Adresse IP et jeux vidéo : NAT, latence et protection
Le jeu en ligne est le seul usage grand public où votre adresse IP est parfois communiquée directement à des inconnus. Ce guide explique quand cela se produit, ce que signifie le « type de NAT » de votre console, d'où vient réellement la latence, et comment réagir si un joueur cherche à saturer votre connexion.
L'essentiel
- Votre adresse n'est exposée aux autres joueurs que dans les jeux en pair-à-pair. Avec des serveurs dédiés, vos adversaires ne la voient jamais.
- Le « type de NAT » décrit le comportement de votre box, pas de la console. Un NAT strict gêne l'appariement et le chat vocal ; il ne gêne pas les jeux à serveurs dédiés.
- Par ordre de préférence : UPnP, puis redirection de ports vers une adresse locale réservée, et seulement en dernier recours la DMZ, qui expose l'appareil entier.
- En CGNAT, aucune redirection ne fonctionne : le blocage est chez l'opérateur, pas dans votre box.
- Une adresse IP ne donne ni votre identité, ni l'accès à votre machine, ni l'accès à vos comptes : au mieux une localisation approximative, au pire une tentative de saturation de la ligne.
Pourquoi votre adresse IP compte en jeu en ligne
Votre adresse intervient de trois façons dans une session, et une seule pose vraiment problème. Elle sert d'abord à l'appariement : la plateforme mesure le temps d'aller-retour vers ses différents centres de données et vous rattache au groupe de serveurs le plus proche, en déduisant une région de votre adresse, avec les approximations décrites dans notre guide sur la géolocalisation par IP. Elle détermine ensuite le chemin emprunté par vos paquets, donc votre latence. Un abonné du sud de la France peut ainsi être aiguillé vers Francfort ou Amsterdam, simplement parce que son opérateur y remet le trafic.
Le troisième cas est le seul sensible : certains jeux établissent une connexion directe entre les joueurs, sans serveur intermédiaire. C'est le pair-à-pair (peer-to-peer), qui évite à l'éditeur de louer des milliers de serveurs. Deux conséquences pour vous : la qualité de la partie dépend de la connexion de l'hôte, et votre adresse est nécessairement connue des autres participants, puisque leurs consoles doivent vous joindre directement.
Ce point mérite d'être posé calmement, car il explique presque toutes les inquiétudes sur le sujet. Dans un jeu en pair-à-pair, un adversaire qui « récupère votre IP » ne pirate rien : il lit une information que le protocole lui transmet pour que la partie fonctionne. Dans un jeu à serveurs dédiés, à l'inverse, votre console ne parle qu'aux machines de l'éditeur et personne ne peut obtenir votre adresse par le jeu.
Quelques indices permettent de reconnaître un titre en pair-à-pair : une « migration d'hôte » quand un joueur quitte la partie, des messages d'erreur mentionnant l'hôte, une qualité qui varie radicalement d'un salon à l'autre. Les jeux de combat, de course, une grande partie du catalogue en ligne de Nintendo et de nombreux modes coopératifs fonctionnent ainsi ; les jeux de tir compétitifs modernes et les MMO utilisent presque toujours des serveurs dédiés. Certains titres mélangent les deux, avec des serveurs pour le jeu et du pair-à-pair pour le chat vocal de groupe.
À retenir : votre adresse IP publique n'est pas un secret comparable à un mot de passe : tout serveur que vous contactez la connaît, faute de quoi il ne pourrait pas vous répondre. La bonne question n'est pas « cachée ou exposée », mais « connue de l'éditeur seul, ou connue d'inconnus ». Notre guide sur les adresses publiques et privées revient sur cette distinction.
Ce que signifie le type de NAT de votre console
PlayStation parle de type 1, 2 ou 3, Xbox de NAT ouvert, modéré ou strict, Nintendo de types A à F. Ces étiquettes ne décrivent pas la console : elles résument le comportement de votre box face au trafic entrant. Pour l'établir, la console envoie quelques paquets UDP vers des serveurs de test, observe comment son adresse et son port sont traduits, puis vérifie si une réponse venant d'une autre adresse arrive quand même. C'est une version simplifiée des mécanismes décrits dans notre guide sur le NAT : tout se joue sur la stabilité de la correspondance externe et sur le filtrage appliqué aux paquets non sollicités.
