L'adresse MAC : l'identifiant matériel de vos appareils
Chaque carte réseau du monde porte un numéro de série de 48 bits gravé par son fabricant. Cette adresse MAC ne sort jamais de votre réseau local, mais elle a longtemps suffi à suivre un téléphone de boutique en boutique. Voici ce qu'elle est réellement, ce qu'elle permet, et ce que la randomisation a changé.
L'essentiel
- Une adresse MAC fait 48 bits, soit six octets écrits en hexadécimal.
- Les trois premiers octets identifient le fabricant (préfixe OUI attribué par l'IEEE), les trois suivants l'exemplaire.
- Elle est strictement locale : elle ne franchit jamais un routeur et n'est donc jamais visible par les sites que vous consultez.
- Les systèmes modernes présentent une adresse aléatoire par réseau Wi-Fi, ce qui casse au passage le filtrage MAC et les réservations DHCP.
- Le filtrage par adresse MAC n'est pas une mesure de sécurité : une MAC se lit en clair dans l'air et se falsifie en une commande.
Définition et format
MAC est l'acronyme de Media Access Control, la sous-couche de la norme IEEE 802 qui gère l'accès au support physique. L'adresse MAC (que la norme appelle aujourd'hui EUI-48) identifie une interface réseau, et non un appareil. Un ordinateur portable avec Ethernet, Wi-Fi et Bluetooth possède donc au minimum trois adresses MAC différentes, et un smartphone en a au moins deux.
Ces 48 bits s'écrivent traditionnellement sous forme de six octets en hexadécimal, chaque octet valant de 00 à FF. Trois notations coexistent, strictement équivalentes :
| Deux-points | 3C:5A:B4:0F:12:9D, notation IEEE, utilisée par macOS, Linux, les analyseurs réseau et la plupart des interfaces de box. |
|---|---|
| Tirets | 3C-5A-B4-0F-12-9D : notation de Windows, que vous retrouverez dans ipconfig et getmac. |
| Points | 3c5a.b40f.129d : notation « à la Cisco », par groupes de deux octets, courante sur les commutateurs professionnels. |
Certaines interfaces acceptent aussi la forme compacte 3c5ab40f129d. La casse n'a aucune importance : 3C:5A:B4 et 3c:5a:b4 désignent la même valeur. Retenez surtout que si vous devez recopier une MAC d'un système vers un autre, il faudra probablement convertir les séparateurs : beaucoup d'interfaces de box refusent silencieusement une adresse saisie avec des tirets alors qu'elles attendent des deux-points.
L'espace d'adressage compte 248 combinaisons, soit environ 281 000 milliards d'adresses. C'est bien plus large que les 4,3 milliards d'adresses de l'IPv4, ce qui explique qu'aucune pénurie n'ait jamais menacé les adresses MAC : la difficulté est ailleurs, dans la traçabilité qu'un identifiant permanent implique.
La structure d'une adresse MAC
Une adresse MAC universelle se lit en deux moitiés. Reprenons l'exemple 3C:5A:B4:0F:12:9D :
3C:5A:B4 : 0F:12:9D └──────┘ └──────┘ OUI identifiant de l'exemplaire # 24 premiers bits : bloc attribué au fabricant par l'IEEE # 24 derniers bits : numéro que le fabricant attribue à chaque carte
Les 24 premiers bits forment l'OUI (Organizationally Unique Identifier), un préfixe que l'IEEE Registration Authority vend aux fabricants de matériel. Un bloc MA-L (24 bits de préfixe) donne au constructeur 224 adresses, soit un peu plus de 16 millions d'exemplaires. Pour les petits fabricants, l'IEEE délivre aussi des blocs MA-M (préfixe de 28 bits) et MA-S (préfixe de 36 bits), beaucoup plus étroits : nous verrons plus loin pourquoi cela complique l'identification d'un fabricant.
Les deux bits particuliers du premier octet
C'est le détail que la plupart des pages sur le sujet passent sous silence, alors qu'il permet de tout comprendre. Les deux bits de poids faible du premier octet ne font pas partie de l'identification du fabricant : ce sont des drapeaux.
