lui, un réseau domestique en IPv4 ne pourrait pas sortir : les adresses privées ne sont pas routables sur Internet.
- Le routage de saut en saut Le paquet entre dans le réseau de votre opérateur, puis traverse une succession de routeurs. Chaque routeur lit uniquement l'adresse de destination, consulte sa table de routage, choisit l'interface de sortie et fait suivre. Aucun routeur ne connaît le trajet complet : chacun ne décide que du prochain saut.
- Le compteur de sécurité À chaque passage, le routeur décrémente d'une unité le champ TTL (time to live, renommé hop limit en IPv6). Quand il atteint zéro, le paquet est détruit et un message d'erreur est renvoyé. Ce compteur, initialisé à 64 ou 128 selon les systèmes, empêche un paquet mal routé de tourner indéfiniment. C'est exactement ce mécanisme que détourne traceroute pour révéler la liste des routeurs traversés.
- La réponse Le serveur inverse simplement source et destination. Le paquet revient jusqu'à votre box, qui consulte sa table NAT, restaure l'adresse privée du bon appareil et livre. L'aller et le retour n'empruntent pas nécessairement le même chemin.
Deux conséquences pratiques découlent de ce fonctionnement. D'abord, l'adresse IP source est indispensable : un paquet sans expéditeur valide n'obtiendrait jamais de réponse. Ensuite, le réseau ne garantit rien : un paquet peut être perdu, dupliqué ou arriver dans le désordre. C'est le protocole de transport, au-dessus d'IP, qui rétablit l'ordre et redemande ce qui manque.
À retenir : l'en-tête IP ne contient ni votre nom, ni votre identifiant d'abonné, ni le nom du site consulté. Il contient deux adresses, un compteur et quelques champs techniques. Tout le reste appartient aux couches supérieures.
Adresse, port et socket
Une adresse IP désigne une machine, jamais une conversation. Si vous ouvrez trois onglets vers trois sites différents pendant qu'une visioconférence tourne, les quatre flux arrivent sur la même adresse : il faut un second niveau d'aiguillage. C'est le rôle du numéro de port, un nombre sur 16 bits compris entre 0 et 65 535, porté par le protocole de transport TCP ou UDP.
La combinaison d'une adresse et d'un port forme ce que l'on appelle un socket, noté 203.0.113.42:443. Une connexion est identifiée non par une adresse, mais par un quintuplet : protocole, adresse source, port source, adresse de destination, port de destination. Vos trois onglets utilisent la même adresse et le même port distant 443, mais trois ports sources différents choisis au hasard par votre système : les réponses ne peuvent donc pas se mélanger.
Ce détail explique deux phénomènes que l'on attribue souvent, à tort, à l'adresse seule :
- Le partage d'une adresse publique par tous vos appareils fonctionne parce que la box réécrit aussi le port source. Une adresse plus un port réécrit : c'est ce qui permet à des dizaines de sessions simultanées de cohabiter.
- L'ouverture d'un port est nécessaire pour qu'un service hébergé chez vous soit joignable de l'extérieur. Sans règle explicite, la box ne sait pas à quel appareil du réseau local remettre une connexion entrante. La procédure et ses précautions sont décrites dans ouvrir un port.
Retenez la formule : l'adresse indique quelle machine, le port indique quel service ou quelle session sur cette machine. Notre table de référence des ports TCP et UDP recense les numéros les plus courants et leurs usages.
La structure d'une adresse IPv4
Une adresse IPv4 s'écrit en notation décimale pointée : quatre nombres de 0 à 255 séparés par des points, chacun représentant un octet, soit 8 bits. 203.0.113.42 vaut donc, en binaire, 11001011.00000000.01110001.00101010. Un nombre supérieur à 255 dans l'un des groupes signale immédiatement une adresse invalide : 192.168.1.300 n'existe pas.
Cette adresse se lit toujours en deux morceaux : une partie réseau à gauche et une partie hôte à droite. La frontière entre les deux n'est pas fixe : elle est indiquée par le masque de sous-réseau, écrit soit en notation pointée (255.255.255.0), soit en notation CIDR (/24), le chiffre indiquant simplement combien de bits, en partant de la gauche, décrivent le réseau.
Dans un réseau 192.168.1.0/24, les 24 premiers bits identifient le réseau et les 8 derniers l'appareil, soit 256 combinaisons dont deux sont réservées : 192.168.1.0 désigne le réseau lui-même et 192.168.1.255 l'adresse de diffusion. Restent 254 adresses attribuables, ce qui explique pourquoi la plupart des box distribuent des adresses dans cette plage. Pour manipuler ces découpages, utilisez notre calculateur de sous-réseau ou la table des masques de sous-réseau.