| Étiquette | Situation technique | Conséquences concrètes |
|---|---|---|
| Ouvert / type 1 / type A | La console est jointe directement sur l'adresse publique, ou la box lui transmet tout le trafic entrant (mode pont, DMZ, ports redirigés). | Appariement le plus large, hébergement possible, chat vocal sans difficulté. Exposition maximale de l'appareil. |
| Modéré / type 2 / type B | NAT classique à correspondance stable : le même port interne ressort toujours sur le même port externe, quelle que soit la destination. | Situation normale et parfaitement jouable : le perçage de trou UDP fonctionne et les connexions directes s'établissent. |
| Strict / type 3 / types D et F | NAT symétrique (la correspondance change selon la destination), UDP entrant filtré, double NAT ou CGNAT opérateur. | Appariement restreint, hébergement impossible, chat vocal parfois muet, connexion impossible avec un joueur également en NAT strict. |
Trois précisions rarement données ailleurs. Un NAT strict n'empêche pas de jouer aux titres à serveurs dédiés, puisque la connexion part de chez vous et que la box laisse naturellement revenir les réponses : si votre jeu principal fonctionne ainsi, l'étiquette est une alerte cosmétique. Ensuite, deux joueurs en NAT strict ne peuvent généralement pas se joindre, alors qu'un joueur strict et un joueur modéré y parviennent presque toujours : d'où l'impression d'un problème intermittent, qui dépend autant des autres que de vous.
Enfin, le NAT est propre à IPv4. En IPv6, chaque appareil possède sa propre adresse routable et c'est le pare-feu de la box qui décide ce qui entre ; certaines plateformes exploitent d'ailleurs IPv6 pour leurs connexions entre joueurs et affichent alors spontanément un NAT ouvert. Activer IPv6 quand l'opérateur le propose, comme l'explique notre guide IPv6 à la maison, résout parfois le problème sans ouvrir le moindre port.
Améliorer son type de NAT, méthode par méthode
Les méthodes suivantes vont de la plus sûre à la moins recommandable. Arrêtez-vous dès que le problème disparaît : chaque étape supplémentaire retire une protection.
- Vérifier que le problème existe Lancez le jeu concerné et observez les symptômes réels : attente interminable en file, échec de connexion à un salon, chat vocal muet avec certains joueurs. Un test affichant « strict » sans gêne perceptible ne justifie aucune modification.
- Activer l'UPnP sur la box La console demande alors elle-même l'ouverture des ports dont elle a besoin, pour la durée de la session : c'est la méthode la plus simple et la plus réversible. Sa contrepartie est réelle : n'importe quel appareil du réseau local peut réclamer une ouverture, y compris un objet connecté vulnérable. L'arbitrage est détaillé dans notre guide sur la sécurisation de la box.
- Réserver une adresse locale, puis rediriger les ports Une redirection pointe vers une adresse locale fixe : réservez d'abord celle de la console dans le serveur DHCP de la box, sinon la règle cessera de fonctionner au prochain redémarrage. Créez ensuite les règles du jeu en suivant notre guide ouvrir un port sur sa box ; la signification des numéros figure dans notre table des ports TCP et UDP.
- Placer la console en DMZ, en dernier recours La DMZ ne se limite pas aux ports du jeu : elle envoie vers l'appareil tout le trafic entrant non attribué et supprime donc le filtrage. Sur une console, qui n'expose aucune interface d'administration, le risque reste modeste ; sur un ordinateur, il est sérieux. Ne mettez jamais un PC en DMZ pour jouer, et retirez la règle dès qu'elle devient inutile.
Attention : deux consoles sous le même toit ne peuvent pas recevoir la même redirection : un port externe ne pointe que vers une seule adresse locale. C'est la cause la plus fréquente des foyers où une console passe en NAT ouvert et l'autre reste bloquée. Dans ce cas, l'UPnP est la seule solution propre, car il attribue des ports différents à chaque appareil.
Le cas bloquant du CGNAT
Derrière un CGNAT, votre box ne détient pas d'adresse publique : elle partage celle d'un équipement opérateur avec de nombreux abonnés. Aucune redirection, aucune DMZ, aucun UPnP ne peut alors fonctionner, puisque le point de blocage est en amont de votre installation. C'est le cas de la quasi-totalité des connexions mobiles et des box 4G et 5G (sauf option d'adresse IPv4 publique lorsque l'opérateur en propose une), et de plus en plus fréquent sur certaines offres fixes.