- Bit I/G (Individual/Group), le bit de poids le plus faible. À
0, la trame vise une seule interface ; à1, elle vise un groupe. C'est pourquoi la diffusion générale s'écritFF:FF:FF:FF:FF:FF, que le multicast IPv4 utilise le préfixe01:00:5Eet le multicast IPv6 le préfixe33:33. - Bit U/L (Universal/Local), le bit immédiatement supérieur, de valeur
0x02. À0, l'adresse provient d'un bloc IEEE : elle est universelle. À1, elle a été définie localement par un logiciel, un hyperviseur ou le système d'exploitation.
Comme ces deux bits occupent les deux positions basses du premier octet, tout se lit sur son deuxième chiffre hexadécimal :
| 2e chiffre du 1er octet | Bit I/G | Bit U/L | Ce que cela signifie |
|---|---|---|---|
0 4 8 C | individuelle | universelle | Adresse gravée par un fabricant. Le cas normal d'une carte réseau. |
2 6 A E | individuelle | locale | Adresse administrée localement : randomisation, machine virtuelle, MAC forcée à la main. |
1 5 9 D | groupe | universelle | Multicast normalisé, comme 01:00:5E:xx:xx:xx. |
3 7 B F | groupe | locale | Multicast local, comme 33:33:xx:xx:xx:xx ou la diffusion FF:FF:…. |
Astuce : vous savez maintenant reconnaître une adresse aléatoire d'un coup d'œil. Dans la liste des appareils connectés de votre box, toute MAC dont le premier octet se termine par 2, 6, A ou E (7A:…, DA:…, 16:…) est une adresse générée par un téléphone ou un ordinateur, pas une adresse d'usine. Inutile d'essayer d'en déduire une marque.
C'est aussi ce bit U/L qui explique les préfixes familiers des environnements virtualisés : 52:54:00 pour QEMU/KVM ou 02:42:… pour les conteneurs Docker sont des adresses locales, choisies par convention et non achetées à l'IEEE. D'autres hyperviseurs utilisent au contraire de vrais OUI enregistrés, comme 00:50:56 pour VMware ou 08:00:27 pour VirtualBox.
MAC contre IP : une question de portée
La confusion entre adresse MAC et adresse IP vient d'une intuition trompeuse : on imagine deux identifiants concurrents alors qu'ils opèrent à deux échelles différentes. L'adresse IP est une adresse de bout en bout : elle reste la même du départ à l'arrivée, à travers autant de réseaux qu'il le faut. L'adresse MAC est une adresse de voisinage : elle ne sert qu'à faire passer une trame d'un équipement au suivant sur un même segment, et elle est réécrite à chaque saut.
Autrement dit : l'adresse MAC ne franchit jamais un routeur. Votre box est un routeur. Vos adresses MAC s'arrêtent donc à elle, très exactement comme vos adresses IP privées s'arrêtent au NAT. Un site web ne peut pas connaître votre MAC, un service en ligne non plus, et une page qui prétend « afficher votre adresse MAC » ne peut le faire qu'avec un logiciel installé sur votre machine.
Le rôle d'ARP : relier une IP à une MAC
Reste un problème pratique. Votre ordinateur connaît l'adresse IP de destination, mais la carte réseau ne sait envoyer une trame qu'à une adresse MAC. Le protocole ARP (Address Resolution Protocol, RFC 826) fait le lien. Déroulons un cas concret : votre PC, en 192.168.1.20, veut interroger le résolveur DNS 1.1.1.1.
- Le PC compare les adresses.
1.1.1.1n'appartient pas au réseau192.168.1.0/24: la destination est donc hors du réseau local, et la trame doit partir vers la passerelle par défaut,192.168.1.1. - Le PC cherche la MAC de la passerelle. Si son cache ARP est vide, il diffuse une question à toutes les machines du réseau, vers l'adresse
FF:FF:FF:FF:FF:FF: « qui possède192.168.1.1? ». - La box répond. Elle renvoie sa propre adresse MAC, par exemple
44:CE:7D:1A:2B:3C, que le PC mémorise pendant quelques minutes. - La trame part. Elle porte une destination MAC = celle de la box, mais une destination IP =
1.1.1.1. Les deux couches ne disent pas la même chose, et c'est normal. - La box réécrit tout. Elle jette l'en-tête de la trame, remplace l'adresse MAC source et destination par celles du saut suivant chez votre opérateur, et transmet. Votre MAC vient de disparaître définitivement.
