Les fournisseurs d'accès à Internet français

Par La rédaction de Mon-Adresse-IP.net·Publié le ·

Quatre opérateurs nationaux, une poignée d'opérateurs associatifs, des dizaines de MVNO et un réseau d'infrastructures partagées : voici le paysage français vu sous l'angle qui nous intéresse, celui de l'adresse IP. Numéros d'AS, IPv6, adresses partagées et IP fixe, avec les moyens de tout vérifier vous-même.

L'essentiel

  • Quatre opérateurs exploitent leur propre réseau national d'accès : Orange, Free (Iliad), SFR (Altice) et Bouygues Telecom. Tous les autres opérateurs grand public s'appuient sur leurs réseaux ou sur des réseaux d'initiative publique.
  • Chaque opérateur est identifié sur Internet par un ou plusieurs numéros d'AS (système autonome). C'est ce numéro, et non votre nom, que voient les sites que vous visitez.
  • Sur le mobile, le partage d'adresse IPv4 entre abonnés est la règle. Sur le fixe, il dépend de l'offre : certains opérateurs vous laissent récupérer une adresse dédiée sur simple demande.
  • La France figure parmi les pays les plus avancés d'Europe sur le déploiement d'IPv6, sous l'impulsion notamment de l'Arcep, qui publie chaque année un baromètre de cette transition.

Le paysage français en un tableau

Le tableau ci-dessous rassemble les opérateurs qui comptent pour l'adressage IP en France : les quatre réseaux nationaux et leurs marques secondaires, les opérateurs associatifs, les acteurs d'infrastructure qui construisent les réseaux sans les vendre au grand public, et les opérateurs virtuels. Utilisez le champ de recherche pour trouver une marque précise, ou les filtres pour n'afficher qu'une catégorie.