Le diagnostic est simple : comparez l'adresse WAN affichée par votre box et l'adresse publique visible sur la page d'accueil de ce site. Si elles diffèrent, ou si celle de la box appartient à la plage 100.64.0.0/10, vous êtes en CGNAT. Les issues possibles sont décrites dans notre guide dédié au CGNAT : demander une adresse IPv4 dédiée lorsque l'opérateur le permet (une option que détaille notre page sur l'adresse IP fixe), ou basculer sur IPv6 quand le jeu le prend en charge.
Les plages de ports usuelles
Ces valeurs sont celles publiées de longue date par les éditeurs de plateformes. Elles évoluent et chaque jeu ajoute les siennes : vérifiez la page d'assistance officielle du titre concerné avant de créer des règles.
| Plateforme | Ports généralement cités | Remarque |
|---|---|---|
| PlayStation Network | TCP 80, 443, 3478, 3479, 3480 ; UDP 3478, 3479 | Les ports 3478 et 3479 relèvent du mécanisme de découverte de NAT. |
| Réseau Xbox | TCP 3074 ; UDP 88, 500, 3074, 3544, 4500 | Les ports 500, 3544 et 4500 servent aux tunnels IPv6 employés entre joueurs. |
| Nintendo Switch | TCP 80, 443 ; UDP 45000 à 65535 | Nintendo recommande une large plage UDP plutôt que des ports isolés. |
| Steam et jeux PC | UDP 27000 à 27100 environ, TCP 27015 à 27050, UDP 4380 | Chaque jeu ajoute ses propres ports ; héberger un serveur privé en demande d'autres. |
Un dernier piège annule toutes ces manipulations : le double NAT, lorsqu'un second routeur est branché derrière la box, routeur personnel, répéteur en mode routeur, box secondaire. On le repère à l'adresse WAN du second équipement : si elle ressemble à 192.168.x.x ou 10.x.x.x, vos paquets traversent deux traductions successives et il faut basculer l'un des deux appareils en mode pont.
D'où vient réellement la latence
La latence perçue est la somme de délais indépendants. Les distinguer permet de savoir lequel vous pouvez réduire et lequel relève de la physique.
- La propagation : la lumière circule dans une fibre à environ deux tiers de sa vitesse dans le vide : comptez de l'ordre d'une milliseconde d'aller-retour par centaine de kilomètres, avant tout équipement. Un serveur situé sur la côte est des États-Unis ne descendra jamais sous plusieurs dizaines de millisecondes depuis la France, quel que soit votre abonnement.
- La mise en file d'attente : c'est le facteur le plus sous-estimé. Quand le lien montant sature, les paquets patientent dans la mémoire tampon de la box et la latence peut être multipliée par dix : une sauvegarde dans le nuage ou une mise à jour téléchargée en arrière-plan suffisent à ruiner une partie.
- Le lien local : En Wi-Fi, chaque interférence provoque des retransmissions. La moyenne peut rester correcte pendant que les pics deviennent catastrophiques : c'est cette variation, la gigue, qui produit les téléportations et les coups qui ne partent pas.
- Le traitement côté jeu : fréquence de rafraîchissement du serveur, compensation de latence, taux d'images. Ces éléments ne dépendent pas de votre réseau et expliquent qu'un ping identique donne des sensations différentes d'un titre à l'autre.
Ce qui améliore vraiment la situation
Le câble Ethernet reste la mesure la plus efficace et la moins coûteuse : il supprime d'un coup la gigue radio. Vient ensuite la gestion active de la file d'attente, proposée par un nombre croissant de box et de routeurs sous des noms variés. Son principe est contre-intuitif : on bride volontairement le débit juste en dessous du maximum de la ligne pour que la file se forme dans un équipement capable de la gérer plutôt que dans un tampon aveugle. Le débit affiché baisse un peu ; la latence sous charge s'effondre.
Choisir le serveur régional dans les options du jeu, quand l'option existe, vaut souvent mieux que n'importe quel réglage réseau. Enfin, mettre en pause les téléchargements en arrière-plan de la console coûte dix secondes et règle un grand nombre de cas. Pour trancher, relevez la latence au repos, puis refaites la même mesure pendant un gros téléversement : si la valeur maximale explose, le coupable est la file d'attente, pas votre opérateur.
ping -n 100 1.1.1.1 # Windows : 100 mesures consecutives ping -c 100 1.1.1.1 # macOS, Linux, WSL # Comparez la valeur maximale au repos et pendant un televersement : # plusieurs centaines de ms d'ecart signent une file d'attente saturee.