Vous pouvez observer ce cache : arp -a sous Windows et macOS, ip neigh sous Linux. Vous y verrez les MAC de votre box, de votre imprimante et de vos téléphones, et rien d'autre, puisque rien d'extérieur n'y figure jamais.
En IPv6, ARP n'existe plus. Il est remplacé par NDP (Neighbor Discovery Protocol, RFC 4861), qui repose sur des messages ICMPv6 de sollicitation et d'annonce de voisin, envoyés en multicast plutôt qu'en diffusion générale. Le principe reste identique. Un détail historique mérite d'être connu : les premières implémentations d'IPv6 dérivaient l'identifiant d'interface directement de la MAC selon la méthode EUI-64 (insertion de FF:FE au milieu et inversion du bit U/L), ce qui plaçait un identifiant matériel permanent dans une adresse publiquement visible. Les adresses temporaires (RFC 4941) puis les identifiants stables mais opaques (RFC 7217) ont corrigé ce défaut, et les systèmes actuels ne procèdent plus ainsi : un point à vérifier tout de même si vous activez l'IPv6 à la maison sur un équipement ancien.
Où trouver son adresse MAC
Chaque système la nomme différemment : « adresse physique », « adresse Ethernet », « adresse Wi-Fi », « hardware address ». Il s'agit toujours de la même chose. Attention à ne pas confondre les interfaces : la MAC Ethernet et la MAC Wi-Fi d'un même appareil sont deux adresses distinctes, et c'est presque toujours celle de l'interface réellement utilisée que l'on vous demande.
| Système | Méthode |
|---|---|
| Windows 10 / 11 | Dans un terminal : getmac /v /fo list liste chaque carte avec son nom de connexion. ipconfig /all donne plus de contexte, sous le libellé « Adresse physique ». En interface graphique : Paramètres › Réseau et Internet › Wi-Fi › Propriétés du matériel. |
| macOS | Réglages Système › Réseau › Wi-Fi › Détails › Matériel. En ligne de commande : ifconfig en0 | grep ether pour le Wi-Fi, en1 ou au-delà pour l'Ethernet selon le modèle. Astuce : maintenir la touche Option en cliquant sur l'icône Wi-Fi de la barre de menus affiche directement l'adresse. |
| Linux | ip link show affiche chaque interface, la MAC apparaissant après link/ether. ip -br link donne une vue condensée sur une ligne par interface. La commande ifconfig reste disponible sur les distributions anciennes. |
| Android | Paramètres › À propos du téléphone › État › Adresse MAC Wi-Fi pour l'adresse matérielle. L'adresse réellement présentée au réseau courant se lit ailleurs : Paramètres › Réseau et Internet › Internet, roue dentée à côté du réseau, puis « Adresse MAC aléatoire ». |
| iOS / iPadOS | Réglages › Général › Informations › Adresse Wi-Fi pour l'adresse matérielle. Pour l'adresse utilisée sur un réseau donné : Réglages › Wi-Fi, bouton i à côté du réseau, ligne « Adresse Wi-Fi ». |
| Consoles de jeu | PlayStation 5 : Paramètres › Système › Informations sur la console. Xbox : Paramètres › Général › Paramètres réseau › Paramètres avancés. Nintendo Switch : Paramètres de la console › Internet › État de la connexion. Les trois affichent séparément la MAC filaire et la MAC Wi-Fi. |
Astuce : pour un appareil sans écran (imprimante, caméra, ampoule connectée), le plus simple reste la liste des appareils connectés dans l'interface d'administration de votre box, ou l'étiquette collée sous le boîtier. Les problèmes de connexion des consoles étant fréquents, notre guide sur l'IP et les jeux vidéo détaille les réglages réseau associés.