Opérateurs français et adressage IP : situation constatée en 2026, à vérifier offre par offre.
Opérateur Marques et filiales Numéro d'AS principal IPv6 sur le fixe IPv4 partagée (CGNAT) Particularités
Orange Sosh, Orange Business, Nordnet, Orange Concessions (infrastructure) AS3215 (accès fixe et mobile), AS5511 (dorsale internationale, ex-OpenTransit) Oui, activé par défaut sur la Livebox en fibre et sur la plupart des offres xDSL récentes Fixe : adresse IPv4 publique sur les offres grand public. Mobile : oui, systématique Opérateur historique : propriétaire de la boucle locale cuivre et du plus grand réseau fibre. Le nom d'hôte inverse des abonnés fixes se termine encore par abo.wanadoo.fr, héritage de la marque Wanadoo
Free (groupe Iliad) Freebox, Free Pro, réseau opéré sous le nom Proxad AS12322 Oui. Free a été l'un des tout premiers opérateurs grand public au monde à livrer IPv6 à ses abonnés, dès décembre 2007, avec la technique 6rd IPv4 partagée par défaut sur une partie des offres, avec une plage de ports attribuée à chaque abonné ; une option gratuite permet de basculer sur une adresse dédiée (« full-stack ») depuis l'espace abonné Freebox OS affiche la plage de ports attribuée et permet de la consulter avant toute redirection de port
Free Mobile (groupe Iliad) Forfaits Free et Série Free AS51207 Sans objet (réseau mobile) ; IPv6 disponible selon le terminal et le paramétrage de l'APN Oui, comme tous les réseaux mobiles A longtemps complété sa couverture par une itinérance sur le réseau Orange, progressivement réduite à mesure du déploiement de son propre réseau
SFR (Altice France) RED by SFR, SFR Business, héritage Numericable et Completel, XpFibre (infrastructure) AS15557 Oui sur les box récentes, parfois à activer dans l'interface de la box Fixe : variable selon l'offre et la zone. Mobile : oui Seul opérateur à exploiter un réseau câble coaxial hérité de Numericable, commercialisé en fibre « FTTLA » ; les libellés d'organisation portent parfois encore ces anciens noms
Bouygues Telecom B&You, Bbox, NRJ Mobile, CIC Mobile, Crédit Mutuel Mobile, Cdiscount Mobile, Auchan Telecom, La Poste Mobile AS5410 Oui sur les Bbox récentes Fixe : variable selon l'offre. Mobile : oui A absorbé Euro-Information Telecom (NRJ Mobile et marques associées) en 2020, puis La Poste Telecom, jusque-là hébergé sur le réseau SFR
FDN : French Data Network Association loi 1901, fondée en 1992 Voir base RIPE Oui, préfixe IPv6 fixe attribué à chaque adhérent Non : adresse IPv4 publique et fixe Le plus ancien fournisseur d'accès encore en activité en France. Fournit l'accès par VPN au-dessus d'une ligne existante ou via des offres de collecte, et intervient régulièrement en justice sur les questions de surveillance
Aquilenet Association, Bordeaux et Nouvelle-Aquitaine Voir base RIPE Oui Non Membre de la Fédération FDN ; propose aussi de l'hébergement associatif et des services en ligne mutualisés
Illyse Association, Lyon et Saint-Étienne Voir base RIPE Oui Non Déploie également des liaisons radio dans des zones mal desservies
Grifon Association, Bretagne Voir base RIPE Oui Non Structure de taille modeste, adossée à la communauté du logiciel libre rennaise
Tetaneutral.net Association, Toulouse et Occitanie Voir base RIPE Oui Non Opère son propre réseau radio et sa propre interconnexion ; héberge aussi des serveurs pour ses adhérents
Fédération FDN (FFDN) Fédération de fournisseurs d'accès associatifs français et belges, créée en 2011 Sans objet (chaque membre a le sien) Oui, engagement commun Non, engagement commun Charte partagée : neutralité du réseau, gouvernance bénévole, transparence sur les données conservées. Point d'entrée pour trouver l'opérateur associatif le plus proche de chez vous
Nordnet Filiale d'Orange Voir base RIPE Selon la technologie d'accès Fréquent sur les accès satellite et radio Spécialisé dans les zones mal couvertes : satellite, radio, 4G fixe. Les accès satellite ajoutent une latence de plusieurs centaines de millisecondes, indépendante de l'adressage
Wibox Marque grand public du groupe Altitude Voir base RIPE Selon le réseau emprunté Selon l'offre Commercialise la fibre sur les réseaux d'initiative publique, là où les opérateurs nationaux sont parfois absents
K-Net, Vidéo Futur et autres opérateurs de niche Marques régionales ou thématiques Voir base RIPE Variable Variable Ces opérateurs achètent l'accès en gros et se différencient par le service : IP fixe incluse, support technique, absence de suréquipement TV
Opérateurs d'infrastructure Axione, Altitude Infrastructure, XpFibre, TDF Fibre, Orange Concessions, Covage Sans objet pour un abonné Sans objet Sans objet Ils construisent et exploitent la fibre, notamment dans le cadre des réseaux d'initiative publique, puis la louent aux opérateurs commerciaux. Votre adresse IP ne vient jamais d'eux : elle vient de l'opérateur qui vous facture
MVNO (opérateurs mobiles virtuels) Prixtel, Coriolis, YouPrice, Lebara, Lycamobile, Syma Mobile, Réglo Mobile et autres Le plus souvent celui du réseau hôte Sans objet (réseau mobile) Oui Un MVNO loue la capacité d'un des quatre réseaux. Sauf configuration particulière, votre trafic sort par le réseau hôte : l'adresse IP et le numéro d'AS affichés sont ceux de cet opérateur, pas ceux de la marque à laquelle vous payez votre forfait

Attention : les politiques d'adressage changent sans préavis : une offre migrée vers le CGNAT, un préfixe IPv6 redimensionné ou une marque rachetée peuvent rendre une ligne de ce tableau caduque en quelques mois. Ne vous fiez jamais à un tableau figé pour une décision technique : ouvrez la page d'accueil, lisez l'adresse et l'organisation qui s'affichent, puis comparez avec l'adresse WAN de votre box. Deux minutes de vérification valent mieux qu'une donnée de seconde main.