Le total d'adresses IPv4 possibles s'élève à 232, soit 4 294 967 296. Ce chiffre paraissait généreux au début des années 1980, quand le protocole a été normalisé ; il est aujourd'hui largement insuffisant face au nombre d'appareils connectés, d'où la pénurie et les mécanismes de partage décrits plus bas.
Lire une adresse IPv6 sans paniquer
Une adresse IPv6 comme 2001:0db8:85a3:0000:0000:8a2e:0370:7334 impressionne, mais elle obéit à trois règles simples. Elle s'écrit en huit groupes de quatre chiffres hexadécimaux séparés par des deux-points, soit 8 × 16 = 128 bits.
- Les zéros de tête disparaissent
0db8s'écritdb8,0000s'écrit0. Cette suppression ne concerne que les zéros à gauche d'un groupe, jamais ceux du milieu ou de fin. - Une seule suite de groupes nuls se remplace par
::Notre exemple devient2001:db8:85a3::8a2e:370:7334. La règle interdit d'utiliser::deux fois dans la même adresse : il serait alors impossible de savoir combien de groupes nuls chaque abréviation remplace. - Les lettres s'écrivent en minuscules La forme canonique recommandée privilégie
2001:db8::1plutôt que2001:DB8::1, même si les deux sont acceptées.
La lecture devient ensuite très régulière, car IPv6 coupe presque toujours l'adresse en deux moitiés égales : les 64 premiers bits identifient le réseau (le préfixe), les 64 derniers identifient l'interface à l'intérieur de ce réseau. C'est la fameuse convention du /64, sur laquelle repose l'auto-configuration des appareils. Autrement dit, chaque réseau local dispose d'un espace d'adressage plus vaste que l'intégralité d'IPv4, ce qui rend le NAT inutile.
Votre opérateur ne vous délègue pas un seul /64 mais un bloc plus large (souvent un /56, parfois un /60 ou un /64 selon l'offre), ce qui autorise plusieurs réseaux distincts à la maison. Conséquence directe : en IPv6, chaque appareil possède sa propre adresse publique, et souvent plusieurs à la fois (une stable, une temporaire renouvelée régulièrement pour limiter le pistage, une de lien local). Ce que cela change concrètement chez un abonné français est développé dans IPv6 à la maison, et la comparaison des deux protocoles dans IPv4 et IPv6.
Comment une adresse vous est attribuée
Aucune adresse publique n'est choisie par son utilisateur. Elle descend une chaîne de délégation mondiale, dont chaque maillon ne fait que déléguer un bloc plus petit au maillon suivant. Comprendre cette chaîne évite deux malentendus fréquents : on n'achète pas une adresse IP comme on achète un nom de domaine, et on ne peut pas la déplacer avec soi en changeant d'opérateur.
| Acteur | Ce qu'il détient | Ce qu'il fait concrètement |
|---|---|---|
| IANA | La réserve mondiale d'adresses IPv4 et IPv6 | Découpe l'espace en très grands blocs et les délègue aux cinq registres régionaux. Tient aussi le registre des plages à usage spécial. |
| Registre régional (RIR) | Les blocs de son continent | Cinq organismes se partagent le monde. Le RIPE NCC couvre l'Europe, le Moyen-Orient et l'Asie centrale ; il alloue des blocs à ses membres et publie l'annuaire public des attributions. |
| Opérateur ou hébergeur | Un ou plusieurs blocs alloués par son RIR | Annonce ces plages sur Internet via le routage, puis les répartit entre ses zones techniques et ses abonnés. C'est lui qui apparaît quand on interroge une adresse. |
| Votre abonnement | Une adresse IPv4 publique (parfois partagée) et un préfixe IPv6 | L'adresse est attribuée à la box, avec une durée de bail. Elle peut être renouvelée sans préavis, sauf souscription d'une IP fixe. |
| Votre box | Le réseau privé du logement | Distribue une adresse privée à chaque appareil par DHCP, et diffuse le préfixe IPv6 reçu de l'opérateur. |
| Votre appareil | Une adresse par interface active | Accepte le bail DHCP, ou génère lui-même son adresse IPv6 à partir du préfixe annoncé. |
Un point mérite d'être souligné : la réserve d'adresses IPv4 libres du RIPE NCC est épuisée depuis novembre 2019. Les nouveaux besoins européens ne sont plus couverts que par une liste d'attente alimentée par des restitutions, ou par le marché des transferts entre membres. C'est cette rareté, et non un choix technique, qui explique la généralisation du partage d'adresses décrit plus loin.