La randomisation des adresses MAC
Pendant longtemps, un téléphone dont le Wi-Fi était activé émettait en permanence des probe requests, de petites trames qui cherchent les réseaux connus, en y inscrivant son adresse MAC permanente en clair. N'importe quelle borne pouvait donc enregistrer cet identifiant unique à chaque passage. Des dispositifs de comptage installés dans des commerces et des centres commerciaux ont exploité ce mécanisme pour mesurer la fréquentation et les trajets des passants sans qu'aucune connexion ne soit établie ; en France, la CNIL encadre ces dispositifs de mesure d'audience par Wi-Fi dans les lieux ouverts au public. La randomisation a été conçue pour rendre ce suivi inopérant.
Deux modes très différents
Tous les systèmes randomisent désormais l'adresse utilisée pour scanner les réseaux. La vraie différence porte sur l'adresse présentée une fois connecté :
- Adresse aléatoire par réseau (stable). Le système tire une adresse au hasard, puis la conserve pour ce réseau précis. Votre téléphone présente toujours la même MAC à votre box, une autre à celle de votre bureau, une troisième au Wi-Fi du train. Les réseaux ne peuvent plus se recouper entre eux, mais chaque réseau vous reconnaît d'une visite à l'autre. C'est le comportement par défaut d'Android depuis la version 10 et d'iOS depuis la version 14, ainsi que le mode « fixe » proposé par macOS.
- Adresse aléatoire rotative. L'adresse change périodiquement pour un même réseau. Le réseau lui-même ne peut plus vous suivre dans la durée. C'est le mode « rotatif » d'iOS 18 et de macOS 15, l'option de randomisation non persistante d'Android, et l'option de Windows qui renouvelle l'adresse chaque jour pour un réseau donné.
Sous Windows, le réglage se trouve dans Paramètres › Réseau et Internet › Wi-Fi, avec un interrupteur global « Adresses matérielles aléatoires » et un réglage par réseau. Sous Linux, NetworkManager expose les mêmes possibilités via les propriétés wifi.scan-rand-mac-address pour les scans et wifi.cloned-mac-address pour la connexion, cette dernière acceptant les valeurs random, stable, preserve ou permanent.
Les effets de bord, bien réels
La randomisation est une bonne chose pour la vie privée, et une source de dépannages inattendus à la maison. Trois symptômes reviennent constamment :
- Le filtrage MAC cesse de fonctionner. Vous avez autorisé la MAC gravée du téléphone dans votre box ; le téléphone se présente avec une adresse aléatoire ; la box le rejette. Le symptôme classique est « mon téléphone ne se connecte plus au Wi-Fi depuis une mise à jour ».
- La réservation DHCP saute. Une réservation associe une IP fixe à une MAC. Si la MAC change, le serveur DHCP considère qu'il a affaire à un nouvel appareil et lui attribue une adresse quelconque. Votre imprimante réseau ou votre NAS, censés être toujours à la même adresse, deviennent introuvables, et une éventuelle redirection de port configurée vers l'ancienne adresse pointe désormais dans le vide, comme l'explique notre guide pour ouvrir un port.
- Le portail captif redemande une authentification. Hôtels, trains, aéroports et réseaux municipaux identifient une session ouverte par l'adresse MAC. Avec une adresse rotative, chaque changement vous ramène à la page de connexion, parfois au milieu d'un téléchargement. Sur ce type de réseau, mieux vaut de toute façon connaître les risques décrits dans notre guide sur le Wi-Fi public.
D'autres conséquences sont moins visibles : le contrôle parental de la box, souvent configuré par appareil, ne reconnaît plus l'appareil concerné ; la liste des équipements connectés se remplit de noms inconnus ; certains réseaux d'entreprise ou d'université refusent purement et simplement les adresses administrées localement.
Désactiver la randomisation pour un réseau précis
La bonne pratique n'est jamais de désactiver la fonction globalement, mais de faire une exception pour le réseau que vous contrôlez, en gardant la protection partout ailleurs.
- iOS et iPadOS. Réglages › Wi-Fi, bouton i à côté du réseau, puis « Adresse Wi-Fi privée » : choisissez Fixe pour garder une adresse stable, ou Désactivé pour présenter l'adresse matérielle.
- Android. Paramètres › Réseau et Internet › Internet, roue dentée du réseau, puis Confidentialité : sélectionnez « Utiliser l'adresse MAC de l'appareil ». L'emplacement varie selon les surcouches des constructeurs.