Reconnaître son opérateur depuis son adresse IP

Quand vous consultez la page d'accueil, le champ « organisation » affiché à côté de votre adresse provient de la base de données du registre régional, enrichie par notre fournisseur de géolocalisation. Il se présente presque toujours sous la même forme : le numéro d'AS, puis la raison sociale du titulaire de la plage. C'est cette raison sociale, et non le nom commercial de votre offre, qui apparaît : un abonné Sosh voit Orange, un abonné RED voit SFR.

Libellés d'organisation courants et ce qu'ils vous apprennent.
Libellé typique Correspond à Nom d'hôte inverse Ce que vous pouvez en déduire
AS3215 Orange S.A. Orange ou Sosh, fixe comme mobile Se termine souvent par abo.wanadoo.fr sur le fixe Connexion résidentielle française. La présence de abo.wanadoo.fr confirme une ligne fixe grand public
AS5511 Orange S.A. Dorsale internationale d'Orange Rarement renseigné Vous n'êtes probablement pas sur une ligne résidentielle : c'est un réseau de transit, utilisé par des entreprises et d'autres opérateurs
AS12322 Free SAS Freebox, accès fixe de Free Se termine souvent par fbx.proxad.net Ligne Freebox. Si l'adresse est partagée, votre plage de ports est indiquée dans Freebox OS
AS51207 Free Mobile SAS Réseau mobile de Free Rarement renseigné Connexion 4G ou 5G : adresse partagée, aucune connexion entrante possible
AS15557 SFR SA SFR, RED by SFR, offres héritées de Numericable Variable ; certains libellés mentionnent encore Numericable ou Completel Accès fixe ou mobile SFR. Le nom commercial de l'offre n'apparaît jamais
AS5410 Bouygues Telecom SA Bbox, B&You, et les MVNO du groupe Variable Un abonné NRJ Mobile ou Cdiscount Mobile peut apparaître sous ce libellé
AS16276 OVH SAS Hébergeur, pas un fournisseur d'accès Souvent un nom technique en .ovh.net Vous passez par un serveur : VPN auto-hébergé, proxy, ou machine distante. Ce n'est pas une connexion résidentielle
AS12876 Online S.A.S. Hébergeur (Scaleway), pas un fournisseur d'accès Nom technique Même conclusion : trafic sortant d'un centre de données français
Libellé contenant hosting, cloud, datacenter, LLC, Ltd Hébergeur ou service VPN commercial Souvent générique ou absent Un VPN actif se trahit ainsi : l'organisation affichée n'est plus un opérateur d'accès mais un hébergeur, parfois dans un autre pays

Pour interroger une autre adresse que la vôtre (celle d'un serveur qui vous a envoyé un courriel, celle affichée dans les journaux de votre box) utilisez notre outil de recherche d'adresse IP : il renvoie le pays, la ville estimée, l'organisation et le numéro d'AS. Pour remonter à la source, la base du RIPE NCC reste la référence :

whois -h whois.ripe.net 80.12.0.0
whois -h whois.ripe.net AS3215
# Sans client whois, la même base est consultable
# depuis un navigateur sur apps.db.ripe.net

Comment un opérateur obtient ses adresses IP

Personne n'invente ses adresses IP : elles sont attribuées, en cascade, par une chaîne d'organismes. Au sommet, l'IANA répartit les grands blocs entre cinq registres régionaux : AFRINIC pour l'Afrique, APNIC pour l'Asie-Pacifique, ARIN pour l'Amérique du Nord, LACNIC pour l'Amérique latine et le RIPE NCC pour l'Europe, le Moyen-Orient et une partie de l'Asie centrale. Un opérateur français s'adresse donc au RIPE NCC, basé à Amsterdam, en devenant membre sous le statut de Local Internet Registry. C'est aussi le RIPE NCC qui lui attribue son numéro d'AS, l'identifiant qui permet à son réseau d'annoncer ses plages d'adresses au reste d'Internet par le protocole BGP.

Ce mécanisme fonctionnait tant qu'il restait des adresses à distribuer. L'IPv4 en compte un peu moins de 4,3 milliards : 232, soit 4 294 967 296 exactement : beaucoup pour un réseau universitaire des années 1980, très peu pour une planète où chaque foyer aligne dix appareils connectés. Le réservoir central de l'IANA a été épuisé le 3 février 2011. Le RIPE NCC est entré en septembre 2012 dans sa phase de rationnement, où chaque nouveau membre ne pouvait plus recevoir qu'un bloc unique de 1 024 adresses. Puis, le 25 novembre 2019, il a annoncé la fin complète de son stock disponible.