Pour situer l'endroit où le chemin se dégrade, un traceroute vers le serveur de jeu en dit plus qu'un ping ; notre guide ping et traceroute explique comment lire ces résultats sans surinterpréter les sauts qui ne répondent pas.
Ce qui ne change rien, malgré les promesses
Augmenter le débit de son abonnement n'améliore pas la latence : un jeu en ligne consomme quelques dizaines à quelques centaines de kilobits par seconde, et changer d'offre ne raccourcit pas le trajet des paquets. Les logiciels vendus comme « optimiseurs » ou « boosters » modifient le plus souvent des réglages système sans effet mesurable, ou font transiter le trafic par leurs propres relais : ce qui rallonge le chemin. Il en va de même pour la plupart des VPN présentés comme « gaming » : ajouter une étape augmente mécaniquement la distance parcourue.
L'exception existe, mais elle est étroite : si votre opérateur emprunte une route inutilement longue vers l'hébergeur du jeu, ou si un point d'interconnexion sature aux heures de pointe, un tunnel bien placé peut réellement raccourcir le trajet. Cela se vérifie, cela ne se suppose pas : mesurez vers le même serveur, à la même heure, sur plusieurs jours, avec et sans tunnel, et ne gardez la solution que si l'écart est net et reproductible. Deux effets secondaires sont à prévoir : un tunnel force souvent un NAT symétrique, donc un NAT strict, et son adresse partagée déclenche parfois des blocages décrits dans notre page mon IP est bloquée. Notre guide sur les VPN détaille ce que cette technologie apporte et ce qu'elle coûte.
Les IP grabbers, ce qu'ils permettent et ce qu'ils ne permettent pas
Le terme recouvre deux pratiques différentes. La première consiste à lire les adresses avec lesquelles votre machine échange pendant une partie en pair-à-pair : ces adresses sont transmises par le protocole lui-même. La seconde repose sur un lien piégé (lien raccourci, image hébergée, faux salon vocal) qui enregistre l'adresse de quiconque le consulte. Dans les deux cas, aucune faille n'est exploitée. Nous ne décrivons volontairement ni les outils ni la marche à suivre : cette page est écrite du point de vue de la personne visée.
Ce qu'une adresse apprend réellement à celui qui la détient est plus limité qu'on ne le prétend : le nom de l'opérateur et une localisation approximative, qui désigne souvent la ville d'un équipement d'agrégation, parfois à des centaines de kilomètres du domicile. En CGNAT ou sur une connexion mobile, l'adresse ne vous désigne même pas individuellement puisqu'elle est partagée. Notre guide sur la géolocalisation par IP mesure l'ampleur de ces marges d'erreur.
La seule action réellement nuisible qu'un tiers puisse tenter est d'envoyer plus de trafic que votre ligne ne peut en absorber. Ce n'est pas une intrusion, c'est un embouteillage provoqué : la partie devient injouable, la connexion tombe, et tout redevient normal une fois l'envoi arrêté ou l'adresse changée. Aucun matériel n'est endommagé ni compromis.
Ce qu'une adresse IP ne permet pas : elle ne donne pas accès à votre ordinateur ni à votre console : il faudrait un service à l'écoute et une faille dans ce service, ce qu'aborde notre page sur les risques liés à l'adresse IP. Elle ne révèle ni votre nom ni votre adresse postale : seul votre opérateur détient cette correspondance et ne la communique que sur réquisition judiciaire. Elle n'ouvre aucun compte, protégé par des identifiants, et ne permet pas de lire votre trafic, chiffré avec la quasi-totalité des services actuels.
Conséquence pratique : la menace « j'ai ton IP, je sais où tu habites » est presque toujours une intimidation sans contenu, et afficher le nom d'une ville renvoyé par une base de géolocalisation relève du tour de passe-passe. Cela ne rend pas le harcèlement acceptable ; cela vous permet de le traiter avec sang-froid.