- Windows 11. Paramètres › Réseau et Internet › Wi-Fi, ouvrez les propriétés du réseau et passez « Adresses matérielles aléatoires » sur Désactivé pour ce réseau.
- macOS. Réglages Système › Réseau › Wi-Fi › Détails pour le réseau concerné, puis « Adresse Wi-Fi privée » sur Désactivée.
- Linux (NetworkManager).
nmcli connection modify "MonWifi" wifi.cloned-mac-address permanent, puis reconnexion de l'interface.
Après le changement, supprimez l'ancien bail dans votre box et refaites la réservation DHCP avec la bonne adresse : sinon deux entrées coexisteront pour un seul appareil.
Le filtrage MAC n'est pas une sécurité
Presque toutes les box proposent un « contrôle d'accès Wi-Fi » qui n'autorise que des adresses MAC déclarées. L'idée paraît solide. Elle ne l'est pas, pour une raison structurelle : les adresses MAC voyagent en clair dans les en-têtes des trames Wi-Fi. Le chiffrement WPA2 ou WPA3 protège le contenu des trames, pas leurs en-têtes, qui doivent rester lisibles pour que les équipements sachent à qui les transmettre. Une carte Wi-Fi placée en mode écoute relève donc la liste des adresses autorisées d'un réseau sans même s'y connecter, et sans en connaître la clé.
Le reste suit : copier une adresse MAC autorisée sur une autre machine prend une commande, et la plupart des systèmes le permettent nativement. Un filtrage MAC seul est donc contournable en quelques minutes par quelqu'un qui sait ce qu'il fait.
Les usages où il reste utile
- Empêcher un appareil connu et coopératif de se connecter : la tablette des enfants après une certaine heure.
- Éviter qu'un voisin dont on a partagé la clé ne reconnecte spontanément tous ses appareils.
- Garder un réseau d'objets connectés fermé à toute nouveauté non déclarée, en complément d'un vrai cloisonnement.
- Documenter un parc : la liste blanche sert d'inventaire tenu à jour.
Ce qu'il ne fait pas
- Il n'arrête personne de motivé : les adresses autorisées sont lisibles dans l'air.
- Il ne chiffre rien et n'ajoute aucune authentification réelle.
- Il casse la connexion des appareils qui randomisent leur MAC.
- Il demande une maintenance permanente à chaque nouvel appareil ou invité.
Les mesures qui protègent réellement sont ailleurs : WPA3 ou à défaut WPA2-AES, une phrase de passe longue et unique, la désactivation du WPS, un réseau invité séparé et des mises à jour de firmware appliquées. Notre guide pour sécuriser sa box Internet détaille l'ordre dans lequel s'y prendre. Si vous tenez au filtrage MAC, considérez-le comme une commodité d'organisation, jamais comme une couche de défense.
Changer son adresse MAC
Modifier l'adresse MAC présentée par une interface, parfois appelé MAC spoofing, est une opération banale, prévue par les systèmes d'exploitation eux-mêmes. Les cas légitimes existent :
- Remplacer un routeur chez un opérateur qui associe le service à la MAC de l'équipement précédent. La fonction « clonage MAC » présente sur la plupart des routeurs sert exactement à cela.
- Tester un réseau, reproduire un comportement observé ou vérifier qu'une règle de filtrage fonctionne comme prévu, sur une infrastructure dont vous êtes responsable.
- Limiter le suivi sur un réseau public si votre appareil ne dispose pas de randomisation intégrée.
- Contourner une association héritée après un changement d'abonnement, quand une ancienne configuration reste attachée à un matériel que vous n'avez plus.
Attention : présenter l'adresse d'un autre appareil pour accéder à un réseau qui ne vous est pas ouvert, ou pour prolonger un accès payant, viole les conditions d'utilisation de ce réseau et peut relever de l'accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données. Ne modifiez une adresse MAC que sur des équipements et des réseaux dont vous avez la responsabilité.
Techniquement, la règle d'or est de toujours choisir une adresse administrée localement, c'est-à-dire dont le deuxième chiffre hexadécimal du premier octet vaut 2, 6, A ou E. Vous évitez ainsi tout risque de collision avec une adresse réellement attribuée à un fabricant.