Les grandes familles d'adresses
Toutes les adresses ne servent pas à la même chose. Certaines plages ont été mises de côté par l'IANA pour des usages précis et ne sont jamais routées sur l'Internet public. Savoir les reconnaître d'un coup d'œil permet souvent de diagnostiquer une panne en quelques secondes.
| Famille | Exemple | Ce qu'elle signifie |
|---|---|---|
| Publique | 90.12.34.56 | Unique sur Internet, attribuée par un opérateur. C'est celle que voient les sites que vous visitez. |
| Privée | 192.168.1.24, 10.0.0.5, 172.16.4.2 | Réservée aux réseaux internes. Jamais routée sur Internet, réutilisable librement dans chaque foyer ou entreprise. |
| Bouclage | 127.0.0.1, ::1 | Désigne la machine elle-même. Un paquet envoyé à cette adresse ne quitte jamais la carte réseau ; c'est le fameux localhost. |
| Lien local | 169.254.x.x, fe80::… | Générée par l'appareil quand aucun serveur DHCP ne répond. En IPv4, c'est le symptôme classique d'une box injoignable ; en IPv6, c'est au contraire un fonctionnement normal et permanent. |
| Partagée (CGNAT) | 100.64.0.0 à 100.127.255.255 | Espace réservé aux opérateurs pour mutualiser une adresse publique entre plusieurs abonnés. Voir le CGNAT. |
| Documentation | 192.0.2.x, 198.51.100.x, 203.0.113.x, 2001:db8:: | Plages réservées aux exemples et aux manuels, précisément pour ne jamais désigner une machine réelle. Elles sont utilisées dans tout ce guide. |
| Multicast | 224.0.0.0 à 239.255.255.255, ff00::/8 | Désigne un groupe de destinataires plutôt qu'une machine. Utilisé notamment par la télévision sur IP des box françaises. |
La liste complète des plages réservées, avec leur usage et la référence normative correspondante, figure dans notre table des adresses IP réservées. Le vocabulaire employé ici (préfixe, bail, passerelle, multicast) est repris et défini dans le glossaire du réseau.
Diagnostic express : une adresse commençant par 169.254 signifie presque toujours que votre appareil n'a reçu aucune réponse du serveur DHCP : câble débranché, Wi-Fi mal associé ou box en cours de démarrage. Inutile de chercher plus loin côté Internet tant que ce symptôme persiste.
Combien d'appareils partagent votre adresse
La réponse surprend souvent : dans un logement ordinaire, une seule adresse IPv4 publique dessert l'intégralité des équipements. Comptez les vôtres (ordinateurs, téléphones, tablettes, téléviseur connecté, console, enceintes, ampoules, thermostat, imprimante, aspirateur) et vous obtenez facilement une vingtaine d'appareils derrière un unique numéro. Tous apparaissent, vus de l'extérieur, comme un seul et même client.
Ce tour de force repose entièrement sur le NAT et sur la réécriture des ports décrite plus haut. Il a une conséquence directe sur la vie privée : un site qui observe votre adresse ne voit pas « vous », il voit votre foyer. Il ne peut pas distinguer le téléphone de l'adolescent du téléviseur du salon. C'est aussi pourquoi une mesure d'audience fondée sur l'adresse IP surestime ou sous-estime toujours le nombre réel de personnes.
Le partage va parfois beaucoup plus loin. Faute d'adresses IPv4 disponibles, de nombreux opérateurs (en particulier sur les réseaux mobiles et sur certaines offres fibre) placent leurs abonnés derrière un CGNAT : une seconde traduction, cette fois chez l'opérateur, regroupe des dizaines voire des centaines de foyers sous une même adresse publique. Trois effets concrets en découlent :
- Aucune connexion entrante n'est possible sans mécanisme dédié, ce qui bloque l'hébergement d'un service à domicile et complique certains usages en pair-à-pair, notamment dans les jeux en ligne.
- La géolocalisation devient encore plus grossière, puisque l'adresse correspond à un équipement d'agrégation de l'opérateur et non à votre quartier.
- Un blocage décidé par un site pour cause d'abus peut toucher des abonnés totalement étrangers à l'incident ; c'est une cause fréquente de page bloquée sans raison apparente.
IPv6 change complètement cette situation : chaque appareil y dispose d'une adresse publique propre, ce qui supprime le partage mais rend d'autant plus utile la rotation automatique des adresses temporaires.