Depuis, un opérateur qui se lance en Europe n'a plus que trois options, toutes coûteuses : s'inscrire sur une liste d'attente pour récupérer un petit bloc rendu ou révoqué, acheter des adresses sur le marché des transferts entre membres (un marché où les prix ont fortement augmenté depuis l'épuisement) ou se passer d'adresses IPv4 individuelles. Cette dernière option a un nom : le partage d'adresse. Quand un opérateur ne peut pas donner une adresse publique à chacun de ses abonnés, il en place plusieurs derrière la même, exactement comme votre box place déjà tous vos appareils derrière une seule adresse. Le mécanisme du NAT est simplement remonté d'un cran, chez l'opérateur.

Un détail se lit directement dans le numéro d'AS. Les numéros courts, à quatre chiffres comme AS3215 ou AS5410, datent de l'époque où ils étaient codés sur 16 bits et distribués sans parcimonie : ils trahissent un opérateur ancien. Les acteurs récents reçoivent des numéros à six chiffres, issus de l'espace sur 32 bits ouvert à partir de 2007. Voir un numéro d'AS très court, c'est donc voir un morceau d'histoire du réseau français.

IPv6 en France : où en est-on vraiment

La France fait figure de bon élève. Elle est régulièrement citée parmi les pays les plus avancés au monde sur le déploiement d'IPv6, et ce n'est pas un hasard : l'Arcep anime depuis plusieurs années une task force réunissant opérateurs, hébergeurs et fabricants, et publie chaque année un baromètre de la transition vers IPv6 qui mesure l'avancement de chaque acteur. Cette publication a un effet concret : aucun opérateur n'aime figurer en bas d'un classement public.

L'avance française tient aussi à une antériorité. Free a livré IPv6 à ses abonnés dès décembre 2007, en utilisant la technique 6rd conçue par un ingénieur français pour transporter de l'IPv6 au-dessus d'une infrastructure encore entièrement IPv4. Les autres opérateurs ont suivi, à leur rythme, sur le fixe puis sur le mobile.

Le fixe et le mobile ne progressent pas de la même manière. Sur le fixe, l'IPv6 est aujourd'hui actif par défaut sur la majorité des box récentes, mais il reste des cas de désactivation : box ancienne, option décochée par l'abonné, routeur personnel placé derrière la box et non configuré. Sur le mobile, l'activation dépend du terminal, de la version du système et du profil d'APN utilisé ; deux téléphones sur le même réseau peuvent donc se comporter différemment.

Contrairement à l'IPv4, où l'on vous prête une seule adresse, l'IPv6 vous délègue un préfixe entier, c'est-à-dire un lot d'adresses que votre box redistribue à chaque appareil. La taille de ce préfixe varie selon l'opérateur et la génération de box : certains délèguent de quoi créer plusieurs sous-réseaux à la maison, d'autres se limitent à un seul segment, ce qui complique la mise en place d'un réseau invité ou d'un réseau séparé pour les objets connectés. Les opérateurs associatifs se distinguent en attribuant en général un préfixe large et surtout stable. Notre guide activer IPv6 chez soi explique comment vérifier ce que votre opérateur vous délègue réellement, et comment le diagnostiquer si rien ne fonctionne.

IP fixe ou dynamique selon les opérateurs

La question revient sans cesse, et la réponse est décevante : le caractère fixe ou dynamique de votre adresse ne relève pas de la technique mais du contrat. Rien n'empêcherait un opérateur de vous laisser la même adresse pendant dix ans ; s'il ne le garantit pas, c'est un choix commercial, souvent lié au fait que l'adresse fixe est un argument de vente des offres professionnelles.

En pratique, on rencontre quatre situations. L'adresse dynamique change à chaque renouvellement de bail ou après une coupure ; c'est le cas le plus répandu sur le grand public. L'adresse stable de fait ne change presque jamais tant que la box reste allumée et connectée, mais rien ne l'engage : elle peut changer après une opération de maintenance. L'adresse fixe contractuelle est garantie, généralement en option payante ou dans une offre professionnelle. Enfin, l'adresse fixe fournie par défaut est la norme chez les opérateurs associatifs, qui n'ont aucune raison commerciale de la facturer.