# Linux : changement temporaire, perdu au redémarrage sudo ip link set dev enp3s0 down sudo ip link set dev enp3s0 address 02:1A:2B:3C:4D:5E sudo ip link set dev enp3s0 up # Linux : changement persistant via NetworkManager nmcli connection modify "MonWifi" wifi.cloned-mac-address 02:1A:2B:3C:4D:5E
Sous Windows, ouvrez le Gestionnaire de périphériques, affichez les propriétés de la carte réseau, onglet Avancé, et cherchez la propriété « Adresse réseau » ou « Locally Administered Address ». Saisissez douze chiffres hexadécimaux sans séparateur. Tous les pilotes n'exposent pas ce réglage : son absence signifie que le fabricant ne l'a pas implémenté, et aucun contournement propre n'existe alors.
Sous macOS, la commande sudo ifconfig en0 ether 02:1A:2B:3C:4D:5E a longtemps fonctionné, à condition de se déconnecter du réseau au préalable. Sur les versions récentes, en particulier sur Mac à puce Apple, elle est fréquemment sans effet : mieux vaut utiliser l'adresse Wi-Fi privée intégrée, qui remplit le même office.
Sur Android et iOS, aucune modification manuelle n'est possible sans compromettre le système. La randomisation native est la seule voie, et elle suffit largement.
Une précision utile : changer l'adresse MAC d'un ordinateur ne change pas votre adresse IP publique, qui dépend de votre abonnement. Si votre objectif est de modifier ce que voient les sites que vous consultez, la MAC n'est pas le bon levier : c'est du côté de l'adresse IP et de l'empreinte de navigateur qu'il faut regarder.
MAC et vie privée à la maison
Puisque votre MAC ne sort pas de chez vous, la question de la vie privée se déplace vers l'intérieur du réseau. Et là, elle est réelle.
Votre box tient en permanence une table des baux DHCP : pour chaque appareil, son adresse MAC, l'adresse IP attribuée, la date d'obtention et, très souvent, le nom d'hôte que l'appareil a annoncé de lui-même. La plupart des interfaces d'administration conservent aussi un historique des connexions et déconnexions. Ouvrez cette page : vous obtenez la liste horodatée de tout ce qui est présent chez vous, et de qui rentre et sort.
L'OUI enrichit ce tableau. Les trois premiers octets suffisent à identifier un fabricant, donc souvent une catégorie d'appareil : un téléviseur, une console, une enceinte connectée, une imprimante, un thermostat, une caméra. Le nom d'hôte complète le portrait, parce qu'il contient fréquemment le modèle et le prénom du propriétaire. Une simple capture de cette page révèle donc la composition du foyer, le niveau d'équipement et les habitudes de présence. C'est exactement le type d'inventaire qu'il vaut mieux ne pas laisser accessible : changez le mot de passe d'administration par défaut de votre box, et prenez le temps de lire notre guide sur la sécurité des objets connectés, qui traite du cloisonnement de ces appareils sur un réseau séparé.
Une nuance importante sur ce qui fuit à l'extérieur : sur un Wi-Fi protégé par WPA2 ou WPA3, seules les adresses MAC sont lisibles depuis la rue, car les en-têtes ne sont pas chiffrés. Les noms d'hôtes, eux, circulent dans des paquets DHCP et mDNS chiffrés par le Wi-Fi, et restent donc à l'intérieur. Sur un réseau ouvert, en revanche, tout est lisible : adresses, noms d'appareils, annonces de partage de fichiers. C'est une raison de plus de traiter les hotspots ouverts avec méfiance.
Enfin, une question de droit qui revient souvent : l'adresse MAC constitue-t-elle une donnée personnelle ? Dès lors qu'elle permet, seule ou combinée à d'autres informations, d'identifier indirectement une personne physique, elle relève du RGPD au même titre qu'une adresse IP. C'est ce qui explique l'encadrement des dispositifs de comptage Wi-Fi, sujet que nous abordons dans notre page sur l'adresse IP et le RGPD.