Ce qu'une adresse dit et ne dit pas de vous
C'est le sujet sur lequel circulent le plus d'idées fausses, dans les deux sens : certains croient qu'une adresse IP livre l'identité et le domicile, d'autres qu'elle ne révèle strictement rien. La réalité tient dans deux listes courtes.
Ce qu'elle permet réellement
- Identifier l'opérateur ou l'hébergeur propriétaire de la plage, information publique consultable dans les bases des registres régionaux.
- Déduire un pays avec une bonne fiabilité, et une région ou une ville avec une fiabilité très variable.
- Distinguer un accès résidentiel d'un accès datacenter, ce qui sert à repérer VPN, proxys et automates.
- Regrouper des visites venant du même foyer pendant la durée de vie de l'adresse, et alimenter du ciblage régional.
- Servir de point de départ à une enquête judiciaire, l'opérateur pouvant être requis de fournir l'abonné correspondant.
Ce qu'elle ne dit pas
- Votre nom, votre adresse postale, votre e-mail ou votre numéro de téléphone : aucune de ces données n'est contenue dans l'adresse.
- Le contenu de ce que vous faites : l'en-tête IP transporte des adresses, pas des pages ni des messages.
- Quelle personne du foyer est à l'origine de la connexion, ni même quel appareil en IPv4.
- Votre position précise : la géolocalisation par IP n'a rien d'un GPS et se trompe régulièrement de région, parfois de pays.
- Vos habitudes durables, si l'adresse change : sur ce terrain, l'empreinte de navigateur et les cookies sont bien plus efficaces que l'adresse.
Une nuance juridique s'ajoute à ce constat technique : bien qu'elle ne désigne pas nommément une personne, l'adresse IP est considérée comme une donnée à caractère personnel par la CNIL et par la jurisprudence européenne, parce qu'un rapprochement reste possible par des moyens légaux. Sa collecte et sa conservation sont donc encadrées, comme l'expliquent nos guides IP et RGPD et conservation des données par les FAI. Pour vérifier par vous-même ce qu'une adresse expose, l'outil de recherche d'adresse IP affiche exactement les informations qu'un site tiers peut obtenir.
L'adresse IP dans la vie quotidienne
Sortie du vocabulaire technique, l'adresse IP intervient dans presque chaque geste numérique. Quelques situations concrètes :
- Vous ouvrez une application mobile. Elle résout un nom, obtient une adresse, ouvre une connexion chiffrée. Le serveur voit l'adresse publique de votre opérateur mobile et en déduit un pays : c'est ainsi que la langue et le catalogue s'adaptent automatiquement, parfois à tort quand vous êtes en déplacement.
- Vous lancez une partie en ligne. Le serveur de jeu mesure le temps d'aller-retour vers votre adresse pour vous placer sur le centre de données le plus proche. Un salon en pair-à-pair, lui, exige que les deux joueurs puissent recevoir des connexions entrantes : derrière un CGNAT, c'est là que la connexion échoue avec un message de NAT strict.
- Vous envoyez un e-mail. Le serveur d'envoi inscrit l'adresse IP utilisée dans les en-têtes techniques du message, et le serveur destinataire vérifie la réputation de cette adresse avant d'accepter le courrier. Une adresse résidentielle mal notée suffit à faire classer un message en indésirable ; notre guide IP et e-mails détaille cette mécanique, et notre analyseur d'en-têtes permet de la lire sur un message réel.
- Vous vous connectez à un service bancaire. Un changement brusque d'adresse ou de pays déclenche fréquemment une vérification supplémentaire. C'est aussi la raison pour laquelle un VPN mal choisi provoque des demandes d'authentification répétées.
- Vous consultez un site depuis un train ou un café. Vous héritez de l'adresse publique du réseau partagé, avec tout ce que cela implique : réputation subie, blocages hérités et surveillance du réseau local. Les précautions utiles sont réunies dans Wi-Fi public.
Connaître vos adresses, publique et privée
Il faut distinguer deux relevés, qui ne donnent pas le même résultat et ne servent pas au même diagnostic.
L'adresse publique s'affiche dès l'arrivée sur la page d'accueil de Mon Adresse IP, accompagnée de l'opérateur détecté et d'une géolocalisation approximative. C'est celle que voient les sites que vous visitez. Si vous disposez d'IPv6, deux adresses peuvent apparaître selon le protocole utilisé pour la connexion. Pour voir ce que votre navigateur transmet en plus de l'adresse, consultez vos en-têtes HTTP.