Ce que change une adresse fixe : vous pouvez publier un enregistrement DNS pointant directement vers chez vous, autoriser votre adresse dans un pare-feu d'entreprise, et éviter que vos services deviennent injoignables la nuit suivant une microcoupure. Ce qu'elle ne change pas : elle ne rend pas votre connexion plus rapide, ni plus sûre, au contraire, une adresse stable est plus facile à cartographier et à cibler. Et surtout, une adresse fixe ne sert à rien si elle est partagée : sans connexion entrante possible, la stabilité n'apporte aucun bénéfice pour l'auto-hébergement. Notre guide obtenir une IP fixe détaille les alternatives, à commencer par le DNS dynamique, qui résout la majorité des besoins réels sans changer d'offre.

CGNAT : qui le pratique et sur quelles offres

Sur les réseaux mobiles français, le partage d'adresse IPv4 entre abonnés est la règle générale, chez les quatre opérateurs comme chez les MVNO qui les louent. Il en va de même pour les box 4G et 5G vendues comme solution de repli dans les zones mal fibrées : elles utilisent le réseau mobile et en héritent les contraintes. Sur le fixe, la situation est nettement plus contrastée et évolue au fil des migrations d'offres ; c'est précisément pour cela qu'un tableau ne suffit pas et qu'il faut tester sa propre ligne.

La vérification tient en trois étapes et ne demande aucun outil particulier.

  1. Relevez votre adresse publique Ouvrez la page d'accueil du site et notez l'adresse IPv4 affichée. C'est celle que voient les sites que vous visitez.
  2. Comparez avec l'adresse WAN de votre box Connectez-vous à l'interface d'administration de la box et cherchez l'adresse de son interface Internet, souvent appelée WAN. Si elle est identique à la précédente, vous disposez d'une adresse publique dédiée. Si elle diffère et qu'elle commence par 100.64 à 100.127, ou qu'elle appartient à une plage privée classique, votre opérateur pratique le partage d'adresse.
  3. Confirmez par un test d'ouverture de port Redirigez temporairement un port vers un appareil de votre réseau, puis tentez de l'atteindre depuis l'extérieur, par exemple en partage de connexion 4G. Si la connexion n'aboutit jamais alors que la redirection est correcte, la confirmation est faite : les connexions entrantes n'arrivent pas jusqu'à vous. La marche à suivre figure dans notre guide sur l'ouverture d'un port.

La plage 100.64.0.0/10 mérite d'être connue : elle a été réservée précisément pour cet usage par la RFC 6598, afin que les opérateurs n'aient pas à utiliser les plages privées habituelles, déjà occupées par les réseaux domestiques. La voir apparaître sur votre box est le signe le plus fiable d'un CGNAT. Toutes les conséquences pratiques (hébergement impossible, jeu en ligne dégradé, captchas plus fréquents parce que vous partagez une réputation d'adresse avec des inconnus) sont détaillées dans notre guide sur le CGNAT et l'IP partagée.

Ce que votre opérateur voit de votre navigation

Votre opérateur transporte l'intégralité de votre trafic : il occupe donc une position d'observation qu'aucun site web n'a. Voici précisément ce que cela recouvre, sans exagération ni minimisation.

Par défaut, votre box reçoit de l'opérateur l'adresse de ses propres résolveurs DNS, et tous vos appareils les utilisent. Chaque fois que vous ouvrez un site, une requête part donc vers ces serveurs pour demander l'adresse correspondant au nom de domaine. Ces résolveurs sont aussi le point d'application des blocages ordonnés en France : blocage administratif de certains contenus notifiés aux opérateurs, et blocages décidés par un juge, notamment en matière de retransmissions sportives illicites. C'est pourquoi un site bloqué redevient parfois accessible en changeant de serveur DNS : ce qui ne rend pas légal ce qui ne l'était pas, et ce qui ne fonctionne pas quand le blocage est appliqué autrement qu'au niveau DNS.