Vérifier à qui appartient un OUI
L'IEEE Registration Authority publie gratuitement ses registres d'attribution : les listes MA-L, MA-M et MA-S sont consultables en ligne et téléchargeables au format texte ou CSV. Toute recherche d'OUI, quel que soit le site qui la propose, ne fait que consulter ces mêmes données publiques. Sous Linux, les paquets d'analyse réseau embarquent d'ailleurs une copie locale de cette base et affichent directement le nom du constructeur à côté de chaque adresse.
Quatre précautions avant de tirer une conclusion d'un OUI :
- Une adresse randomisée n'a aucun fabricant. Si le deuxième chiffre du premier octet vaut
2,6,AouE, la recherche ne renverra rien, et c'est normal. Beaucoup d'outils affichent alors « inconnu » ou « non attribué », ce qui prête à confusion. - Le fabricant du composant n'est pas la marque de l'appareil. L'OUI identifie l'entreprise qui a acheté le bloc, souvent le fabricant du module Wi-Fi ou le sous-traitant qui assemble le produit, pas la marque inscrite sur le boîtier.
- Les blocs MA-M et MA-S rendent la lecture ambiguë. Comme leur préfixe dépasse 24 bits, plusieurs entreprises se partagent le même début d'adresse. Une recherche limitée aux trois premiers octets peut donc désigner le mauvais titulaire.
- Les registres évoluent. Des blocs changent de propriétaire au fil des rachats ; une base locale ancienne donnera un nom périmé.
Utilisée avec ces réserves, la consultation d'un OUI reste un excellent outil de diagnostic domestique : elle permet d'identifier l'appareil inconnu apparu dans la liste de votre box, ou de confirmer qu'une adresse suspecte correspond simplement au module Wi-Fi de votre lave-linge. Pour le vocabulaire réseau croisé dans ce guide (OUI, ARP, NDP, bail DHCP, multicast), notre glossaire propose des définitions courtes, et notre page mon navigateur montre par contraste les informations que vous transmettez réellement, celles-là, à chaque site visité.
Questions fréquentes
Un site web peut-il voir mon adresse MAC ?
Non. L'adresse MAC est remplacée à chaque routeur traversé : le premier équipement de votre opérateur l'a déjà effacée. Un site distant ne voit que votre adresse IP publique et les informations que votre navigateur transmet volontairement, que vous pouvez inspecter avec notre page mon navigateur.
Comment savoir si une adresse MAC est aléatoire ?
Regardez le deuxième chiffre hexadécimal du premier octet. S'il vaut 2, 6, A ou E, le bit U/L est positionné : l'adresse est administrée localement, donc générée par le système et non par un fabricant. DA:6B:12:44:90:01 est aléatoire, D8:6B:12:44:90:01 ne l'est pas.
Changer d'adresse MAC change-t-il mon adresse IP publique ?
Sur un réseau domestique, non : votre IP publique dépend de l'abonnement et de l'opérateur, pas de la carte réseau d'un ordinateur. En revanche, changer la MAC de l'interface WAN de votre routeur peut modifier le bail attribué par certains opérateurs, et changer la MAC d'un appareil lui fait obtenir une nouvelle adresse IP locale via le DHCP.
Le filtrage par adresse MAC protège-t-il mon Wi-Fi ?
Non, pas contre quelqu'un de déterminé. Les adresses MAC circulent en clair dans les en-têtes des trames Wi-Fi, y compris en WPA3, et se recopient en une commande. Le filtrage MAC est un outil d'organisation, pas une barrière : la vraie protection est une longue phrase de passe WPA2/WPA3, comme détaillé dans notre guide pour sécuriser sa box Internet.
Pourquoi mon portail captif me redemande mes identifiants à chaque fois ?
Parce que les portails captifs des hôtels, trains et aéroports reconnaissent une session ouverte à son adresse MAC. Si votre téléphone présente une adresse aléatoire différente à chaque connexion, il apparaît comme un nouvel appareil. Fixer l'adresse privée pour ce réseau précis règle le problème.
Deux appareils peuvent-ils avoir la même adresse MAC ?
Cela ne devrait pas arriver entre adresses universelles, puisque l'IEEE attribue des blocs distincts à chaque fabricant, mais des erreurs de fabrication et des adresses forcées manuellement provoquent des doublons. Sur un même réseau local, deux MAC identiques rendent la communication instable : les trames partent alternativement vers l'un ou l'autre appareil.