L'adresse privée se relève sur l'appareil lui-même :
ipconfig # Windows ip a # Linux ipconfig getifaddr en0 # macOS, interface Wi-Fi
Sur un téléphone, l'information figure dans les détails du réseau Wi-Fi connecté. Comparer les deux relevés est instructif : si l'adresse affichée par votre box côté Internet appartient à une plage privée ou commence par 100.64, vous êtes derrière un CGNAT. Si elle correspond exactement à l'adresse publique affichée sur ce site, vous disposez d'une IPv4 publique complète.
Astuce : notez votre adresse publique avant et après un redémarrage prolongé de la box : si elle change, votre offre repose bien sur une adresse dynamique. C'est le test le plus simple avant d'envisager une IP fixe.
Questions fréquentes
Mon adresse IP change-t-elle toute seule ?
Votre adresse IP publique est le plus souvent dynamique : elle est louée pour une durée limitée par votre opérateur et peut être renouvelée après une coupure, un redémarrage de la box ou une maintenance. Certains abonnés conservent la même adresse pendant des mois sans qu'elle soit pour autant garantie fixe. Pour obtenir une adresse réellement stable, il faut une IP fixe, proposée en option ou sur les offres professionnelles.
Deux appareils peuvent-ils avoir la même adresse IP ?
Sur l'Internet public, deux machines ne peuvent pas utiliser la même adresse au même instant sans provoquer un conflit de routage. En revanche, l'adresse privée 192.168.1.10 existe simultanément dans des millions de foyers : ces plages ne sont jamais routées sur Internet. Et avec le CGNAT, des centaines d'abonnés partagent bel et bien une même adresse publique, distingués uniquement par les numéros de port.
Une adresse IP permet-elle de me retrouver à mon domicile ?
Non. Les bases de géolocalisation associent une plage d'adresses à une zone desservie par un équipement de l'opérateur, ce qui donne au mieux une ville ou une agglomération, parfois le siège de l'opérateur à plusieurs centaines de kilomètres. Seul le fournisseur d'accès connaît le lien entre une adresse, une date et un abonné, et il ne le communique que sur réquisition judiciaire. Les limites réelles sont détaillées dans notre guide sur la géolocalisation par IP.
Quelle différence entre une adresse IP et une adresse MAC ?
L'adresse MAC identifie une carte réseau et ne circule que sur le segment local : elle est remplacée à chaque saut et n'atteint jamais le serveur distant. L'adresse IP, elle, est conservée de saut en saut et sert à choisir la route : sauf lorsqu'un équipement de traduction d'adresses (NAT) réécrit l'adresse source au passage, ce qui est la règle sur un accès IPv4 domestique. La MAC répond à « quel matériel, sur ce câble ou ce Wi-Fi ? », l'IP à « où dans le monde ? ».
Pourquoi mon téléphone affiche-t-il une adresse différente de celle de mon ordinateur ?
En Wi-Fi à la maison, les deux appareils reçoivent des adresses privées distinctes du serveur DHCP de la box, mais sortent sur Internet avec la même adresse publique. En 4G ou 5G, le téléphone emprunte le réseau de l'opérateur mobile et présente donc une adresse publique totalement différente, souvent partagée via un CGNAT.
Combien existe-t-il d'adresses IPv4 au total ?
Une adresse IPv4 tient sur 32 bits, ce qui donne 2 puissance 32, soit 4 294 967 296 combinaisons : environ 4,3 milliards. Plusieurs centaines de millions sont réservées à des usages spéciaux (privé, bouclage, multicast, documentation) et ne sont donc jamais attribuables sur l'Internet public. Le stock disponible du registre européen RIPE NCC est épuisé depuis novembre 2019.
Une adresse IP est-elle une donnée personnelle ?
Oui, dès lors qu'elle peut être rattachée à une personne par des moyens raisonnables. La CNIL et la Cour de justice de l'Union européenne considèrent l'adresse IP, y compris dynamique, comme une donnée à caractère personnel au sens du RGPD. Cela impose une base légale à sa collecte et une durée de conservation limitée : voir notre guide IP et RGPD.
Faut-il masquer son adresse IP au quotidien ?
Ce n'est pas indispensable pour naviguer : votre adresse est nécessaire au fonctionnement du réseau et l'exposer n'est pas une faille en soi. La masquer devient utile pour réduire le pistage publicitaire par adresse, se protéger sur un réseau ouvert ou éviter qu'un service devine votre région. Aucune méthode ne procure l'anonymat total ; les compromis sont détaillés dans masquer son adresse IP.