Se protéger et réagir en cas d'attaque
Les mesures préventives sont peu nombreuses et efficaces :
- Privilégier les jeux et les modes à serveurs dédiés quand le choix existe : c'est la seule protection structurelle, puisque aucune adresse n'est échangée entre joueurs.
- N'ouvrir aucun lien reçu en partie ou en message privé, même d'apparence anodine : un lien raccourci suffit à enregistrer une adresse, et le même mécanisme sert à l'hameçonnage de comptes.
- Restreindre le chat vocal et les invitations à vos amis dans les réglages de la plateforme ; bloquer un joueur empêche généralement toute nouvelle interaction.
- Refermer ce que vous avez ouvert : une redirection créée pour un jeu abandonné reste une porte ouverte, un ménage sur lequel insiste notre guide ouvrir un port.
- Utiliser un tunnel si vous êtes déjà visé, en acceptant le surcoût de latence et le NAT strict. Sur console, aucune application n'existe : il faut le configurer sur un routeur compatible ou partager la connexion d'un ordinateur, parmi les méthodes recensées dans notre guide comment masquer son adresse IP.
Si la saturation se produit malgré tout :
- Confirmer ce qui se passe Vérifiez si les autres appareils du foyer perdent aussi Internet. Si oui, c'est la ligne qui sature ; si seul le jeu décroche, il s'agit plus probablement d'un incident côté éditeur.
- Quitter et signaler Sortez de la partie, conservez des captures datées avec le pseudonyme et l'horodatage, puis utilisez le signalement de la plateforme. Les éditeurs sanctionnent ce comportement, mais seulement sur signalement documenté.
- Obtenir une nouvelle adresse publique Sur une adresse dynamique, éteindre la box plusieurs heures conduit généralement à une nouvelle attribution. Sur une adresse fixe ou en CGNAT, la manipulation est sans effet.
- Prévenir votre opérateur Donnez les dates et les heures : selon les cas, le support peut changer votre adresse, constater le trafic anormal ou filtrer en amont. Les offres résidentielles ne bénéficient pas des protections des offres professionnelles, mais l'incident est tracé.
- Envisager une plainte Entraver le fonctionnement d'un système de traitement automatisé de données est puni par l'article 323-2 du code pénal de cinq ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende ; le harcèlement en ligne relève de l'article 222-33-2-2. La plainte se dépose dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, et le dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr indique les pièces à rassembler.
Ne répliquez jamais : commander une attaque, la lancer ou payer un service en ligne qui s'en charge relève exactement de la même infraction que celle que vous subissez. Les plateformes qui vendent ce type de « service » sont régulièrement démantelées et leurs fichiers clients exploités par les enquêteurs. La riposte vous fait changer de statut, de victime à mis en cause.
Appariement, SBMM et solutions vendues en ligne
Le sigle SBMM (skill-based matchmaking, appariement fondé sur le niveau) désigne les algorithmes qui vous opposent à des joueurs de force comparable. Leur fonctionnement précis n'est presque jamais documenté par les éditeurs : ce qui circule à leur sujet relève de la déduction, pas d'une source vérifiable. Restons donc sur ce qui est certain.
Il se vend des abonnements promettant de « changer vos lobbys » en modifiant la région d'où vous semblez vous connecter. Deux constats suffisent à évaluer la promesse : l'adresse IP détermine surtout le groupe de serveurs auquel vous êtes rattaché, si bien qu'une connexion simulée depuis l'autre bout du monde vous rapporte avant tout de la latence ; et les indicateurs de niveau sont attachés à votre compte, que changer de point de sortie n'efface pas.
Le risque, lui, est concret. Les conditions d'utilisation des plateformes interdisent très généralement de dissimuler sa localisation pour influencer l'appariement ou contourner une restriction régionale, et les sanctions vont de la limitation à une seule région à la suspension définitive du compte, donc, sur une plateforme dématérialisée, à la perte de la bibliothèque de jeux achetés. S'y ajoute un effet mécanique : les adresses de centres de données sont facilement reconnaissables et déclenchent des contrôles antifraude, avec le lot de vérifications décrit dans notre page mon IP est bloquée. Utiliser un tunnel pour se protéger d'un harceleur est légitime ; l'utiliser pour manipuler un appariement expose votre compte pour un bénéfice incertain.