Le chiffrement déplace la frontière sans la supprimer. Le HTTPS rend illisibles le contenu des pages, les formulaires et les identifiants : votre opérateur ne voit plus ce que vous lisez ni ce que vous écrivez. En revanche, il voit toujours les adresses IP que vous contactez, le volume et les horaires de vos échanges, et le plus souvent le nom du site demandé lors de l'établissement de la connexion sécurisée. Le DNS chiffré, en DoH ou en DoT, retire la partie DNS de son champ de vision et déporte cette visibilité vers le résolveur que vous avez choisi. Il ne masque pas les destinations : seul un VPN ou Tor déplace l'ensemble du point d'observation.

Reste l'obligation légale. En France, les opérateurs conservent certaines catégories de données pendant des durées fixées par la réglementation, et les communiquent sur réquisition dans un cadre judiciaire. Les durées diffèrent selon la nature des données : l'identité de l'abonné n'est pas conservée aussi longtemps que les données techniques de connexion. Ce régime a fait l'objet d'un contentieux nourri devant le Conseil d'État, à l'initiative notamment de FDN et de La Quadrature du Net. Le détail se trouve dans notre page consacrée à ce que votre FAI conserve.

Changer d'opérateur : ce qui change pour votre IP

Commençons par ce qui n'est pas négociable : votre adresse IP n'est pas portable. Contrairement à votre numéro de téléphone, elle appartient à l'opérateur, qui la tient lui-même du RIPE NCC. Vous ne la conservez jamais en changeant de fournisseur.

Concrètement, vous basculez dans une plage appartenant à un autre AS. Plusieurs effets suivent immédiatement. La géolocalisation affichée peut se déplacer de plusieurs dizaines de kilomètres, parce qu'elle reflète le découpage interne du nouvel opérateur et non votre adresse postale ; il arrive même qu'une plage récemment réattribuée soit encore localisée dans son ancienne région pendant quelques semaines. Les services qui vous connaissaient par votre adresse vous traitent comme un inconnu : authentification à deux facteurs déclenchée, alerte de connexion inhabituelle, session bancaire à revalider.

Trois vérifications valent la peine d'être faites avant la bascule. Si vous auto-hébergez un service, contrôlez que le nouvel opérateur ne vous placera pas derrière un CGNAT, faute de quoi votre installation cessera de fonctionner du jour au lendemain. Si une adresse figure dans une liste d'autorisation (VPN d'entreprise, base de données distante, interface d'administration d'un serveur), prévoyez sa mise à jour, car vous risquez sinon de vous verrouiller dehors. Enfin, si vous envoyez du courrier électronique depuis une machine de votre réseau, sachez que la réputation d'une adresse fraîchement attribuée est une inconnue : elle peut avoir été utilisée avant vous, et notre guide mon IP est bloquée explique quoi faire si c'est le cas.

Les opérateurs associatifs

Ils représentent une part infime des abonnements français, et pourtant ils comptent. FDN, fondé en 1992, est le plus ancien fournisseur d'accès encore en activité dans le pays : il proposait déjà des accès à Internet avant que le grand public n'en entende parler. Autour de lui, la Fédération FDN réunit depuis 2011 des structures locales (Aquilenet à Bordeaux, Illyse à Lyon, Grifon en Bretagne, Tetaneutral.net à Toulouse et bien d'autres) qui partagent une charte commune : gouvernance associative, neutralité du réseau, transparence sur ce qui est conservé.

Techniquement, ces opérateurs travaillent le plus souvent au-dessus d'une ligne existante, en établissant un tunnel jusqu'à leur propre réseau, ou en achetant une offre de collecte à un opérateur d'infrastructure. Le résultat, du point de vue de l'adressage, est remarquablement cohérent : adresse IPv4 publique et fixe, préfixe IPv6 stable et suffisamment large, aucun filtrage de ports, aucune restriction sur les services que vous hébergez chez vous.