Consoles et vie privée pendant une session
Au-delà de l'adresse IP, une session de jeu produit plus de données qu'on ne l'imagine : l'éditeur connaît votre compte, votre matériel, vos horaires de connexion et votre progression, tandis que vos contacts voient votre statut en ligne et le titre auquel vous jouez. Les grandes plateformes conservent en outre, pendant une durée limitée, des extraits de conversations vocales destinés à instruire les signalements : cette fonction protège les victimes, mais mérite d'être connue.
| Visibilité du profil | Limiter aux amis le profil, la liste d'amis et l'historique de jeu réduit le repérage d'un compte par un inconnu. |
|---|---|
| Messages et invitations | N'accepter messages privés et invitations que de vos amis coupe le principal canal des liens piégés. |
| Communication vocale | Désactiver le chat vocal avec les inconnus, ou le limiter aux amis, supprime l'essentiel des situations conflictuelles. |
| Statut d'activité | Masquer votre présence en ligne évite qu'une personne attende votre connexion pour vous rejoindre. |
| Nom réel et comptes liés | Vérifier ce qui est affiché publiquement et quels réseaux sociaux sont associés : c'est souvent par là que le rapprochement avec une identité civile devient possible. |
| Contrôle parental | Sur le compte d'un mineur, restreindre les communications à la liste d'amis et désactiver le partage sont les deux réglages les plus utiles. |
Deux précautions complètent ces réglages. Choisissez un pseudonyme sans nom ni année de naissance, et évitez de réutiliser le même identifiant partout : c'est le recoupement entre plateformes, bien plus que l'adresse IP, qui permet de remonter à une personne. Si vous diffusez vos parties en direct, n'affichez jamais les écrans de test de connexion ni l'interface de votre box, et activez le délai de diffusion : il neutralise à lui seul la plupart des tentatives de perturbation en temps réel. Pour les jeux dans le navigateur, enfin, le suivi repose moins sur l'adresse que sur la configuration du navigateur, comme le montre notre guide sur l'empreinte de navigateur.
Questions fréquentes
Un autre joueur peut-il vraiment voir mon adresse IP pendant une partie ?
Cela dépend de l'architecture du jeu. Dans un titre à serveurs dédiés, vous ne parlez qu'aux machines de l'éditeur : les autres joueurs ne voient jamais votre adresse. Dans un jeu en pair-à-pair, les consoles s'envoient directement leurs paquets et votre adresse est connue de vos adversaires par construction : ce n'est pas un piratage, c'est le protocole qui fonctionne.
Un NAT strict m'empêche-t-il de jouer ?
Le plus souvent non. Il gêne l'appariement, l'hébergement de partie et le chat vocal direct dans les jeux en pair-à-pair, mais reste sans effet sur un jeu à serveurs dédiés. Vérifiez que le titre concerné souffre réellement du problème avant de modifier votre box ; notre guide sur le NAT détaille les comportements en cause.
Un VPN améliore-t-il le ping en jeu ?
Dans la grande majorité des cas, non : le trafic fait un détour par le serveur du fournisseur, ce qui allonge le chemin. Un VPN ne peut aider que si votre opérateur emprunte une route franchement mauvaise vers le serveur de jeu, situation rare et vérifiable avec un traceroute comparatif. Il dégrade en revanche souvent le type de NAT.
Comment obtenir une nouvelle adresse IP après une attaque par saturation ?
Éteignez la box plusieurs heures, idéalement une nuit : sur une adresse dynamique, l'expiration du bail augmente les chances que l'opérateur en attribue une autre, sans garantie, tout dépend de sa politique d'attribution. Si votre adresse est fixe ou si vous êtes en CGNAT, cette manipulation ne change rien et il faut passer par le service client, comme l'explique notre page mon IP est bloquée.
Peut-on pirater ma console simplement avec mon adresse IP ?
Non. Une adresse IP est une destination, pas une clé : il faudrait un service à l'écoute derrière cette adresse et une faille dans ce service. Une console n'expose aucune interface d'administration, contrairement à votre box ou à vos objets connectés. La placer en DMZ augmente en revanche inutilement son exposition.
Que faire si un joueur me menace de couper ma connexion ?
Ne répondez pas, quittez la partie, conservez des captures datées avec le pseudonyme, puis signalez le compte sur la plateforme. L'entrave au fonctionnement d'un système de traitement automatisé de données est un délit en France, et le dispositif public Cybermalveillance.gouv.fr oriente les victimes vers les démarches utiles, dépôt de plainte compris.