Ce qu'ils apportent

  • Une adresse IPv4 publique et fixe, sans partage ni option payante.
  • Un préfixe IPv6 stable, utilisable pour segmenter son réseau domestique.
  • Aucun blocage de port sortant ou entrant : l'auto-hébergement est un usage attendu, pas toléré.
  • Une transparence complète sur les données conservées et sur les réquisitions reçues.
  • Un interlocuteur technique compétent, souvent joignable directement.

Ce qu'il faut accepter

  • Une couverture limitée à quelques régions, et parfois à quelques technologies d'accès.
  • Des débits qui n'égalent pas toujours ceux d'une offre fibre commerciale.
  • Aucun bouquet TV, aucun forfait mobile groupé, aucune boutique.
  • Un support assuré par des bénévoles : réactif sur le fond, pas sur des horaires garantis.
  • Une démarche d'adhésion, qui suppose un minimum d'autonomie technique.

Ils s'adressent donc à un public précis : celui qui héberge ses propres services, qui veut comprendre son réseau plutôt que le subir, ou qui souhaite soutenir un modèle où l'opérateur ne cherche pas à monétiser l'usage. Pour tous les autres, une offre commerciale avec IPv6 actif et adresse IPv4 dédiée couvre déjà l'essentiel des besoins.

Questions fréquentes

Pourquoi ma box affiche-t-elle une adresse en 100.64.x.x ?

Parce que votre connexion passe par un CGNAT. La plage 100.64.0.0/10 est réservée par la RFC 6598 aux réseaux d'opérateurs : elle sert de zone tampon entre votre box et l'adresse IPv4 publique réellement partagée entre plusieurs abonnés. Cette adresse n'est ni publique ni utilisable pour vous joindre depuis Internet. Notre guide sur le CGNAT détaille les conséquences, et la page des adresses IP réservées recense toutes les plages de ce type.

Pourquoi mon adresse IP change-t-elle chaque nuit ?

La plupart des offres grand public attribuent une adresse IPv4 dynamique : elle est prêtée pour une durée limitée (le bail) puis renouvelée. Un redémarrage de la box, une coupure de ligne ou une opération de maintenance chez l'opérateur suffisent à en obtenir une autre. Certains opérateurs renouvellent l'adresse plus volontiers que d'autres, sans que cela soit garanti dans un sens ou dans l'autre. Si vous avez besoin d'une adresse stable, lisez notre guide obtenir une IP fixe.

Puis-je demander une adresse IP fixe à mon opérateur ?

Cela dépend entièrement de l'offre souscrite : certaines offres grand public proposent une option, d'autres réservent l'adresse fixe aux offres professionnelles, et les opérateurs associatifs la fournissent par défaut. Renseignez-vous auprès de votre service client avant de vous engager. Si l'IP fixe n'est pas disponible, un service de DNS dynamique résout la plupart des besoins d'auto-hébergement, comme l'explique notre guide IP fixe et DNS dynamique.

Pourquoi les sites me croient-ils dans une autre ville ?

Parce que la géolocalisation par IP ne mesure rien : elle consulte une base de données qui associe des plages d'adresses à des lieux, souvent au niveau du point de raccordement de l'opérateur plutôt qu'à votre domicile. Une plage réattribuée d'une région à une autre met parfois des semaines à être corrigée dans ces bases. Notre guide sur la géolocalisation par IP explique la méthode et ses marges d'erreur réelles.

Mon opérateur peut-il voir les sites que je visite ?

Il voit les adresses IP que vous contactez et, si vous utilisez ses résolveurs, la liste de vos requêtes DNS. Le HTTPS protège le contenu des pages, pas la destination. Le DNS chiffré retire la partie DNS de son champ de vision, sans effacer les adresses de destination. Les durées de conservation applicables en France sont détaillées dans notre page sur ce que votre FAI conserve.

Comment savoir si j'ai vraiment l'IPv6 ?

Ouvrez la page d'accueil du site : si votre connexion dispose d'IPv6 et que le système la préfère, l'adresse affichée sera une adresse IPv6, longue et écrite en hexadécimal. Une adresse en quatre nombres séparés par des points signifie que la connexion s'est faite en IPv4. Attention : l'IPv6 peut être actif sur votre box mais désactivé sur un appareil, ou l'inverse. Notre guide activer IPv6 chez soi détaille les vérifications à faire côté box et côté appareil.